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Nouvelles des Amis - Ensemble ! - MAGE

Ensemble - Mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire


Sauver l’emploi, oui, le transport aérien, non ! 

Le secteur aérien est une des principales victimes de la pandémie qu’il a contribué à propager. Début avril, le nombre global de vol était 80% plus bas qu’un an plus tôt au même moment. Près de la moitié des compagnies dans le monde sont aujourd’hui menacées de faillite. Depuis le début de la crise, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a révisé quatre fois ses prévisions sur l’évolution du chiffre d’affaires du secteur. En mars, elle tablait sur une crise limitée à trois mois, entraînant une perte de 252 milliard de dollars par rapport à 2019 (-44%). A la mi-avril, le recul était estimé à 314 milliards de dollars (-55%). Mais la réalité pourrait s’avérer encore plus sombre.

Deux scénarios… ou plus

Les projections, en effet, sont basées sur l’hypothèse d’une crise passagère, suivie d’une reprise « en V ». Or, ce scénario n’est pas du tout certain, car la sortie de crise ne dépend pas seulement de mécanismes économiques. Aussi longtemps qu’il n’y a ni traitement ni vaccin contre le COVID-19 (et la découverte d’un vaccin n’est pas acquise !), la sortie de crise dépendra de mécanismes biologiques – l’activité du virus – et de leurs répercussions psychologiques – la confiance des consommateurs. Telle est la particularité de cette récession sans précédent dans l’histoire du capitalisme : même si la destruction de capitaux était suffisante pour permettre en théorie une relance de l’activité, celle-ci pourrait être ruinée en pratique, soit par la prolongation de l’épidémie, soit par des vagues épidémiques successives.

A la mi-mai, l’IATA a donc commencé à envisager deux scénarios. Dans le premier, dit « de référence », les vols intérieurs reprennent au troisième trimestre, les vols internationaux ne suivent que plus tard, le volume de passagers en 2021 reste inférieur de 24% au volume de 2019 (et inférieur de 32% aux projections d’avant la pandémie) et l’impact économique du SRAS-COV2 se fait sentir jusqu’en 2025 (volume 10% plus bas que dans les projections d’avant la pandémie). Dans le second scénario, dit « pessimiste », une deuxième vague du virus prolonge les blocages jusqu’au troisième trimestre, de sorte que le volume mondial des vols en 2021 est 34% au-dessous du niveau de 2019 (41% au-dessous des prévisions d’avant la pandémie). On sait aujourd’hui qu’une troisième, voire une quatrième vague épidémique ne sont pas exclues, mais l’IATA préfère ne pas envisager cette hypothèse…

Licenciements, flexibilité et chantage à l’emploi

La réponse des compagnies combine destruction de postes de travail, attaques sur les salaires et sur les conditions de travail, et appels à l’aide des gouvernements. Vingt-cinq millions d’emplois dans le monde dépendent du secteur aérien. N°1 du secteur, American Airlines (130.000 emplois), veut se débarrasser de 30% de ses 17.000 salarié·e·s dans les secteur de la gestion et du soutien. Delta, le N°2, a des plans similiares. La Norwegian Air Shuttle a d’ores été déjà fait faillite (4700 emplois), Virgin Australia et Virgin Atlantic sont en train de sombrer, le groupe IAG (British Airways, Iberia, Vueling…) annonce la suppression de 12.000 emplois, la compagnie scandinave SAS en supprimera 5.000 et l’islandaise Icelandair, 2000. Ryanair, devenu le principal transporteur européen, veut licencier (au moins) 3.000 employé·e·s et réduire les salaires de 20%. Fin avril, la Lufthansa estime devoir se séparer de 10.000 « excédentaires », dont 1000 chez Brussels Airlines, une de ses filiales. Conséquences chez les constructeurs : Boeing aussi annonce des pertes d’emplois massives. Etc.

Le chantage à l’emploi (il faudrait dire : le chantage à encore moins d’emplois) est l’arme principale des compagnies pour obtenir des aides publiques. Quelles que soient les formules concrètes choisies – prise de participation, nationalisation, avantages fiscaux – on en revient toujours au même vieux principe : la nationalisation des pertes et la privatisation des bénéfices.

Aux Etats-Unis, par exemple, le gouvernement a donné 25 milliards de dollars aux compagnies. Elles ne devront en rembourser que 30%, car le gouvernement fédéral deviendra actionnaire minoritaire. En échange, les transporteurs aériens s’engagent à ne pas licencier ni réduire la rémunération des salariés avant le… 30 septembre 2020, à limiter les rémunérations des dirigeants jusqu’en mars 2022 et à ne pas verser de dividende ni racheter leurs propres actions jusqu’en septembre 2021. Il semble clair que cet accord est basé sur l’hypothèse d’une relance « en V » après une crise de quelques mois à peine, et que le rachat par le privé est d’ores et déjà prévu dans l’accord avec l’administration.

Lufthansa, plus de 11 milliards d’aides publiques !

L’accord conclu entre Lufthansa et le gouvernement allemand est du même tonneau. L’entreprise recevra neuf milliards d’Euros de l’Etat fédéral. Le gouvernement contrôlera 20% du capital mais n’aura que deux observateurs sans pouvoir de décision au conseil d’administration. Le ministre social-démocrate des finances, Olaf Scholz, n’en fait pas mystère : dès que la crise sera passée, l’Etat cédera ses parts à l’entreprise.

Ce n’est pas tout : via ses filiales, Lufthansa recevra des aides publiques de la Suisse, de l’Autriche et, fort probablement, de la Belgique. Globalement, alors que sa valeur est estimée à 4 milliards, la compagnie pourrait glaner ainsi jusqu’à 11 milliards de fonds publics. Dans le cas belge, le prix que Lufthansa exige pour ne pas liquider Brussels Airlines a doublé depuis le début de la crise, pour atteindre environ 400 millions. Pas mal, si l’on songe que le groupe allemand, en 2009, avait acquis 45% de l’entreprise belge pour la somme de… 65 millions.

Pour faire passer la pilule, le groupe promet de modérer les rémunérations des dirigeant·e·s et des cadres supérieur·e·s. Mais ce sont les travailleurs/euses qui vont morfler. Le secteur est sous la pression croissante des« low cost », notamment en Europe de Ryanair qui tire systématiquement les conditions sociales vers le bas. Pour ne prendre qu’un exemple particulièrement clair de surexploitation : le personnel de cabine de la compagnie irlandaise n’est payé que lorsque l’avion est en vol (une heure d’attente sur le tarmac ou dans une aérogare, ce n’est pas du « travail », selon Michael O’Leary !). Avec une flotte réduite à 38 avions, la messe est dite : Brussels Airlines ne pourra qu’achever sa mutation vers une « low cost » du groupe allemand.

Sortir de l’engrenage mortifère

Dans ces conditions, « sauver » Brussels Airlines apparaît vraiment comme un marché de dupes, sur le dos de la collectivité et des travailleurs/euses de l’entreprise. La question est évidemment : que faire d’autre ? Bien qu’il y ait urgence, y répondre intelligemment requiert une vision stratégique. Il faut regarder au-delà de l’entreprise et prendre en compte l’absurdité criminelle du développement des transports aériens. On aboutit alors immanquablement à la conclusion que ce développement constitue un engrenage mortifère. Un engrenage dont il faut sortir car il joue un rôle majeur dans la destruction conjointe des conditions sociales et des conditions écologiques. En clair : « sauver » Brussels Airlines, « sauver » le secteur aérien en général, est le contraire de ce qu’il faudrait faire.

Tous les quinze ans depuis 1977, le transport aérien de personnes voit son nombre de passagers doubler. L’avion a été employé en 2018 par 4,3 milliards de gens, originaires en majorité des pays « développés » et de Chine. On estime que 1% de PIB supplémentaire augmente les vols de 1,5% à 2%, selon le niveau de développement du pays. Avant le virus, Boeing et Airbus misaient donc sur 8 milliards de passagers en 2037-2038. Le transport aérien de fret suit une évolution analogue : il ne totalise que 0,5% des marchandises en volume mais 35% en valeur, ce qui signifie que l’avion est utilisé pour transporter des colis petits et légers tels des smartphones, des fleurs(1) … et des masques, par exemple.

La récente « importation » de travailleurs/euses amené·e·s par avion de Roumanie pour que les asperges d’Europe occidentale puissent être récoltées en dépit du COVID-19 est un des mille exemples qui montre que l’avion est par excellence le moyen de transport « just in time » du capitalisme mondialisé, productiviste, consumériste, exploiteur et ultra-néolibéral. Un capitalisme impérialiste, qui entretient ses relations coloniales avec le Sud global, promeut un tourisme insoutenable, presse les travailleurs/euses comme des citrons et bousille la planète au nom du profit. Ce mode de transport contribue à la surconsommation de ressources minières, à la pollution par les NOX et par le bruit, à la bétonnisation des territoires par les infrastructures et, bien sûr, aux émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre.

L’impossible aviation verte

Pour rappel, les émissions mondiales de CO2 doivent diminuer de 58% d’ici 2030 et de 100% (au moins) d’ici 2050. Ces réductions drastiques(2) sont indispensables pour avoir une chance sur deux (ce n’est pas beaucoup !) de ne pas (trop) dépasser 1,5°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. A la clé, un des enjeux est de ne pas franchir le seuil probable de dislocation de la calotte glaciaire du Groenland, qui contient assez d’eau pour faire monter le niveau des océans de 6 à 7 mètres.

Aucune technologie n’est susceptible de rendre l’explosion de l’aviation compatible avec ces objectifs climatiques vitaux. Celles et ceux qui prétendent le contraire racontent des balivernes pour nous endormir(3).. En fait, il est évident que les progrès techniques ne donneront pas de solution, c’est pourquoi toutes les recettes envisagées font appel à la soi-disant « compensation » des émissions par des plantations d’arbres et autres moyens de favoriser l’absorption de carbone par les écosystèmes. Mais ce sont des recettes d’apprenti-sorcier. Elles se heurtent aux limites physiques et sociales (les superficies terrestres nécessaires, la concurrence avec la production alimentaire). Plus fondamentalement, les temporalités entre absorptions et émissions ne sont pas comparables : retirer du carbone en faisant pousser un arbre qu’on abat 60 ans plus tard ne peut pas compenser le fait d’émettre du carbone en brûlant du pétrole fossilisé depuis plusieurs millions d’années.

On ne peut donc pas se contenter de demander pour « Brussels Airlines » et pour le secteur aérien en général une solution compatible avec l’accord de Paris sur le climat. Cette formulation trop vague évite le coeur du problème, à savoir qu’il n’y a pas de solution « climat-compatible » si on ne met pas radicalement en cause le volume des transports.

Les gouvernements tentent de sortir de l’impasse par des mécanismes de marché. En 2008, l’Union Européenne a étendu son système d’échange de droits de polluer (ETS) aux compagnies aériennes (pour les vols intra-européens), donc distribué gratuitement des droits d’émissions échangeables, comme elle l’avait fait plus tôt pour les secteur industriels clés. Ce faisant, elle ne fait en réalité qu’accompagner la baisse relative (pas absolue) des émissions découlant spontanément des progrès dans l’efficience des moteurs. Même constat au niveau de l’IATA : en 2016, l’association a décidé de mettre sur pied un système de marché mondial censé entrer en vigueur à partir de 2021, avec pour objectif de stabiliser les émissions au niveau de 2020 par des compensations ou des réductions d’émissions(4). Mais plus de marché ne permettra pas de guérir la maladie due au marché. Aucune de ces mesurettes ne constitue ne fût-ce qu’un début de politique à la hauteur du défi climatique. Dans une logique de marché, le minimum serait d’abolir le statut fiscal privilégié du secteur aérien (pas de TVA sur le kérosène, ni sur les billets) et d’introduire une taxe sur les vols, avec un taux croissant d’année en année. Mais, même de cela, le néolibéralisme ne veut pas, parce que la rentabilité du secteur est fragile.

Pour une décroissance radicale des transports aériens

La conclusion stratégique est incontournable : il faut d’urgence organiser la décroissance radicale du transport aérien, c’est le seul moyen réel par lequel le secteur peut contribuer à éviter la catastrophe climatique. Par conséquent, à la question immédiate « faut-il sauver le transport aérien ? faut-il sauver Brussels Airlines ?» la réponse logique ne peut être que « Non ». Ce qu’il faut sauver immédiatement, c’est l’emploi et les revenus des travailleurs et des travailleuses à qui les compagnies aériennes n’ont rien d’autre à proposer que moins de salaire, plus de flexibilité, plus d’exploitation. Mais comment concilier cet objectif immédiat avec la vision stratégique ? That’s the question.

Il va de soi qu’organiser la décroissance du secteur soulève des questions multiples, complexes et enchevêtrées. Elles ne pourront être résolues en fin de compte qu’en déployant à l’échelle internationale un plan anticapitaliste de longue haleine, incluant notamment une remise en cause profonde de la division capitaliste du travail axée sur la maximisation des profits. L’articulation de la réponse immédiate et de la vision stratégique ne peut donc être que politique.

Dans cette perspective, les moyens d’un petit pays comme la Belgique sont forcément limités, de sorte que la réponse devra rapidement se déployer au niveau global, européen d’abord – dans le cadre d’une alternative à l’UE néolibérale. Mais il faut bien commencer à oser la rupture nécessaire à un moment donné, en un endroit donné et, à partir de là, tenter de tracer un chemin. En espérant que d’autres, ailleurs, feront de même.

Le “moment Corona”

Or, s’il y a bien un moment où commencer, c’est maintenant, en pleine crise du Coronavirus. Le point de départ devrait être de revendiquer l’expropriation des compagnies (en commençant par celles qui demandent une aide publique et en mettant les « low-cost » hors-la-loi – leur refuser les licences d’atterrissage serait un premier pas). En finir avec la propriété privée et la concurrence est en effet la condition nécessaire pour être en mesure de commencer à élaborer avec les travailleurs/euses un plan à moyen terme.

Celui-ci devrait inclure la reconversion collective des personnels dans un système public de transport redimensionné et multimodal (train, tram, bus, vélo, voitures électriques partagées) dans lequel l’avion est limité au transport intercontinental de personnes, et son usage rationné. Il va de soi que cet autre système de transport requiert que la production et la consommation elles-mêmes soient redimensionnées et localisées. En résumé, il faut produire moins, transporter moins et partager plus, ce qui implique in fine de… sortir du capitalisme.

Dans l’immédiat, c’est peu dire que les raisons pour plaider en faveur de l’expropriation des compagnies aériennes sont pleinement réunies. En effet, les patrons du secteur aérien ne se contentent pas de massacrer l’emploi, d’accroître l’exploitation du personnel, de menacer la planète, de propager le virus et de faire chanter la collectivité pour qu’elle les sauve de la faillite. En plus, ils veulent reprendre les vols le plus vite possible, au mépris de la santé publique, de celle des passagers/gères et de celle des employé·e·s (qui, contrairement aux passagers/gères, n’ont pas le choix).

Faire converger le droit de retrait et le « Flight shame »

Pour les patrons du secteur, la (mal nommée) « distanciation sociale », c’est bon pour les rues, les parcs, les magasins, les aéroports à la rigueur – mais pas pour les avions ! Quand l’Union Européenne a fait mine de l’imposer, la levée de boucliers a été immédiate. A bord d’un avion, les gens pourraient rester entassés les uns contre les autres pendant des heures, à la seule condition de porter un masque(5).

Ce discours patronal est évidemment en complète contradiction avec les règles de précaution martelées tous les jours dans les médias. Du coup, pour ramener la clientèle, les compagnies font tout ce qu’elles peuvent pour créer l’illusion d’une prise en charge parfaite de la question sanitaire. Mais il ne faut pas réfléchir longtemps pour éventer la ruse. A Dubaï, par exemple, Emirates a repris ses vols et proclame que tout va bien car les gens sont testés à l’entrée de l’aéroport… Or, les spécialistes estiment que 30% des personnes infectées et asymptomatiques passent sous le radar des tests. Bienvenue à bord !?

En fait, le transport aérien présente, à grande échelle, une situation assez analogue à celle qu’on vécue les chauffeurs/euses de bus à la STIB, à Bruxelles, dans les premiers jours du déconfinement : une direction qui veut relancer l’activité en mettant le personnel et les usager·e·s en danger. La menace du chômage, couplée à la concurrence des low-cost, servent évidemment de moyens pour forcer la main des employé·e·s, en évitant qu’ils et elles exercent leur droit de retrait.

N’empêche que la situation est propice à un phénomène assez rare de convergence plutôt que d’opposition entre une revendication sociale (la santé des salarié.e.s), à forte tonalité féministe (les femmes sont majoritaires parmi le personnel de cabine) et une revendication écologique (la réduction des vols, synonyme de protection du climat). Raison de plus pour soutenir à fond les travailleurs/euses au cas où, sur base de leur connaissance des conditions concrètes, ils refuseraient de reprendre le travail malgré le simulacre de sécurité sanitaire orchestré par les employeurs.

D’ailleurs, il ne suffit pas d’attendre que les travailleurs/euses exercent leur droit de retrait. Nous pouvons et devons faire plus, exercer nous-mêmes, pour ainsi dire, notre « droit de retrait » en tant que consommateurs. Alexandre de Juniac, le directeur général de l’IATA, déclarait récemment : «Des mesures de relance importantes de la part des gouvernements combinées à des injections de liquidités par les banques centrales stimuleront la reprise économique une fois la pandémie maîtrisée. Mais la restauration de la confiance des passagers prendra plus de temps. » La confiance des passagers, en effet, jouera un rôle clé, et c’est un élément de l’équation sur lequel nous pouvons tous et toutes peser.

L’an dernier, le mouvement des jeunes pour le climat avait initié une « flight shame », une honte des consommateurs/trices face à l’usage de l’avion. L’impact en avait été perceptible, au point que les patrons du secteur s’en étaient inquiétés. La pandémie offre une opportunité d’amplifier ce mouvement de contestation salutaire en dépassant les limites moralisatrices de la « honte ». Ajoutons au refus de la destruction du climat la méfiance face à la maladie, le refus de la propager, l’hostilité face aux politiques anti-sociales et la solidarité avec les personnels victimes des rapaces qui écument le ciel de la planète.

Daniel Tanuro. Publié sur le site de la LCR de Belgique.

Type: 
Article

Sauver l’emploi, oui, le transport aérien, non ! 

Le secteur aérien est une des principales victimes de la pandémie qu’il a contribué à propager. Début avril, le nombre global de vol était 80% plus bas qu’un an plus tôt au même moment. Près de la moitié des compagnies dans le monde sont aujourd’hui menacées de faillite. Depuis le début de la crise, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a révisé quatre fois ses prévisions sur l’évolution du chiffre d’affaires du secteur. En mars, elle tablait sur une crise limitée à trois mois, entraînant une perte de 252 milliard de dollars par rapport à 2019 (-44%). A la mi-avril, le recul était estimé à 314 milliards de dollars (-55%). Mais la réalité pourrait s’avérer encore plus sombre.

Deux scénarios… ou plus

Les projections, en effet, sont basées sur l’hypothèse d’une crise passagère, suivie d’une reprise « en V ». Or, ce scénario n’est pas du tout certain, car la sortie de crise ne dépend pas seulement de mécanismes économiques. Aussi longtemps qu’il n’y a ni traitement ni vaccin contre le COVID-19 (et la découverte d’un vaccin n’est pas acquise !), la sortie de crise dépendra de mécanismes biologiques – l’activité du virus – et de leurs répercussions psychologiques – la confiance des consommateurs. Telle est la particularité de cette récession sans précédent dans l’histoire du capitalisme : même si la destruction de capitaux était suffisante pour permettre en théorie une relance de l’activité, celle-ci pourrait être ruinée en pratique, soit par la prolongation de l’épidémie, soit par des vagues épidémiques successives.

A la mi-mai, l’IATA a donc commencé à envisager deux scénarios. Dans le premier, dit « de référence », les vols intérieurs reprennent au troisième trimestre, les vols internationaux ne suivent que plus tard, le volume de passagers en 2021 reste inférieur de 24% au volume de 2019 (et inférieur de 32% aux projections d’avant la pandémie) et l’impact économique du SRAS-COV2 se fait sentir jusqu’en 2025 (volume 10% plus bas que dans les projections d’avant la pandémie). Dans le second scénario, dit « pessimiste », une deuxième vague du virus prolonge les blocages jusqu’au troisième trimestre, de sorte que le volume mondial des vols en 2021 est 34% au-dessous du niveau de 2019 (41% au-dessous des prévisions d’avant la pandémie). On sait aujourd’hui qu’une troisième, voire une quatrième vague épidémique ne sont pas exclues, mais l’IATA préfère ne pas envisager cette hypothèse…

Licenciements, flexibilité et chantage à l’emploi

La réponse des compagnies combine destruction de postes de travail, attaques sur les salaires et sur les conditions de travail, et appels à l’aide des gouvernements. Vingt-cinq millions d’emplois dans le monde dépendent du secteur aérien. N°1 du secteur, American Airlines (130.000 emplois), veut se débarrasser de 30% de ses 17.000 salarié·e·s dans les secteur de la gestion et du soutien. Delta, le N°2, a des plans similiares. La Norwegian Air Shuttle a d’ores été déjà fait faillite (4700 emplois), Virgin Australia et Virgin Atlantic sont en train de sombrer, le groupe IAG (British Airways, Iberia, Vueling…) annonce la suppression de 12.000 emplois, la compagnie scandinave SAS en supprimera 5.000 et l’islandaise Icelandair, 2000. Ryanair, devenu le principal transporteur européen, veut licencier (au moins) 3.000 employé·e·s et réduire les salaires de 20%. Fin avril, la Lufthansa estime devoir se séparer de 10.000 « excédentaires », dont 1000 chez Brussels Airlines, une de ses filiales. Conséquences chez les constructeurs : Boeing aussi annonce des pertes d’emplois massives. Etc.

Le chantage à l’emploi (il faudrait dire : le chantage à encore moins d’emplois) est l’arme principale des compagnies pour obtenir des aides publiques. Quelles que soient les formules concrètes choisies – prise de participation, nationalisation, avantages fiscaux – on en revient toujours au même vieux principe : la nationalisation des pertes et la privatisation des bénéfices.

Aux Etats-Unis, par exemple, le gouvernement a donné 25 milliards de dollars aux compagnies. Elles ne devront en rembourser que 30%, car le gouvernement fédéral deviendra actionnaire minoritaire. En échange, les transporteurs aériens s’engagent à ne pas licencier ni réduire la rémunération des salariés avant le… 30 septembre 2020, à limiter les rémunérations des dirigeants jusqu’en mars 2022 et à ne pas verser de dividende ni racheter leurs propres actions jusqu’en septembre 2021. Il semble clair que cet accord est basé sur l’hypothèse d’une relance « en V » après une crise de quelques mois à peine, et que le rachat par le privé est d’ores et déjà prévu dans l’accord avec l’administration.

Lufthansa, plus de 11 milliards d’aides publiques !

L’accord conclu entre Lufthansa et le gouvernement allemand est du même tonneau. L’entreprise recevra neuf milliards d’Euros de l’Etat fédéral. Le gouvernement contrôlera 20% du capital mais n’aura que deux observateurs sans pouvoir de décision au conseil d’administration. Le ministre social-démocrate des finances, Olaf Scholz, n’en fait pas mystère : dès que la crise sera passée, l’Etat cédera ses parts à l’entreprise.

Ce n’est pas tout : via ses filiales, Lufthansa recevra des aides publiques de la Suisse, de l’Autriche et, fort probablement, de la Belgique. Globalement, alors que sa valeur est estimée à 4 milliards, la compagnie pourrait glaner ainsi jusqu’à 11 milliards de fonds publics. Dans le cas belge, le prix que Lufthansa exige pour ne pas liquider Brussels Airlines a doublé depuis le début de la crise, pour atteindre environ 400 millions. Pas mal, si l’on songe que le groupe allemand, en 2009, avait acquis 45% de l’entreprise belge pour la somme de… 65 millions.

Pour faire passer la pilule, le groupe promet de modérer les rémunérations des dirigeant·e·s et des cadres supérieur·e·s. Mais ce sont les travailleurs/euses qui vont morfler. Le secteur est sous la pression croissante des« low cost », notamment en Europe de Ryanair qui tire systématiquement les conditions sociales vers le bas. Pour ne prendre qu’un exemple particulièrement clair de surexploitation : le personnel de cabine de la compagnie irlandaise n’est payé que lorsque l’avion est en vol (une heure d’attente sur le tarmac ou dans une aérogare, ce n’est pas du « travail », selon Michael O’Leary !). Avec une flotte réduite à 38 avions, la messe est dite : Brussels Airlines ne pourra qu’achever sa mutation vers une « low cost » du groupe allemand.

Sortir de l’engrenage mortifère

Dans ces conditions, « sauver » Brussels Airlines apparaît vraiment comme un marché de dupes, sur le dos de la collectivité et des travailleurs/euses de l’entreprise. La question est évidemment : que faire d’autre ? Bien qu’il y ait urgence, y répondre intelligemment requiert une vision stratégique. Il faut regarder au-delà de l’entreprise et prendre en compte l’absurdité criminelle du développement des transports aériens. On aboutit alors immanquablement à la conclusion que ce développement constitue un engrenage mortifère. Un engrenage dont il faut sortir car il joue un rôle majeur dans la destruction conjointe des conditions sociales et des conditions écologiques. En clair : « sauver » Brussels Airlines, « sauver » le secteur aérien en général, est le contraire de ce qu’il faudrait faire.

Tous les quinze ans depuis 1977, le transport aérien de personnes voit son nombre de passagers doubler. L’avion a été employé en 2018 par 4,3 milliards de gens, originaires en majorité des pays « développés » et de Chine. On estime que 1% de PIB supplémentaire augmente les vols de 1,5% à 2%, selon le niveau de développement du pays. Avant le virus, Boeing et Airbus misaient donc sur 8 milliards de passagers en 2037-2038. Le transport aérien de fret suit une évolution analogue : il ne totalise que 0,5% des marchandises en volume mais 35% en valeur, ce qui signifie que l’avion est utilisé pour transporter des colis petits et légers tels des smartphones, des fleurs(1) … et des masques, par exemple.

La récente « importation » de travailleurs/euses amené·e·s par avion de Roumanie pour que les asperges d’Europe occidentale puissent être récoltées en dépit du COVID-19 est un des mille exemples qui montre que l’avion est par excellence le moyen de transport « just in time » du capitalisme mondialisé, productiviste, consumériste, exploiteur et ultra-néolibéral. Un capitalisme impérialiste, qui entretient ses relations coloniales avec le Sud global, promeut un tourisme insoutenable, presse les travailleurs/euses comme des citrons et bousille la planète au nom du profit. Ce mode de transport contribue à la surconsommation de ressources minières, à la pollution par les NOX et par le bruit, à la bétonnisation des territoires par les infrastructures et, bien sûr, aux émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre.

L’impossible aviation verte

Pour rappel, les émissions mondiales de CO2 doivent diminuer de 58% d’ici 2030 et de 100% (au moins) d’ici 2050. Ces réductions drastiques(2) sont indispensables pour avoir une chance sur deux (ce n’est pas beaucoup !) de ne pas (trop) dépasser 1,5°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. A la clé, un des enjeux est de ne pas franchir le seuil probable de dislocation de la calotte glaciaire du Groenland, qui contient assez d’eau pour faire monter le niveau des océans de 6 à 7 mètres.

Aucune technologie n’est susceptible de rendre l’explosion de l’aviation compatible avec ces objectifs climatiques vitaux. Celles et ceux qui prétendent le contraire racontent des balivernes pour nous endormir(3).. En fait, il est évident que les progrès techniques ne donneront pas de solution, c’est pourquoi toutes les recettes envisagées font appel à la soi-disant « compensation » des émissions par des plantations d’arbres et autres moyens de favoriser l’absorption de carbone par les écosystèmes. Mais ce sont des recettes d’apprenti-sorcier. Elles se heurtent aux limites physiques et sociales (les superficies terrestres nécessaires, la concurrence avec la production alimentaire). Plus fondamentalement, les temporalités entre absorptions et émissions ne sont pas comparables : retirer du carbone en faisant pousser un arbre qu’on abat 60 ans plus tard ne peut pas compenser le fait d’émettre du carbone en brûlant du pétrole fossilisé depuis plusieurs millions d’années.

On ne peut donc pas se contenter de demander pour « Brussels Airlines » et pour le secteur aérien en général une solution compatible avec l’accord de Paris sur le climat. Cette formulation trop vague évite le coeur du problème, à savoir qu’il n’y a pas de solution « climat-compatible » si on ne met pas radicalement en cause le volume des transports.

Les gouvernements tentent de sortir de l’impasse par des mécanismes de marché. En 2008, l’Union Européenne a étendu son système d’échange de droits de polluer (ETS) aux compagnies aériennes (pour les vols intra-européens), donc distribué gratuitement des droits d’émissions échangeables, comme elle l’avait fait plus tôt pour les secteur industriels clés. Ce faisant, elle ne fait en réalité qu’accompagner la baisse relative (pas absolue) des émissions découlant spontanément des progrès dans l’efficience des moteurs. Même constat au niveau de l’IATA : en 2016, l’association a décidé de mettre sur pied un système de marché mondial censé entrer en vigueur à partir de 2021, avec pour objectif de stabiliser les émissions au niveau de 2020 par des compensations ou des réductions d’émissions(4). Mais plus de marché ne permettra pas de guérir la maladie due au marché. Aucune de ces mesurettes ne constitue ne fût-ce qu’un début de politique à la hauteur du défi climatique. Dans une logique de marché, le minimum serait d’abolir le statut fiscal privilégié du secteur aérien (pas de TVA sur le kérosène, ni sur les billets) et d’introduire une taxe sur les vols, avec un taux croissant d’année en année. Mais, même de cela, le néolibéralisme ne veut pas, parce que la rentabilité du secteur est fragile.

Pour une décroissance radicale des transports aériens

La conclusion stratégique est incontournable : il faut d’urgence organiser la décroissance radicale du transport aérien, c’est le seul moyen réel par lequel le secteur peut contribuer à éviter la catastrophe climatique. Par conséquent, à la question immédiate « faut-il sauver le transport aérien ? faut-il sauver Brussels Airlines ?» la réponse logique ne peut être que « Non ». Ce qu’il faut sauver immédiatement, c’est l’emploi et les revenus des travailleurs et des travailleuses à qui les compagnies aériennes n’ont rien d’autre à proposer que moins de salaire, plus de flexibilité, plus d’exploitation. Mais comment concilier cet objectif immédiat avec la vision stratégique ? That’s the question.

Il va de soi qu’organiser la décroissance du secteur soulève des questions multiples, complexes et enchevêtrées. Elles ne pourront être résolues en fin de compte qu’en déployant à l’échelle internationale un plan anticapitaliste de longue haleine, incluant notamment une remise en cause profonde de la division capitaliste du travail axée sur la maximisation des profits. L’articulation de la réponse immédiate et de la vision stratégique ne peut donc être que politique.

Dans cette perspective, les moyens d’un petit pays comme la Belgique sont forcément limités, de sorte que la réponse devra rapidement se déployer au niveau global, européen d’abord – dans le cadre d’une alternative à l’UE néolibérale. Mais il faut bien commencer à oser la rupture nécessaire à un moment donné, en un endroit donné et, à partir de là, tenter de tracer un chemin. En espérant que d’autres, ailleurs, feront de même.

Le “moment Corona”

Or, s’il y a bien un moment où commencer, c’est maintenant, en pleine crise du Coronavirus. Le point de départ devrait être de revendiquer l’expropriation des compagnies (en commençant par celles qui demandent une aide publique et en mettant les « low-cost » hors-la-loi – leur refuser les licences d’atterrissage serait un premier pas). En finir avec la propriété privée et la concurrence est en effet la condition nécessaire pour être en mesure de commencer à élaborer avec les travailleurs/euses un plan à moyen terme.

Celui-ci devrait inclure la reconversion collective des personnels dans un système public de transport redimensionné et multimodal (train, tram, bus, vélo, voitures électriques partagées) dans lequel l’avion est limité au transport intercontinental de personnes, et son usage rationné. Il va de soi que cet autre système de transport requiert que la production et la consommation elles-mêmes soient redimensionnées et localisées. En résumé, il faut produire moins, transporter moins et partager plus, ce qui implique in fine de… sortir du capitalisme.

Dans l’immédiat, c’est peu dire que les raisons pour plaider en faveur de l’expropriation des compagnies aériennes sont pleinement réunies. En effet, les patrons du secteur aérien ne se contentent pas de massacrer l’emploi, d’accroître l’exploitation du personnel, de menacer la planète, de propager le virus et de faire chanter la collectivité pour qu’elle les sauve de la faillite. En plus, ils veulent reprendre les vols le plus vite possible, au mépris de la santé publique, de celle des passagers/gères et de celle des employé·e·s (qui, contrairement aux passagers/gères, n’ont pas le choix).

Faire converger le droit de retrait et le « Flight shame »

Pour les patrons du secteur, la (mal nommée) « distanciation sociale », c’est bon pour les rues, les parcs, les magasins, les aéroports à la rigueur – mais pas pour les avions ! Quand l’Union Européenne a fait mine de l’imposer, la levée de boucliers a été immédiate. A bord d’un avion, les gens pourraient rester entassés les uns contre les autres pendant des heures, à la seule condition de porter un masque(5).

Ce discours patronal est évidemment en complète contradiction avec les règles de précaution martelées tous les jours dans les médias. Du coup, pour ramener la clientèle, les compagnies font tout ce qu’elles peuvent pour créer l’illusion d’une prise en charge parfaite de la question sanitaire. Mais il ne faut pas réfléchir longtemps pour éventer la ruse. A Dubaï, par exemple, Emirates a repris ses vols et proclame que tout va bien car les gens sont testés à l’entrée de l’aéroport… Or, les spécialistes estiment que 30% des personnes infectées et asymptomatiques passent sous le radar des tests. Bienvenue à bord !?

En fait, le transport aérien présente, à grande échelle, une situation assez analogue à celle qu’on vécue les chauffeurs/euses de bus à la STIB, à Bruxelles, dans les premiers jours du déconfinement : une direction qui veut relancer l’activité en mettant le personnel et les usager·e·s en danger. La menace du chômage, couplée à la concurrence des low-cost, servent évidemment de moyens pour forcer la main des employé·e·s, en évitant qu’ils et elles exercent leur droit de retrait.

N’empêche que la situation est propice à un phénomène assez rare de convergence plutôt que d’opposition entre une revendication sociale (la santé des salarié.e.s), à forte tonalité féministe (les femmes sont majoritaires parmi le personnel de cabine) et une revendication écologique (la réduction des vols, synonyme de protection du climat). Raison de plus pour soutenir à fond les travailleurs/euses au cas où, sur base de leur connaissance des conditions concrètes, ils refuseraient de reprendre le travail malgré le simulacre de sécurité sanitaire orchestré par les employeurs.

D’ailleurs, il ne suffit pas d’attendre que les travailleurs/euses exercent leur droit de retrait. Nous pouvons et devons faire plus, exercer nous-mêmes, pour ainsi dire, notre « droit de retrait » en tant que consommateurs. Alexandre de Juniac, le directeur général de l’IATA, déclarait récemment : «Des mesures de relance importantes de la part des gouvernements combinées à des injections de liquidités par les banques centrales stimuleront la reprise économique une fois la pandémie maîtrisée. Mais la restauration de la confiance des passagers prendra plus de temps. » La confiance des passagers, en effet, jouera un rôle clé, et c’est un élément de l’équation sur lequel nous pouvons tous et toutes peser.

L’an dernier, le mouvement des jeunes pour le climat avait initié une « flight shame », une honte des consommateurs/trices face à l’usage de l’avion. L’impact en avait été perceptible, au point que les patrons du secteur s’en étaient inquiétés. La pandémie offre une opportunité d’amplifier ce mouvement de contestation salutaire en dépassant les limites moralisatrices de la « honte ». Ajoutons au refus de la destruction du climat la méfiance face à la maladie, le refus de la propager, l’hostilité face aux politiques anti-sociales et la solidarité avec les personnels victimes des rapaces qui écument le ciel de la planète.

Daniel Tanuro. Publié sur le site de la LCR de Belgique.

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Article

(05/06/2020 09:10)

Ainsi parlait Assa Traoré 

Dans l’atmosphère pesante et douloureuse de la crise sanitaire et du début de confinement, les manifestant.e.s du rassemblement devant le TGI ce 2 juin 2020 ont vécu un enthousiasme collectif. À l’appel d’Assa Traoré et du Comité Vérité et Justice pour Adama, 20 000 personnes ont répondu présentes malgré l’interdiction avancée par la préfecture de Police. Après les rebondissements de la journée et l’annonce d’une expertise confirmant le rôle du plaquage ventral dans la mort d’Adama, cette manifestation a couronné des années de combat que mène la famille.

Cette foule immense était très jeune et notons-le bien plus racisée que les rendez-vous militants qu’organise en général la gauche. Entassé entre le parvis et le site d’un chantier, chacun pouvait assister aux chants qui prenaient par endroit et se répondaient. Faute de pouvoir écouter le discours d’Assa Traoré ou le chant de Camélia Jordana, celles et ceux qui guettaient au loin affichaient la sérénité d’un devoir accompli. Électrisés par le contexte de révolte aux Etats-Unis et le meurtre de George Flyod, qu’ils étaient magnifiques ces empêcheurs de tourner en rond. En réclamant sans concession que justice soit faite, le combat Adama est devenu le parangon d’une cause qui le déborde. En fracturant les verrous et les portes qui s’opposent à l’exercice d’un bilan critique du racisme systémique de notre société, ces militant.e.s infatigables sont rentrés en écho avec une génération qui ne veut plus s’astreindre à rester passif  ou à demander poliment une solution. “Pas de justice, pas de paix”.

“Les personnes noires, les personnes arabes, les personnes racisées, nous avons le droit de participer à la construction de ce monde, de cette France. Nous avons le droit de participer à la construction de notre propre vie, ils n’ont pas le droit de mort sur nos vies” a déclaré Assa Traoré, acclamée. Ce rassemblement est un avertissement diplomatique et une adresse à notre camp social. Nous ne pouvons plus manquer à l’appel de certains combats que nous avons parfois négligé parfois soutenu du bout des lèvres. Racisme endémique, violences policières, héritage colonial, islamophobie sont des questions fondamentales que soulèvent pas à pas ces mouvements pour la vérité et la justice car ce sont des réalités vécues que notre pays enfouit.

Dans la joie partagée et cette communion collective entachée seulement par la provocation policière de l’interdiction et d’un gazage gratuit, nous avons pourtant vécu un moment précieux d’optimisme. L’on s’y est retrouvé entre camarades séparés par nos chemins politiques et l’on s’y est perdu au milieu d’inconnus, d’une relève à la rage digne et à la détermination intacte. Hier, s’est écrite une étape indispensable des luttes, et la période appelle avec force à de semblables succès.

Elsa Faucillon et Clémentine Autain. Publié sur le Fil des Communs.

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Article

Ainsi parlait Assa Traoré 

Dans l’atmosphère pesante et douloureuse de la crise sanitaire et du début de confinement, les manifestant.e.s du rassemblement devant le TGI ce 2 juin 2020 ont vécu un enthousiasme collectif. À l’appel d’Assa Traoré et du Comité Vérité et Justice pour Adama, 20 000 personnes ont répondu présentes malgré l’interdiction avancée par la préfecture de Police. Après les rebondissements de la journée et l’annonce d’une expertise confirmant le rôle du plaquage ventral dans la mort d’Adama, cette manifestation a couronné des années de combat que mène la famille.

Cette foule immense était très jeune et notons-le bien plus racisée que les rendez-vous militants qu’organise en général la gauche. Entassé entre le parvis et le site d’un chantier, chacun pouvait assister aux chants qui prenaient par endroit et se répondaient. Faute de pouvoir écouter le discours d’Assa Traoré ou le chant de Camélia Jordana, celles et ceux qui guettaient au loin affichaient la sérénité d’un devoir accompli. Électrisés par le contexte de révolte aux Etats-Unis et le meurtre de George Flyod, qu’ils étaient magnifiques ces empêcheurs de tourner en rond. En réclamant sans concession que justice soit faite, le combat Adama est devenu le parangon d’une cause qui le déborde. En fracturant les verrous et les portes qui s’opposent à l’exercice d’un bilan critique du racisme systémique de notre société, ces militant.e.s infatigables sont rentrés en écho avec une génération qui ne veut plus s’astreindre à rester passif  ou à demander poliment une solution. “Pas de justice, pas de paix”.

“Les personnes noires, les personnes arabes, les personnes racisées, nous avons le droit de participer à la construction de ce monde, de cette France. Nous avons le droit de participer à la construction de notre propre vie, ils n’ont pas le droit de mort sur nos vies” a déclaré Assa Traoré, acclamée. Ce rassemblement est un avertissement diplomatique et une adresse à notre camp social. Nous ne pouvons plus manquer à l’appel de certains combats que nous avons parfois négligé parfois soutenu du bout des lèvres. Racisme endémique, violences policières, héritage colonial, islamophobie sont des questions fondamentales que soulèvent pas à pas ces mouvements pour la vérité et la justice car ce sont des réalités vécues que notre pays enfouit.

Dans la joie partagée et cette communion collective entachée seulement par la provocation policière de l’interdiction et d’un gazage gratuit, nous avons pourtant vécu un moment précieux d’optimisme. L’on s’y est retrouvé entre camarades séparés par nos chemins politiques et l’on s’y est perdu au milieu d’inconnus, d’une relève à la rage digne et à la détermination intacte. Hier, s’est écrite une étape indispensable des luttes, et la période appelle avec force à de semblables succès.

Elsa Faucillon et Clémentine Autain. Publié sur le Fil des Communs.

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(05/06/2020 09:07)

Nous n’irons pas à Ségur ! 

 

La mobilisation solidaire des équipes soignantes de l’hospitalisation et de la psychiatrie publique contre l’épidémie du Covid 19 a rencontré nombre de solidarité de quartier face au confinement, véritable exil chez soi pour les uns ou abandon de tous les exilés de la rue. Chacun a pu observer combien la non-préparation a été organisée de longue date pour des raisons purement mercantiles. Si pour les premiers c’est bien leur privatisation réalisée qui en est la cause, c’est sa gestion publique privée qui l’installe pour la psychiatrie.

Depuis les années 80 l’enveloppe dédiée à la psychiatrie publique est en permanence sous dotée. Ses restructurations permanentes par des fermetures et des mutualisations ne concernent pas que les lits d’hospitalisation, qui ne sont qu’un temps du soin, mais l’ensemble du travail institutionnel et de la politique de secteur, dont les structures de proximité adultes et pédopsychiatriques au sein de la population et sur des territoires citoyens, sont redessinées en territoires économiques. Les outils gestionnaires et sécuritaires mettent en place un management d’entreprise de réduction permanente d’effectifs et une souffrance au travail et la maltraitance des patient.es. Une science du cerveau, dite évaluable en termes de gestion algorithmique des soins, est imposée comme outil de soins émotionnels immédiat et d’urgence à médicamenter, au détriment de sciences humaines de la relation dont la temporalité est celle de la subjectivité humaine de socialisation du sujet. Celles-ci sont déclarées « mauvaise pratique » par les experts d’une HAS affiliés aux entreprises mondialisées du médicament et du biomédical.

Les grèves de ces deux dernières années, décidées en assemblées générales au Rouvray (grève de la faim), au Havre (les perchés), à Toulouse (barnum de soutien aux portes de l’hôpital), etc. ont commencé à porter un espoir de changement qui mobilise le Printemps de la psychiatrie, rassemblant syndicats et collectifs de soignants, associations de patients et de familles.

Le projet gouvernemental d’un Ségur de la santé de transformation du service public en hôpitaux privés à but soi-disant non lucratif au service du public, n’est que l’accélération de ces politiques néolibérales et des politiques de la peur qui les accompagnent. En pleine pandémie les restructurations nt continué sous prétexte de dégager des lits Covid 19 comme au Vinatier et la répression a commencé contre les grévistes d’avant qui protestaient contre l’absence de moyens de protection des soignants et des patients, comme au Rouvray.

La reconstruction d’une psychiatrie humaine ne passe donc pas par Ségur.

Son alternative est une mobilisation pour une loi cadre de financements prioritaires à la santé publique et au secteur psychiatrique, la reconnaissance dès la formation d’un soin psychique carrefour de sciences médicales et humaines dont la psychanalyse, l’accueil et l’accès aux soins inconditionnels de proximité du lieu de vie, la détermination des besoins par les équipes soignantes en lien avec la population, ses élus locaux et ses associations de patients et de familles, ainsi que les acteurs du médicosocial. Toute restructuration nécessitera d’avoir obtenu au préalable l’avis favorable des équipes professionnelles, des représentants des usagers et de sa mise en débat avec les élus locaux.

La reconstruction passe par une auto-organisation qui s’oppose à toute politique de la peur qui détruit les libertés individuelles et collectives, qui défendent une protection sociale solidaire acquise et l’humanité de la folie.

Toutes les données du soin doivent restées sans l’équipe de soin et divulguées au cas par cas avec l’accord du malade à un médecin traitant.

La reconstruction passe par une auto-organisation qui s’oppose à toute politique de la peur qui détruit les libertés individuelles et collectives, qui défendent une protection sociale solidaire acquise et l’humanité de la folie.

Toutes les données du soin doivent restées dans l’équipe de soin et divulguées au cas par cas avec l’accord du malade à un médecin traitant.

Ensemble appelle sur ces objectifs à la manifestation santé du 16 juin.

Commission santé d'Ensemble

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Article

Nous n’irons pas à Ségur ! 

 

La mobilisation solidaire des équipes soignantes de l’hospitalisation et de la psychiatrie publique contre l’épidémie du Covid 19 a rencontré nombre de solidarité de quartier face au confinement, véritable exil chez soi pour les uns ou abandon de tous les exilés de la rue. Chacun a pu observer combien la non-préparation a été organisée de longue date pour des raisons purement mercantiles. Si pour les premiers c’est bien leur privatisation réalisée qui en est la cause, c’est sa gestion publique privée qui l’installe pour la psychiatrie.

Depuis les années 80 l’enveloppe dédiée à la psychiatrie publique est en permanence sous dotée. Ses restructurations permanentes par des fermetures et des mutualisations ne concernent pas que les lits d’hospitalisation, qui ne sont qu’un temps du soin, mais l’ensemble du travail institutionnel et de la politique de secteur, dont les structures de proximité adultes et pédopsychiatriques au sein de la population et sur des territoires citoyens, sont redessinées en territoires économiques. Les outils gestionnaires et sécuritaires mettent en place un management d’entreprise de réduction permanente d’effectifs et une souffrance au travail et la maltraitance des patient.es. Une science du cerveau, dite évaluable en termes de gestion algorithmique des soins, est imposée comme outil de soins émotionnels immédiat et d’urgence à médicamenter, au détriment de sciences humaines de la relation dont la temporalité est celle de la subjectivité humaine de socialisation du sujet. Celles-ci sont déclarées « mauvaise pratique » par les experts d’une HAS affiliés aux entreprises mondialisées du médicament et du biomédical.

Les grèves de ces deux dernières années, décidées en assemblées générales au Rouvray (grève de la faim), au Havre (les perchés), à Toulouse (barnum de soutien aux portes de l’hôpital), etc. ont commencé à porter un espoir de changement qui mobilise le Printemps de la psychiatrie, rassemblant syndicats et collectifs de soignants, associations de patients et de familles.

Le projet gouvernemental d’un Ségur de la santé de transformation du service public en hôpitaux privés à but soi-disant non lucratif au service du public, n’est que l’accélération de ces politiques néolibérales et des politiques de la peur qui les accompagnent. En pleine pandémie les restructurations nt continué sous prétexte de dégager des lits Covid 19 comme au Vinatier et la répression a commencé contre les grévistes d’avant qui protestaient contre l’absence de moyens de protection des soignants et des patients, comme au Rouvray.

La reconstruction d’une psychiatrie humaine ne passe donc pas par Ségur.

Son alternative est une mobilisation pour une loi cadre de financements prioritaires à la santé publique et au secteur psychiatrique, la reconnaissance dès la formation d’un soin psychique carrefour de sciences médicales et humaines dont la psychanalyse, l’accueil et l’accès aux soins inconditionnels de proximité du lieu de vie, la détermination des besoins par les équipes soignantes en lien avec la population, ses élus locaux et ses associations de patients et de familles, ainsi que les acteurs du médicosocial. Toute restructuration nécessitera d’avoir obtenu au préalable l’avis favorable des équipes professionnelles, des représentants des usagers et de sa mise en débat avec les élus locaux.

La reconstruction passe par une auto-organisation qui s’oppose à toute politique de la peur qui détruit les libertés individuelles et collectives, qui défendent une protection sociale solidaire acquise et l’humanité de la folie.

Toutes les données du soin doivent restées sans l’équipe de soin et divulguées au cas par cas avec l’accord du malade à un médecin traitant.

La reconstruction passe par une auto-organisation qui s’oppose à toute politique de la peur qui détruit les libertés individuelles et collectives, qui défendent une protection sociale solidaire acquise et l’humanité de la folie.

Toutes les données du soin doivent restées dans l’équipe de soin et divulguées au cas par cas avec l’accord du malade à un médecin traitant.

Ensemble appelle sur ces objectifs à la manifestation santé du 16 juin.

Commission santé d'Ensemble

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(05/06/2020 08:58)

Ségur de la santé : mise en scène d'un enfumage 

SEGUR DE LA SANTE : MISE EN SCENE D’UN ENFUMAGE.

Une grande concertation autour du système de santé, voilà comment le gouvernement présente la mise en place du ‘’Ségur’’ de la santé.

Comme pour le grand débat l’an dernier en réponse aux gilets jaunes, le cadre est fixé d’avance dans sa forme et dans son contenu :

Dans sa forme d’abord avec un comité de pilotage présidé par Nicole Notat ancienne secrétaire générale de la CFDT qui avait approuvé le plan JUPPE en 1995, avec une composition de groupes de travail qui écartent de nombreux acteurs de la santé. Une véritable provocation pour le monde syndical les collectifs et les personnels mobilisés.

Dans son contenu surtout :

Il ne s’agit pas d’une négociation pour répondre aux revendications des personnels de santé (augmentation de 300 euros pour tous, embauches, formation, nouvelle gouvernance de l’hôpital, réouverture des lits et des services) mobilisés depuis de nombreux mois face à la crise de l’hôpital public étranglé par les politiques budgétaires et une approche comptable et financière de l’activité.

Macron l’a dit dans son allocution, ‘’ ce qui a manqué c’est d’agir plus vite et plus fort ’’ et Veran, ministre de la santé, en introduction au ‘’Ségur’’ annoncent  4 piliers qui le confirment : ce que propose Veran c’est en réalité de travailler à la mise en place du plan Buzyn ‘’ma santé 2022’’.

Pour les augmentations de salaire elles sont liées avec la levée du tabou des 35h. C’est le retour de la formule sarkozyste ‘’ travailler plus pour gagner plus’’ alors que des milliers d’heures supplémentaires ne sont pas payées et que les compte-épargne temps sont pléthoriques.

Un plan d’investissement qualifié de massif par Macron mais sans aucun chiffrage et surtout qui prendra en compte non seulement l’hôpital public mais aussi le privé, la médecine de ville et la coopération entre tous. Tout cela dans l’objectif d’effacer encore plus la notion de service public hospitalier en mélangeant avec le privé lucratif dont la logique de fonctionnement est exclusivement commerciale et financière.
Par ailleurs rien de plus qu’en novembre 2019 sur la dette des hôpitaux, sur les projets de restructurations qui continuent (CHU de Nancy, CHU de Nantes..) rien sur la gouvernance de l’hôpital public.

Et pour terminer la e-médecine présentée comme remède miracle à la pénurie de médecins et les déserts médicaux.

Dit autrement : Pour macron et Philippe la politique menée à l’hôpital publique, en psychiatrie pour la santé en général doit s’accélérer et le ‘’Ségur ‘’ dans ce cadre est un aimable enfumage.

Pourtant s’il y a une chose que cette crise a montré c’est bien que les soignants, toutes catégories confondues, ont su se passer de la tutelle des managers hospitaliers habituellement obsédés par les tableaux de bord et les taux de remplissage des lits. Ils ont été obligés de lâcher les manettes. L’auto-organisation qui en a résulté a permis de faire face malgré les carences des autorités publics (masques, matériels, lits de réanimation…) et au prix de nombreuses contamination et décès parmi les personnels. La gouvernance hospitalière mise en place par Bachelot doit être complétement revue. Avec le déconfinement en cours ‘’non au retour à l’ A-normal ‘’devient le slogan symbole de cette réalité.

Ce qu’elle a montré aussi ce sont les phénomènes d’auto-organisation dans de nombreux quartiers et villes notamment pour la solidarité alimentaire et l’aide aux oublié(e)s que sont les sans-papiers ou les sans domicile fixe.

La colère accumulée dans les établissements de santé, le soutien à l’hôpital public dans la population constaté pendant la crise du COVID19, sont en train de trouver le chemin de la mobilisation malgré les atteintes aux droits et libertés publiques constatées quand il s’agit de rassemblements et manifestations devant les hôpitaux. Dans de nombreux endroits des collectifs soignants- usagers se constituent.
La date du 16 juin 2020 a été retenue pour une journée nationale de soutien aux revendications des soignants et de défense de l’hôpital public. Elle est appelée par des syndicats, des associations, de nombreux collectifs et réseaux. Contribuer à son succès, la réussir, sera déterminant dans la construction du rapport de force nécessaire face à un gouvernement tenté par la stratégie du choc économique, social et policier.

Ensemble appelle à faire de cette journée un succès et un tremplin pour la défense et l’avenir du service public hospitalier.

Commission Santé d'Ensemble

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Article

Ségur de la santé : mise en scène d'un enfumage 

SEGUR DE LA SANTE : MISE EN SCENE D’UN ENFUMAGE.

Une grande concertation autour du système de santé, voilà comment le gouvernement présente la mise en place du ‘’Ségur’’ de la santé.

Comme pour le grand débat l’an dernier en réponse aux gilets jaunes, le cadre est fixé d’avance dans sa forme et dans son contenu :

Dans sa forme d’abord avec un comité de pilotage présidé par Nicole Notat ancienne secrétaire générale de la CFDT qui avait approuvé le plan JUPPE en 1995, avec une composition de groupes de travail qui écartent de nombreux acteurs de la santé. Une véritable provocation pour le monde syndical les collectifs et les personnels mobilisés.

Dans son contenu surtout :

Il ne s’agit pas d’une négociation pour répondre aux revendications des personnels de santé (augmentation de 300 euros pour tous, embauches, formation, nouvelle gouvernance de l’hôpital, réouverture des lits et des services) mobilisés depuis de nombreux mois face à la crise de l’hôpital public étranglé par les politiques budgétaires et une approche comptable et financière de l’activité.

Macron l’a dit dans son allocution, ‘’ ce qui a manqué c’est d’agir plus vite et plus fort ’’ et Veran, ministre de la santé, en introduction au ‘’Ségur’’ annoncent  4 piliers qui le confirment : ce que propose Veran c’est en réalité de travailler à la mise en place du plan Buzyn ‘’ma santé 2022’’.

Pour les augmentations de salaire elles sont liées avec la levée du tabou des 35h. C’est le retour de la formule sarkozyste ‘’ travailler plus pour gagner plus’’ alors que des milliers d’heures supplémentaires ne sont pas payées et que les compte-épargne temps sont pléthoriques.

Un plan d’investissement qualifié de massif par Macron mais sans aucun chiffrage et surtout qui prendra en compte non seulement l’hôpital public mais aussi le privé, la médecine de ville et la coopération entre tous. Tout cela dans l’objectif d’effacer encore plus la notion de service public hospitalier en mélangeant avec le privé lucratif dont la logique de fonctionnement est exclusivement commerciale et financière.
Par ailleurs rien de plus qu’en novembre 2019 sur la dette des hôpitaux, sur les projets de restructurations qui continuent (CHU de Nancy, CHU de Nantes..) rien sur la gouvernance de l’hôpital public.

Et pour terminer la e-médecine présentée comme remède miracle à la pénurie de médecins et les déserts médicaux.

Dit autrement : Pour macron et Philippe la politique menée à l’hôpital publique, en psychiatrie pour la santé en général doit s’accélérer et le ‘’Ségur ‘’ dans ce cadre est un aimable enfumage.

Pourtant s’il y a une chose que cette crise a montré c’est bien que les soignants, toutes catégories confondues, ont su se passer de la tutelle des managers hospitaliers habituellement obsédés par les tableaux de bord et les taux de remplissage des lits. Ils ont été obligés de lâcher les manettes. L’auto-organisation qui en a résulté a permis de faire face malgré les carences des autorités publics (masques, matériels, lits de réanimation…) et au prix de nombreuses contamination et décès parmi les personnels. La gouvernance hospitalière mise en place par Bachelot doit être complétement revue. Avec le déconfinement en cours ‘’non au retour à l’ A-normal ‘’devient le slogan symbole de cette réalité.

Ce qu’elle a montré aussi ce sont les phénomènes d’auto-organisation dans de nombreux quartiers et villes notamment pour la solidarité alimentaire et l’aide aux oublié(e)s que sont les sans-papiers ou les sans domicile fixe.

La colère accumulée dans les établissements de santé, le soutien à l’hôpital public dans la population constaté pendant la crise du COVID19, sont en train de trouver le chemin de la mobilisation malgré les atteintes aux droits et libertés publiques constatées quand il s’agit de rassemblements et manifestations devant les hôpitaux. Dans de nombreux endroits des collectifs soignants- usagers se constituent.
La date du 16 juin 2020 a été retenue pour une journée nationale de soutien aux revendications des soignants et de défense de l’hôpital public. Elle est appelée par des syndicats, des associations, de nombreux collectifs et réseaux. Contribuer à son succès, la réussir, sera déterminant dans la construction du rapport de force nécessaire face à un gouvernement tenté par la stratégie du choc économique, social et policier.

Ensemble appelle à faire de cette journée un succès et un tremplin pour la défense et l’avenir du service public hospitalier.

Commission Santé d'Ensemble

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(05/06/2020 08:55)

Le revenu universel, solution dans l’affrontement au néolibéralisme ? 

Face à une récession historique par son ampleur depuis la crise de 1929, le revenu universel est souvent présenté comme la solution permettant de rééquilibrer les rapports de forces, détériorés depuis des décennies par le néolibéralisme, entre les salarié.es et les employeurs. C'est ce point de vue qui est critiqué ici à partir d'une

Dans une chronique parue dans Libération du 2 juin, Ioana Marinescu, professeure d'économie à l'université de Pennsylvanie, analyse les raisons pour lesquelles la part des salaires dans la valeur ajoutée, c’est-à-dire la richesse créée dans les entreprises, a diminué de façon très importante ces dernières décennies. Si son propos est centré sur les États-Unis, ce constat peut s’appliquer à tous les pays développés et probablement au-delà. S’appuyant sur un document de travail d’Anna Stansbury et Larry Summers, elle explique que « le recul du pouvoir de négociation des travailleurs, notamment la baisse de la syndicalisation, explique l’essentiel de la stagnation des salaires américains […] Les facteurs essentiels derrière la stagnation des salaires sont institutionnels et politiques, plutôt que strictement économiques ».

Mais d’où vient cette « baisse du pouvoir des travailleurs » qu’elle note à juste titre ? Il y a évidemment des facteurs politiques et institutionnels, notamment les mesures prises par les gouvernements pour réduire l’influence des syndicats dans les entreprises ou la répression syndicale. De ce point de vue, alors même que les gouvernements français successifs n’ont eu de cesse de réduire les droits des salarié.es, il est curieux qu’elle écrive : « alors que les institutions protègent le pouvoir syndical en France, rien de similaire n’existe aux États-Unis ». Les milliers de délégués syndicaux licenciés chaque année en France devraient être d’un autre avis.

Au-delà, il y a un aspect que Ioana Marinescu laisse complètement de côté et qui n’est pas étranger à la dégradation des rapports de forces entre les employeurs et les salarié.es. Il concerne la transformation du mode de gestion des entreprises ayant eu lieu à la fin des années 1970 et au milieu des années 1980. Sur la base de défaites ouvrières considérables, se met en place un nouveau mode de gestion dont l’objectif est la valorisation continue du cours de l’action en Bourse et l’augmentation des dividendes versés aux actionnaires. « La création de valeur » pour l’actionnaire » devient l’alpha et l’oméga de la stratégie des entreprises dominées dorénavant par une logique de stricte rentabilité financière. Ce mode de gestion centrée sur la valeur actionnariale remet en cause le compromis, passé plus ou moins dans la douleur auparavant, entre le travail et le capital pour un partage des gains de productivité.

Or cet oubli n’est pas sans conséquence sur la solution qu’elle propose pour enrayer « le déclin du pouvoir syndical » : la mise en place d’un revenu universel. Avec ce dernier instaurant une protection sociale qui n’est pas liée au travail, « les travailleurs seraient en mesure de négocier des salaires plus élevés, et/ou de meilleures conditions de travail ». Or elle admet elle-même que le revenu universel ne serait qu’un complément de revenu, qui certes pourrait améliorer le sort des travailleurs pauvres, mais dont on voit mal comment par sa seule existence, il pourrait permettre une amélioration du rapport de forces en faveur des salarié.es. Pire même, il peut avoir un effet pervers non voulu par ses défenseurs. En effet, les employeurs pourraient d’autant plus justifier l’existence de bas salaires que la collectivité assurerait aux salarié.es un complément de rémunération.

Ioana Marinescu affirme que le « revenu universel permet aux travailleurs une plus grande liberté de choix, car il est donné sans condition ». Il faudrait pour cela que son niveau soit tel qu’il permette de vivre décemment, ce qui autoriserait de refuser les emplois mal payés. Il faudrait donc qu’il cesse d’être un complément de rémunération, comme elle l’envisage, pour devenir un revenu suffisant pour vivre. Cela suppose alors résolu le problème des rapports de forces. En effet, pourquoi des gouvernements qui se sont échinés depuis des décennies à détricoter le droit du travail et à encourager la financiarisation de l’économie, prendraient une mesure qui irait à l’encontre de tout ce qu’ils ont fait jusqu’à présent ? Et si ce rapport de forces existait, pourquoi alors ne pas s’attaquer au fond du problème, en remettant en cause le mode de gestion des entreprises, et plus globalement le fonctionnement néolibéral de l’économie, pour revitaliser les droits des salarié.es et assurer réellement la « redistribution du pouvoir » que souhaite Ioana Marinescu ?

Au-delà même du fait que le revenu universel pose d’autres problèmes - comme par exemple le fait de donner de l’argent public à tout le monde, y compris donc à des gens qui n’en ont pas besoin ou de savoir comment il pourrait être financé s’il est d’un bon niveau – il est loin d’être «  une solution simple et élégante qui peut contribuer à augmenter le pouvoir de négociation des travailleurs ».

Pierre Khalfa

https://blogs.mediapart.fr/pierre-khalfa/blog/020620/le-revenu-universel-solution-dans-l-affrontement-au-neoliberalisme

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Le revenu universel, solution dans l’affrontement au néolibéralisme ? 

Face à une récession historique par son ampleur depuis la crise de 1929, le revenu universel est souvent présenté comme la solution permettant de rééquilibrer les rapports de forces, détériorés depuis des décennies par le néolibéralisme, entre les salarié.es et les employeurs. C'est ce point de vue qui est critiqué ici à partir d'une

Dans une chronique parue dans Libération du 2 juin, Ioana Marinescu, professeure d'économie à l'université de Pennsylvanie, analyse les raisons pour lesquelles la part des salaires dans la valeur ajoutée, c’est-à-dire la richesse créée dans les entreprises, a diminué de façon très importante ces dernières décennies. Si son propos est centré sur les États-Unis, ce constat peut s’appliquer à tous les pays développés et probablement au-delà. S’appuyant sur un document de travail d’Anna Stansbury et Larry Summers, elle explique que « le recul du pouvoir de négociation des travailleurs, notamment la baisse de la syndicalisation, explique l’essentiel de la stagnation des salaires américains […] Les facteurs essentiels derrière la stagnation des salaires sont institutionnels et politiques, plutôt que strictement économiques ».

Mais d’où vient cette « baisse du pouvoir des travailleurs » qu’elle note à juste titre ? Il y a évidemment des facteurs politiques et institutionnels, notamment les mesures prises par les gouvernements pour réduire l’influence des syndicats dans les entreprises ou la répression syndicale. De ce point de vue, alors même que les gouvernements français successifs n’ont eu de cesse de réduire les droits des salarié.es, il est curieux qu’elle écrive : « alors que les institutions protègent le pouvoir syndical en France, rien de similaire n’existe aux États-Unis ». Les milliers de délégués syndicaux licenciés chaque année en France devraient être d’un autre avis.

Au-delà, il y a un aspect que Ioana Marinescu laisse complètement de côté et qui n’est pas étranger à la dégradation des rapports de forces entre les employeurs et les salarié.es. Il concerne la transformation du mode de gestion des entreprises ayant eu lieu à la fin des années 1970 et au milieu des années 1980. Sur la base de défaites ouvrières considérables, se met en place un nouveau mode de gestion dont l’objectif est la valorisation continue du cours de l’action en Bourse et l’augmentation des dividendes versés aux actionnaires. « La création de valeur » pour l’actionnaire » devient l’alpha et l’oméga de la stratégie des entreprises dominées dorénavant par une logique de stricte rentabilité financière. Ce mode de gestion centrée sur la valeur actionnariale remet en cause le compromis, passé plus ou moins dans la douleur auparavant, entre le travail et le capital pour un partage des gains de productivité.

Or cet oubli n’est pas sans conséquence sur la solution qu’elle propose pour enrayer « le déclin du pouvoir syndical » : la mise en place d’un revenu universel. Avec ce dernier instaurant une protection sociale qui n’est pas liée au travail, « les travailleurs seraient en mesure de négocier des salaires plus élevés, et/ou de meilleures conditions de travail ». Or elle admet elle-même que le revenu universel ne serait qu’un complément de revenu, qui certes pourrait améliorer le sort des travailleurs pauvres, mais dont on voit mal comment par sa seule existence, il pourrait permettre une amélioration du rapport de forces en faveur des salarié.es. Pire même, il peut avoir un effet pervers non voulu par ses défenseurs. En effet, les employeurs pourraient d’autant plus justifier l’existence de bas salaires que la collectivité assurerait aux salarié.es un complément de rémunération.

Ioana Marinescu affirme que le « revenu universel permet aux travailleurs une plus grande liberté de choix, car il est donné sans condition ». Il faudrait pour cela que son niveau soit tel qu’il permette de vivre décemment, ce qui autoriserait de refuser les emplois mal payés. Il faudrait donc qu’il cesse d’être un complément de rémunération, comme elle l’envisage, pour devenir un revenu suffisant pour vivre. Cela suppose alors résolu le problème des rapports de forces. En effet, pourquoi des gouvernements qui se sont échinés depuis des décennies à détricoter le droit du travail et à encourager la financiarisation de l’économie, prendraient une mesure qui irait à l’encontre de tout ce qu’ils ont fait jusqu’à présent ? Et si ce rapport de forces existait, pourquoi alors ne pas s’attaquer au fond du problème, en remettant en cause le mode de gestion des entreprises, et plus globalement le fonctionnement néolibéral de l’économie, pour revitaliser les droits des salarié.es et assurer réellement la « redistribution du pouvoir » que souhaite Ioana Marinescu ?

Au-delà même du fait que le revenu universel pose d’autres problèmes - comme par exemple le fait de donner de l’argent public à tout le monde, y compris donc à des gens qui n’en ont pas besoin ou de savoir comment il pourrait être financé s’il est d’un bon niveau – il est loin d’être «  une solution simple et élégante qui peut contribuer à augmenter le pouvoir de négociation des travailleurs ».

Pierre Khalfa

https://blogs.mediapart.fr/pierre-khalfa/blog/020620/le-revenu-universel-solution-dans-l-affrontement-au-neoliberalisme

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(03/06/2020 07:27)

Automobiles et transports par route : tout doit changer ! 

En quelques jours, une avalanche d’annonces (fermetures d’usines, suppression de 15 000 emplois chez Renault) nous place dans un « monde d’après » dramatique. Alors que la crise sanitaire n’est pas terminée, la crise sociale fait des ravages. Brutalement, une crise s’ajoute à la précédente. Mais l’épidémie ne l’a pas amplifiée : les annonces avaient été différées. 

L’automobile mondiale, longtemps au cœur de l’expansion capitaliste d’après-guerre, traverse une crise sans issue. Tout, absolument tout, doit changer dans cette industrie dont toute la chaine productive est incompatible avec une société se fixant pour but la neutralité carbone rapidement. Ce qui bien sûr est loin d’être le cas. Mais plus les choix stratégiques seront retardés, plus le cataclysme social et humain sera douloureux. L’aéronautique traverse aussi une impasse du même type (lire dans : syndicollectif.fr : https://wp.me/p6Uf5o-3oK).

Un débat public est donc absolument primordial.  A leur manière, les travailleurs-euses de Renault Maubeuge l’ont posé avec force samedi 30 mai en manifestant à 8000 dans la rue.  Et là le gouvernement pas n’a pas osé envoyer la police, car l’explosion sociale pourrait prendre une dimension politique nationale. Il faut donc revenir sur les multiples dimensions de la « question automobile ».

L’impasse automobile

A part le marché chinois qui grimpe en flèche, et celui des voitures haut de gamme pour les clients frimeurs (les fameux SUV, ou Sport Utility Vehicle), la bagnole est dans une impasse. Beaucoup de constructeurs ont triché cyniquement avec le diesel qui tue, en camouflant les rejets de particules fines. Cela a déjà coûté à Volkswagen 30 milliards d’euros de dédommagement suite aux révélations (11 millions de véhicules truqués). La pression écologique mondiale pousse à durcir en Europe les réglementations sur les moteurs, mais elles ne sont pas vraiment appliquées. Les nouveaux diesels ne sont guère mieux que les anciens en particules fines émises (selon Transport et Environnement, qui regroupe en Europe 50 ONG dans ce domaine).

Bien entendu, de nouvelles mantra émergent : il faut faire de l’électrique très vite et massivement, nous claironne-t-on. 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) viennent des  transports, et 9% des seules automobiles. Ainsi l’électrique est présenté comme la solution magique, sans que son bilan écologique global ne soit décortiqué (en particulier la consommation d’électricité nucléaire, ou l’extraction des métaux rares pour les batteries). Le projet électrique a donc été annoncé par E. Macron en grande pompe dans son « plan » du 26 mai : un million de véhicules « propres » en cinq ans. C’est beaucoup certes, puisqu’aujourd’hui, sur 2,3 millions de véhicules annuels, quelques dizaines de milliers seulement sont électriques. En attendant, le plan Macron consiste à octroyer des primes à l’achat pour relancer le marché : un milliard d’euros prévus en « bonus » aux consommateurs.  Jusqu’à 7000 euros pour une électrique achetée (elles ne sont pas pour toutes les bourses !), et 3000 euros de primes à la conversion (vieux véhicules) en fonction des revenus.
500 000 véhicules stationnent en effet sur les parkings avec la crise COVID. Il faut les écouler « à tout prix ». Mais comme le dit Martine Orange (Médiapart), on a déjà connu cela. Après les « juppettes » (1996), les « balladurettes », voici donc les « macronettes ». Mais l’effet dopage ne dure qu’un temps. Le pari fait sur la technologie électrique ou hybride ne change pas le modèle vieux d’un siècle : celui de la voiture individuelle qui a fait la civilisation de la bagnole, avec son imaginaire de « liberté » et « d’évasion », mais aussi pour beaucoup et tous les jours une obligation d’utilisation quasi absolue en l’absence d’alternative au déplacement. C’est ce que les Gilets jaunes des régions nous avaient dit : impossible de faire autrement.

« Une crise de l’usage »

Autrement dit, Macron ne change pas de modèle de société. Il y a une « crise de l’usage » de la voiture (Jean-Claude Vessillier, ancien syndicaliste Renault, Inprecor N° 670-71), mais on fait semblant de ne pas la voir. Certains sont obligés de l’utiliser sous peine de mort sociale : dans les zones rurales ou dans les banlieues (8 salariés sur 10). Des riches paradent avec des modèles scintillants qui devraient être interdits (4X4 en ville). Une fraction encore minoritaire de la société, mais de plus en plus déterminée, tente d’échapper à la voiture par le vélo, à condition que des pistes sécurisées existent, que les distances domicile-travail ne soient pas trop grandes (ce qui est à l’exact opposé des tendances observées dans les métropoles depuis des décennies). Enfin il y a les transports publics, mais ils sont soit bondés et invivables (ligne 13 à Paris ou RER A), soit quasi inexistants (de banlieues à banlieues, campagnes), ou encore modelés sur les niches de valeurs immobilières ou de start up (pour une partie du réseau Grand Paris Express).

André Gorz l’avait déjà dit en 1973 : « La vérité, c’est que personne n’a le choix : on n’est pas libre d’avoir une bagnole ou non parce que l’univers suburbain est agencé en fonction d’elle…C’est pourquoi la solution révolutionnaire idéale, qui consiste à supprimer la bagnole au profit de la bicyclette, du tramway, du bus…n’est même plus applicable dans les cités autoroutières…modelées par et pour l’automobile » (dans La Gueule ouverte, cité par JC Vessillier).

On voit bien l’immensité du problème : la société est structurée en forte partie par l’industrie automobile. Il y a 900 000 salarié-es concernés directement en France, mais indirectement, beaucoup plus : industries chimiques (batteries), métallurgiques, matériaux divers, plastiques, électronique (voiture « autonome »), etc. S’ajoute à cela une dimension historique et symbolique : des usines, des qualifications ouvrières, des métiers, des traditions. Plus d’un siècle de civilisation industrielle. Or le diagnostic est sans appel. Il ne s’agit plus seulement de changer de modèle de voiture (plus « propre ») mais de modèle de transport. Et pour cela, une planification globale est nécessaire.

Pour un plan global transport

L’ampleur du débat nécessite une grande pluralité d’approches. Il faut discuter de la vision des villes, de l’urbanité, des surfaces attribuées aux circulations, de l’empreinte carbone, du partage des temps sociaux, du code du travail, de la sécurité sociale professionnelle, pour que les emplois soient autre chose que seulement des « employés » des multinationales. Il faut respecter la dignité et la créativité du travail. Sinon, il y aura des conflits dramatiques, pas seulement pour lutter contre les licenciements (il faut les interdire), mais pour engager une transition des savoir-faire dans la sécurité. Et pour éviter des tensions entre les travailleurs eux-mêmes et elles-mêmes (entre les pro-vélo et les pro-auto, les pro-électriques et les pro-mécaniques, etc).

Ne sont énumérées ici que des pistes de réflexion.

* Faut-il sauver Renault ?  Sur les 8 milliards que le gouvernement promet pour l’automobile,  5 milliards sont des garantie de prêts pour Renault. Il devrait ajouter : à condition qu’il n’y ait aucune suppression d’emplois ni fermetures d’usines. L’Etat possède 15% des actions. Il peut avoir des exigences. Mais il se garde bien de les annoncer : il laisse le management manager. Renault promet qu’il n’y aura pas de mesures brutales. Promesse passagère. La multinationale capitaliste est totalement incapable de faire face à la situation dans laquelle elle s’est elle-même enlisée : la folie des grandeurs mondiales, la course au numéro1, vendre partout et enrichir ses actionnaires, accroitre toujours ses capacités de production, puis…la crise. Un grand classique capitaliste. Oui, il faut sauver un outil industriel (Renault) qui est le résultat du travail de centaines de milliers de personnes. Mais pas les yeux fermés. Il faut imposer aux pouvoirs publics un projet alternatif à la logique du marché roi.

* Contrôle public et démocratique : Sauver Renault, oui, mais pas sa gestion capitaliste ! Il faut donc indiquer clairement où on veut aller : un contrôle public et démocratique, pas un renflouement pour repartir comme avant.  Nationalisation ? C’est un souvenir prestigieux pour certains, un Etat patron pour d’autres. Le mot est usé. A ce stade, la formule juridique précise importe moins que le projet : les salarié-es du groupe et la population doivent s’approprier le débat sur l’avenir de tous les transports par route, donc de Renault et PSA. Pourquoi pas une holding publique de l’automobile ? Le train, les métros et les transports publics font totalement partie de la discussion. L’appropriation collective est la ligne de mire.

* Tout électrique ? Fausse bonne idée (en dépit de la rupture salutaire avec le pétrole). Il ne manque pas d’études pour en critiquer le bilan carbone mondial avec les batteries assemblées. L’électrique séduit peu à peu le capitalisme, car il nécessite un tiers de main d’œuvre en moins. Mais il faut que les prix baissent pour en faire un marché de masse. D’où les bonus à l’achat, mais on reste dans le modèle capitaliste du tout individuel.

* Retour de « la 2 CV » ? C’est une hypothèse étudiée par The Shift Project (cabinet formé de bénévoles) et commentée le 26 mai dans L’Humanité. Il s’agirait de promouvoir des véhicules les plus légers possibles, « sans fioriture », avec des moteurs « bridés » et très peu consommateurs. Donc peu chers. Sur le site du cabinet, on lit une étude sur les limites du tout électrique et une liste de règles pour le futur : diminuer les besoins de déplacement contraints, diminuer les distances (notamment pour se rendre au travail), faciliter les choix pour les replis modaux, diminuer les émissions carbonées des véhicules. On voit tout de suite que cela implique une planification globale et démocratique de la vie en société.

* Economie circulaire- L’usine Renault de Choisy-le-Roi (94) ne produit pas de voitures, mais recycle des matériaux automobiles. C’est dire qu’il faut la maintenir et même développer une filière entière.

* Zéro licenciement-sécurité sociale professionnelle : il faudra sans aucun doute reconvertir des usines entières et toute la filière. Cette nécessité est impossible à imaginer socialement sans une sécurité totale des salaires et un développement des qualifications professionnelles. Pour la branche entière ! Aucun-e salarié-e ne doit craindre le chômage. Aucun licenciement ne doit avoir lieu. Le salaire doit être maintenu à 100% en cas de changement de poste de travail. Un droit au débat doit être garanti sur le temps de travail pour discuter des reconversions, du planning, de l’avenir des métiers. La réduction du temps de travail (32 heures) avec des discussions ateliers par ateliers, permettra de préserver la santé, la liberté, et créer des postes de travail nouveaux.

* Un plan national de transport : avec les syndicats, les associations d’usagers, d’écologistes, de consommateurs, avec le groupe des « 18 » PlusJamaisCela qui vient de publier 34 mesures d’urgences pour la sortie du confinement, on peut mettre en place un Conseil national de contrôle citoyen (CNCC) pour que toute la société s’empare de la discussion pour un plan national de transport. Incluant l’automobile, le train, l’avion, le métro, le tramway, la bicyclette, la marche à pied. Il faut supprimer des lignes aériennes intérieures que le train peut desservir. Le fret SNC a été démantelé par la SNCF elle-même par la création de filiales concurrentielles dans le transport routier (comme Geodis), ce qui est un scandale total. Le fret SNCF doit être reconstruit. Ce n’est pas le marché capitaliste qui doit imposer ses choix, mais les besoins humains définis en commun. Les organisations politiques de gauche et écologistes ont la responsabilité de travailler ensemble pour apporter leurs idées et les confronter à celles des travailleurs-euses.

Renault : « Une seule alternative, le rapport de force » (l’intersyndicale Maubeuge)

Au moment où le gouvernement met 8 milliards dans l’industrie automobile, Renault annonce cyniquement 15 000 suppressions d’emplois (8% des effectifs), dont 4600 en France. Au moins une usine fermée (260 salariés) à Choisy-le-Roi (94), une autre (MCA Maubeuge dans le Nord, 1600 salariés) dont la production serait transférée tout ou partie à l’usine de Douai à 75 km (3200 personnes). Même l’usine emblématique de Flins, apparemment préservée, est en réalité menacée (arrêt des assemblages en 2023), et en tout cas frappée par des suppressions de postes. Le très grand Technicentre de recherche et développement (R&D) de Guyancourt (Yvelines) qui compte 11 000 salarié-es, subirait une perte de 1500 emplois. Ce qui montre que Renault frappe aussi sa propre capacité de recherche ! Nissan ferme son usine de Barcelone et Renault des activités au Maroc, en Russie, en Turquie.

Mondialement, la grande « Alliance » Renault-Nissan-Mitsubishi opère une sorte de « Yalta » (Martine Orange dans Médiapart) en se partageant les usines, les innovations, les marques, les grands marchés (exemple : la Chine, seul marché mondial très actif, reviendra à Nissan). Comme le dit le PDG Jean-Dominique Senard : « C’est un plan mondial » (Le Monde 30 mai 2020).

Le but est bien de redevenir compétitif : économiser 2 milliards en trois ans. L’Alliance avec Nissan et Mitsubishi est dans le rouge. Mais il semble bien que suite aux déboires de Carlos Ghosn au Japon, c’est Nissan qui impose son rythme. Il faut dire que l’aventure mondiale Carlos Ghosn s’effondre. Il voulait devenir N° 1 mondial, produire 12 millions de véhicules. Cela a marché un temps, après la crise de 2008. Il a donc développé des capacités de production devenues très excédentaires. En France, l’usine de Douai, conçue pour produire 400 000 voitures, n’en fabrique que 80 000. A Maubeuge, 100 000 sortent de l’usine au lieu de 300 000 possible. En bonne logique capitaliste, Maubeuge et Douai doivent se compléter, même si le PDG explique qu’en aucun cas l’usine de Maubeuge ne disparaitrait. Il est vrai qu’après la grève totale de vendredi 29 mais et la manifestation de 8000 personnes du samedi 30, le PDG doit surveiller son langage.

« Une seule alternative, le rapport de force », avait dit l’intersyndicale CGT, CFDT, CFTC, CGC, SUD. La manifestation de samedi est un coup de semonce politique, avec la présence des responsables politiques locaux, aussi bien Martine Aubry que Xavier Bertrand. Pas un flic à l’horizon ! Ce n’est pas comme à Paris avec la manifestation pour les sans-papiers !

Jean Claude Mamet

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Automobiles et transports par route : tout doit changer ! 

En quelques jours, une avalanche d’annonces (fermetures d’usines, suppression de 15 000 emplois chez Renault) nous place dans un « monde d’après » dramatique. Alors que la crise sanitaire n’est pas terminée, la crise sociale fait des ravages. Brutalement, une crise s’ajoute à la précédente. Mais l’épidémie ne l’a pas amplifiée : les annonces avaient été différées. 

L’automobile mondiale, longtemps au cœur de l’expansion capitaliste d’après-guerre, traverse une crise sans issue. Tout, absolument tout, doit changer dans cette industrie dont toute la chaine productive est incompatible avec une société se fixant pour but la neutralité carbone rapidement. Ce qui bien sûr est loin d’être le cas. Mais plus les choix stratégiques seront retardés, plus le cataclysme social et humain sera douloureux. L’aéronautique traverse aussi une impasse du même type (lire dans : syndicollectif.fr : https://wp.me/p6Uf5o-3oK).

Un débat public est donc absolument primordial.  A leur manière, les travailleurs-euses de Renault Maubeuge l’ont posé avec force samedi 30 mai en manifestant à 8000 dans la rue.  Et là le gouvernement pas n’a pas osé envoyer la police, car l’explosion sociale pourrait prendre une dimension politique nationale. Il faut donc revenir sur les multiples dimensions de la « question automobile ».

L’impasse automobile

A part le marché chinois qui grimpe en flèche, et celui des voitures haut de gamme pour les clients frimeurs (les fameux SUV, ou Sport Utility Vehicle), la bagnole est dans une impasse. Beaucoup de constructeurs ont triché cyniquement avec le diesel qui tue, en camouflant les rejets de particules fines. Cela a déjà coûté à Volkswagen 30 milliards d’euros de dédommagement suite aux révélations (11 millions de véhicules truqués). La pression écologique mondiale pousse à durcir en Europe les réglementations sur les moteurs, mais elles ne sont pas vraiment appliquées. Les nouveaux diesels ne sont guère mieux que les anciens en particules fines émises (selon Transport et Environnement, qui regroupe en Europe 50 ONG dans ce domaine).

Bien entendu, de nouvelles mantra émergent : il faut faire de l’électrique très vite et massivement, nous claironne-t-on. 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) viennent des  transports, et 9% des seules automobiles. Ainsi l’électrique est présenté comme la solution magique, sans que son bilan écologique global ne soit décortiqué (en particulier la consommation d’électricité nucléaire, ou l’extraction des métaux rares pour les batteries). Le projet électrique a donc été annoncé par E. Macron en grande pompe dans son « plan » du 26 mai : un million de véhicules « propres » en cinq ans. C’est beaucoup certes, puisqu’aujourd’hui, sur 2,3 millions de véhicules annuels, quelques dizaines de milliers seulement sont électriques. En attendant, le plan Macron consiste à octroyer des primes à l’achat pour relancer le marché : un milliard d’euros prévus en « bonus » aux consommateurs.  Jusqu’à 7000 euros pour une électrique achetée (elles ne sont pas pour toutes les bourses !), et 3000 euros de primes à la conversion (vieux véhicules) en fonction des revenus.
500 000 véhicules stationnent en effet sur les parkings avec la crise COVID. Il faut les écouler « à tout prix ». Mais comme le dit Martine Orange (Médiapart), on a déjà connu cela. Après les « juppettes » (1996), les « balladurettes », voici donc les « macronettes ». Mais l’effet dopage ne dure qu’un temps. Le pari fait sur la technologie électrique ou hybride ne change pas le modèle vieux d’un siècle : celui de la voiture individuelle qui a fait la civilisation de la bagnole, avec son imaginaire de « liberté » et « d’évasion », mais aussi pour beaucoup et tous les jours une obligation d’utilisation quasi absolue en l’absence d’alternative au déplacement. C’est ce que les Gilets jaunes des régions nous avaient dit : impossible de faire autrement.

« Une crise de l’usage »

Autrement dit, Macron ne change pas de modèle de société. Il y a une « crise de l’usage » de la voiture (Jean-Claude Vessillier, ancien syndicaliste Renault, Inprecor N° 670-71), mais on fait semblant de ne pas la voir. Certains sont obligés de l’utiliser sous peine de mort sociale : dans les zones rurales ou dans les banlieues (8 salariés sur 10). Des riches paradent avec des modèles scintillants qui devraient être interdits (4X4 en ville). Une fraction encore minoritaire de la société, mais de plus en plus déterminée, tente d’échapper à la voiture par le vélo, à condition que des pistes sécurisées existent, que les distances domicile-travail ne soient pas trop grandes (ce qui est à l’exact opposé des tendances observées dans les métropoles depuis des décennies). Enfin il y a les transports publics, mais ils sont soit bondés et invivables (ligne 13 à Paris ou RER A), soit quasi inexistants (de banlieues à banlieues, campagnes), ou encore modelés sur les niches de valeurs immobilières ou de start up (pour une partie du réseau Grand Paris Express).

André Gorz l’avait déjà dit en 1973 : « La vérité, c’est que personne n’a le choix : on n’est pas libre d’avoir une bagnole ou non parce que l’univers suburbain est agencé en fonction d’elle…C’est pourquoi la solution révolutionnaire idéale, qui consiste à supprimer la bagnole au profit de la bicyclette, du tramway, du bus…n’est même plus applicable dans les cités autoroutières…modelées par et pour l’automobile » (dans La Gueule ouverte, cité par JC Vessillier).

On voit bien l’immensité du problème : la société est structurée en forte partie par l’industrie automobile. Il y a 900 000 salarié-es concernés directement en France, mais indirectement, beaucoup plus : industries chimiques (batteries), métallurgiques, matériaux divers, plastiques, électronique (voiture « autonome »), etc. S’ajoute à cela une dimension historique et symbolique : des usines, des qualifications ouvrières, des métiers, des traditions. Plus d’un siècle de civilisation industrielle. Or le diagnostic est sans appel. Il ne s’agit plus seulement de changer de modèle de voiture (plus « propre ») mais de modèle de transport. Et pour cela, une planification globale est nécessaire.

Pour un plan global transport

L’ampleur du débat nécessite une grande pluralité d’approches. Il faut discuter de la vision des villes, de l’urbanité, des surfaces attribuées aux circulations, de l’empreinte carbone, du partage des temps sociaux, du code du travail, de la sécurité sociale professionnelle, pour que les emplois soient autre chose que seulement des « employés » des multinationales. Il faut respecter la dignité et la créativité du travail. Sinon, il y aura des conflits dramatiques, pas seulement pour lutter contre les licenciements (il faut les interdire), mais pour engager une transition des savoir-faire dans la sécurité. Et pour éviter des tensions entre les travailleurs eux-mêmes et elles-mêmes (entre les pro-vélo et les pro-auto, les pro-électriques et les pro-mécaniques, etc).

Ne sont énumérées ici que des pistes de réflexion.

* Faut-il sauver Renault ?  Sur les 8 milliards que le gouvernement promet pour l’automobile,  5 milliards sont des garantie de prêts pour Renault. Il devrait ajouter : à condition qu’il n’y ait aucune suppression d’emplois ni fermetures d’usines. L’Etat possède 15% des actions. Il peut avoir des exigences. Mais il se garde bien de les annoncer : il laisse le management manager. Renault promet qu’il n’y aura pas de mesures brutales. Promesse passagère. La multinationale capitaliste est totalement incapable de faire face à la situation dans laquelle elle s’est elle-même enlisée : la folie des grandeurs mondiales, la course au numéro1, vendre partout et enrichir ses actionnaires, accroitre toujours ses capacités de production, puis…la crise. Un grand classique capitaliste. Oui, il faut sauver un outil industriel (Renault) qui est le résultat du travail de centaines de milliers de personnes. Mais pas les yeux fermés. Il faut imposer aux pouvoirs publics un projet alternatif à la logique du marché roi.

* Contrôle public et démocratique : Sauver Renault, oui, mais pas sa gestion capitaliste ! Il faut donc indiquer clairement où on veut aller : un contrôle public et démocratique, pas un renflouement pour repartir comme avant.  Nationalisation ? C’est un souvenir prestigieux pour certains, un Etat patron pour d’autres. Le mot est usé. A ce stade, la formule juridique précise importe moins que le projet : les salarié-es du groupe et la population doivent s’approprier le débat sur l’avenir de tous les transports par route, donc de Renault et PSA. Pourquoi pas une holding publique de l’automobile ? Le train, les métros et les transports publics font totalement partie de la discussion. L’appropriation collective est la ligne de mire.

* Tout électrique ? Fausse bonne idée (en dépit de la rupture salutaire avec le pétrole). Il ne manque pas d’études pour en critiquer le bilan carbone mondial avec les batteries assemblées. L’électrique séduit peu à peu le capitalisme, car il nécessite un tiers de main d’œuvre en moins. Mais il faut que les prix baissent pour en faire un marché de masse. D’où les bonus à l’achat, mais on reste dans le modèle capitaliste du tout individuel.

* Retour de « la 2 CV » ? C’est une hypothèse étudiée par The Shift Project (cabinet formé de bénévoles) et commentée le 26 mai dans L’Humanité. Il s’agirait de promouvoir des véhicules les plus légers possibles, « sans fioriture », avec des moteurs « bridés » et très peu consommateurs. Donc peu chers. Sur le site du cabinet, on lit une étude sur les limites du tout électrique et une liste de règles pour le futur : diminuer les besoins de déplacement contraints, diminuer les distances (notamment pour se rendre au travail), faciliter les choix pour les replis modaux, diminuer les émissions carbonées des véhicules. On voit tout de suite que cela implique une planification globale et démocratique de la vie en société.

* Economie circulaire- L’usine Renault de Choisy-le-Roi (94) ne produit pas de voitures, mais recycle des matériaux automobiles. C’est dire qu’il faut la maintenir et même développer une filière entière.

* Zéro licenciement-sécurité sociale professionnelle : il faudra sans aucun doute reconvertir des usines entières et toute la filière. Cette nécessité est impossible à imaginer socialement sans une sécurité totale des salaires et un développement des qualifications professionnelles. Pour la branche entière ! Aucun-e salarié-e ne doit craindre le chômage. Aucun licenciement ne doit avoir lieu. Le salaire doit être maintenu à 100% en cas de changement de poste de travail. Un droit au débat doit être garanti sur le temps de travail pour discuter des reconversions, du planning, de l’avenir des métiers. La réduction du temps de travail (32 heures) avec des discussions ateliers par ateliers, permettra de préserver la santé, la liberté, et créer des postes de travail nouveaux.

* Un plan national de transport : avec les syndicats, les associations d’usagers, d’écologistes, de consommateurs, avec le groupe des « 18 » PlusJamaisCela qui vient de publier 34 mesures d’urgences pour la sortie du confinement, on peut mettre en place un Conseil national de contrôle citoyen (CNCC) pour que toute la société s’empare de la discussion pour un plan national de transport. Incluant l’automobile, le train, l’avion, le métro, le tramway, la bicyclette, la marche à pied. Il faut supprimer des lignes aériennes intérieures que le train peut desservir. Le fret SNC a été démantelé par la SNCF elle-même par la création de filiales concurrentielles dans le transport routier (comme Geodis), ce qui est un scandale total. Le fret SNCF doit être reconstruit. Ce n’est pas le marché capitaliste qui doit imposer ses choix, mais les besoins humains définis en commun. Les organisations politiques de gauche et écologistes ont la responsabilité de travailler ensemble pour apporter leurs idées et les confronter à celles des travailleurs-euses.

Renault : « Une seule alternative, le rapport de force » (l’intersyndicale Maubeuge)

Au moment où le gouvernement met 8 milliards dans l’industrie automobile, Renault annonce cyniquement 15 000 suppressions d’emplois (8% des effectifs), dont 4600 en France. Au moins une usine fermée (260 salariés) à Choisy-le-Roi (94), une autre (MCA Maubeuge dans le Nord, 1600 salariés) dont la production serait transférée tout ou partie à l’usine de Douai à 75 km (3200 personnes). Même l’usine emblématique de Flins, apparemment préservée, est en réalité menacée (arrêt des assemblages en 2023), et en tout cas frappée par des suppressions de postes. Le très grand Technicentre de recherche et développement (R&D) de Guyancourt (Yvelines) qui compte 11 000 salarié-es, subirait une perte de 1500 emplois. Ce qui montre que Renault frappe aussi sa propre capacité de recherche ! Nissan ferme son usine de Barcelone et Renault des activités au Maroc, en Russie, en Turquie.

Mondialement, la grande « Alliance » Renault-Nissan-Mitsubishi opère une sorte de « Yalta » (Martine Orange dans Médiapart) en se partageant les usines, les innovations, les marques, les grands marchés (exemple : la Chine, seul marché mondial très actif, reviendra à Nissan). Comme le dit le PDG Jean-Dominique Senard : « C’est un plan mondial » (Le Monde 30 mai 2020).

Le but est bien de redevenir compétitif : économiser 2 milliards en trois ans. L’Alliance avec Nissan et Mitsubishi est dans le rouge. Mais il semble bien que suite aux déboires de Carlos Ghosn au Japon, c’est Nissan qui impose son rythme. Il faut dire que l’aventure mondiale Carlos Ghosn s’effondre. Il voulait devenir N° 1 mondial, produire 12 millions de véhicules. Cela a marché un temps, après la crise de 2008. Il a donc développé des capacités de production devenues très excédentaires. En France, l’usine de Douai, conçue pour produire 400 000 voitures, n’en fabrique que 80 000. A Maubeuge, 100 000 sortent de l’usine au lieu de 300 000 possible. En bonne logique capitaliste, Maubeuge et Douai doivent se compléter, même si le PDG explique qu’en aucun cas l’usine de Maubeuge ne disparaitrait. Il est vrai qu’après la grève totale de vendredi 29 mais et la manifestation de 8000 personnes du samedi 30, le PDG doit surveiller son langage.

« Une seule alternative, le rapport de force », avait dit l’intersyndicale CGT, CFDT, CFTC, CGC, SUD. La manifestation de samedi est un coup de semonce politique, avec la présence des responsables politiques locaux, aussi bien Martine Aubry que Xavier Bertrand. Pas un flic à l’horizon ! Ce n’est pas comme à Paris avec la manifestation pour les sans-papiers !

Jean Claude Mamet

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(01/06/2020 17:54)

« Agréger les forces individuelles et collectives qui veulent ouvrir une perspective émancipatrice » 

Entretien avec Clémentine Autain

ContreTemps : À l’heure où nous parlons, la crise sanitaire a complètement recouvert le contexte politique précédent avec notamment la lutte contre le projet Macron de réforme des retraites. Macron vient lui-même d’effacer en quelque sorte cette séquence par un moratoire. La réforme de l’assurance-chômage est reportée de 6 mois, etc. Comment analyses-tu cette nouvelle phase ? Macron pourra-t-il revenir en arrière ?

Clémentine Autain : Nous sommes totalement concentrés sur la crise sanitaire. C’est un évènement tragique inédit qui bouleverse tout. Entre la peur de la mort et la dureté du confinement, les préoccupations se concentrent sur notre système de santé et les difficultés économiques engendrées par le confinement. Le moment est très anxiogène. Il l’est d’autant plus que Macron et le gouvernement semblent naviguer à vue. Nous payons des décennies de politiques néolibérales qui ont précarisé les travailleuses et travailleurs, et démantelé les services publics. L’hôpital public a payé particulièrement cher alors que ce secteur est vital. En pleine crise sanitaire, tout le monde peut voir le terrible résultat du manque de lits et de personnels, d’une recherche rivée sur la rentabilité à court terme, d’une production délocalisée et mal anticipée qui nous met en défaut de masques, de gel, de tests ou d’intubateurs. L’État est incapable de réquisitionner et d’organiser la fabrication du matériel qui manque cruellement. Il a émis 25 ordonnances qui broient le Code du travail – la semaine de 60 heures devient possible, les dimanches et vacances sont remis en cause… –, mais on y trouve aucune nationalisation, aucune contrainte sur les revenus du capital pour mettre au pot commun dans ce moment social et économique si difficile. La façon dont le gouvernement gère la crise sanitaire est totalement conforme à son orientation néolibérale et autoritaire. Si Emmanuel Macron a prononcé de jolis mots pour rendre hommage aux personnels médicaux et louer l’État providence, il ne faut pas se tromper : la crise sanitaire est l’occasion de préparer tout le monde à un choc de dérégulation économique et à la mise sous surveillance de nos libertés. Le report de la loi sur les retraites et le moratoire sur celle concernant l’assurance chômage, c’est au fond reculer pour mieux sauter. Quand le pays sera plongé dans la récession, la macronie ne manquera pas de demander aux Français de « faire des efforts ». Cela signifiera concrètement moins de droits et protections pour le grand nombre au nom d’une relance productiviste pour remettre en route, as usual, la machine financière et la logique de compétitivité. Je ne crois pas que le gouvernement révisera le sens de ses contre-réformes. C’est pourquoi nous devons être à l’offensive. Il est difficile de savoir comment la population va sortir de cette séquence, dont on ne connaît pas encore le bout. Mais nos partis pris seront sans doute plus audibles car nous aurons fait collectivement l’expérience de ce qui a manqué. Défendre les services publics, la relocalisation de l’économie, le partage des richesses, le développement des biens communs, la solidarité et l’entraide prendra une tournure particulièrement concrète.

CT : La LREM ayant échoué aux élections municipales, Macron n’est-il pas en train de se projeter sur une autre séquence, comme si la précédente devait être oubliée ? Ce qu’il a déjà fait avec les Gilets jaunes.

C. A. : Probablement ! Nous n’avons pas eu le temps et la disponibilité d’esprit de faire le bilan des résultats du premier tour des élections municipales. D’ailleurs, nous ne savons pas comment va s’organiser la suite… Mais la macronie a pris un coup sur le carafon. La colère à son égard s’est traduite dans les urnes. Macron espère sans doute se refaire en jouant le chef de guerre dans la crise et en pariant sur une improbable unité nationale. Les enquêtes d’opinion montrent pourtant que les Français n’ont pas confiance en lui pour faire face au Covid19. La défiance est majoritaire. Le sentiment d’impréparation et de messages contradictoires est un élément important. Peut-être s’y ajoute la prise de conscience que le modèle social de LREM nous conduit dans le mur. C’est cet enjeu du sens à faire société que nous devons porter haut et fort.

CT : Que penser du discours actuel du pouvoir ?

C. A. : La rhétorique guerrière dans laquelle Macron s’est engagée est complètement inappropriée. La culpabilisation des individus est indécente. Les dispositions légales, avec leur lot d’amendes, sont sévères à l’égard des individus – et je constate une adhésion massive à ce contrôle, qui n’est pas sans poser question… Mais les entreprises comme Amazon qui ont continué à faire travailler leurs salariés sans protection sanitaire digne de ce nom dans des entrepôts de plus de 500 personnes ne sont pas inquiétées. Pire, la ministre Pénicaud a encouragé les entreprises à maintenir leur activité, même quand elle n’est pas essentielle. Ce serait, dit-elle, une marque de civisme ! Pendant ce temps, le ministre Bruno Le Maire a invité les grandes entreprises à ne pas verser trop de dividendes cette année. Pourquoi une simple invitation verbale, sans aucune contrainte légale ? D’ailleurs, Boursorama annonce que le CAC 40 s’apprête à verser des dividendes records au printemps 2020.

Le pouvoir perçoit bien qu’il y a un problème dans la poursuite de la même logique politique. Il tente de trouver des mots pour montrer qu’il entend, qu’il comprend, qu’il va réorienter. Mais, au fond, il ne peut pas se défaire de ses convictions profondes.

CT : Quel bilan tires-tu de la phase de ton travail parlementaire qui s’est inscrite après le meeting unitaire du 11 décembre à Saint-Denis, avec les discussions pour parvenir à une déclaration commune des forces de gauche et écologistes ?

C. A. : Les groupes de gauche au Parlement ont partagé le combat contre la loi sur les retraites de façon assez convergente, même si chacun avait son style, ses propres fils conducteurs. En revanche, pour bâtir un contre-projet, ce fut nettement plus difficile. Le cadre de travail était à mon sens déséquilibré puisque la France insoumise n’a pas souhaité y participer. Par ailleurs, la méthode du consensus nous a tiré vers le moins-disant. Le document final était assez décevant, même s’il avait le mérite d’afficher la volonté de créer du commun. Par ailleurs, avec le groupe socialiste, insoumis et communistes avons eu quelques difficultés à nous mettre d’accord sur la stratégie. Nous étions partant pour une motion de censure bien plus tôt, mais les socialistes s’y sont opposés.

CT : Quels ont été les débats, les divergences et les convergences entre députés à ce moment-là ? Portaient-elles sur des problèmes de fond sur le « dossier retraites » ou des problèmes de postures ou tactiques politiques ?

C. A. : Les deux. Sur le fond, les socialistes voulaient par exemple valoriser la loi Touraine et n’étaient pas prêts à une grande rupture dans notre système. Sur la stratégie, je crois que les socialistes misaient sur un profil constructif vis-à-vis du projet de loi quand communistes et insoumis avaient clairement décidé une opposition en bloc.

CT : Comment comprendre l’attitude du PS ?

C. A. : N’oublions pas qu’il y a trois ans, le PS soutenait les politiques emmenées par François Hollande ! Or le projet communiste ou insoumis vise une rupture franche avec le néolibéralisme. Je trouve néanmoins que les socialistes, qui n’ont donc pas décidé de rejoindre la macronie, s’ancrent au fil du temps plus à gauche. Le bilan critique de la gauche au pouvoir doit maintenant mûrir. Pour avoir partagé des tribunes avec Olivier Faure et lu différentes interviews, je constate qu’il ouvert ce droit d’inventaire et donc potentiellement un nouveau chemin. Mais les résistances au sein du PS existent et se manifestent. Mon sentiment général, c’est que le PS ne me semble pas stabilisé sur son orientation.

CT : Le débat parlementaire sur la loi a été critiqué comme « une obstruction ». A-t-il quand même porté des fruits ?

C. A. : Je le crois, oui ! Nous avons été très suivis et encouragés. Je pense que nos discours faisaient écho dans le pays, majoritairement opposé au projet sur les retraites sur des bases sociales, solidaires. Je précise que nous n’avons pas à proprement parler fait de l’obstruction. Si nous avons assumé de déposer par milliers des amendements, pour ralentir l’étude du projet, nous n’avons cessé d’argumenter sur le fond. Et d’ailleurs, nous avons ainsi levé pas mal de lièvres, sur les paramètres de calcul de la valeur du point, le minimum contributif ou encore la part de l’État dans le paiement des retraites des fonctionnaires puisqu’elle s’aligne sur les normes du privé. Un peu comme pour le Traité constitutionnel européen, j’ai observé que beaucoup de gens se passionnaient pour des enjeux apparemment techniques mais qui signaient des choix politiques. Nous avons contribué à cette démocratisation du débat. Nous avons porté la colère légitime à l’Assemblée.

CT : L’intersyndicale était en train de construire une « vraie conférence de financement ». Est-ce que sur le plan politique, on aurait pu faire de même, dans un tempo différent ? Aurait-on pu imaginer une complémentarité ?

C. A. : Oui, idéalement ! Mais la séparation entre les sphères sociale et politique est-elle si pertinente dans la période ? Il me semble qu’un front rassemblé, social et politique, pour porter des alternatives concrètes sur les retraites aurait été le meilleur levier de mobilisation et d’espoir.

CT : Comment vois-tu le rôle du Big Bang maintenant, après la réunion à Paris qui a eu lieu il y a quelques semaines, qui devait se prolonger sur d’autres initiatives avant et pendant l’été ? Quel rôle le Big Bang peut-il jouer dans une recomposition/restructuration politique nécessaire ?

C. A. : Nous voulons prendre notre part dans la refondation sociale et écologiste. Celle-ci est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que la temporalité politique va s’accélérer du fait des crises sanitaires, économiques et démocratiques. La macronie peut vite être jugée illégitime pour construire le monde d’après. Elle le sera d’autant plus que d’autres perspectives émergeront. L’extrême droite est en embuscade. Elle espère tirer les marrons du feu d’une société qui, mue par la peur, pourrait être tentée par le repli et la remise de son destin dans les mains d’une leader réactionnaire (« c’était mieux avant ») et autoritaire (plus franchement encore que Macron). N’oublions pas que le brun a le vent en poupe à l’échelle internationale. Il y a donc une course de vitesse. C’est pourquoi il faut chercher à agréger les forces individuelles et collectives qui veulent ouvrir une perspective émancipatrice.

La crise du coronavirus n’est au fond qu’une répétition si l’on songe aux catastrophes climatiques qui nous attendent. Petit à petit, s’éclaircit le projet autour duquel nous pouvons bâtir une espérance. C’est celui qui se construit autour des biens communs, de la préservation de l’écosystème, des droits et libertés, du partage des richesses, des pouvoirs et des temps de la vie. C’est celui qui propose que la vie bonne pour toutes et tous structure notre organisation sociale en lieu et place de la jungle néolibérale, de la loi du profit, de l’austérité budgétaire, et de leur corollaire, toujours plus de contrôle social.

En pensant à Alice au pays des merveilles, disons que si ce monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ? Il faut commencer par les fins recherchées et travailler aux mesures de transition qui nous permettent d’avancer vers nos objectifs émancipateurs. Au sein du Big bang, nous voulons contribuer à ce travail. Nous continuerons de jouer un rôle passerelle et nous mettrons dans le débat public des contributions de fond, de nature à créer du liant et de l’espoir.

Propos recueillis par Jean-Claude Mamet. Publié dans le numéro 45 de Contretemps.

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« Agréger les forces individuelles et collectives qui veulent ouvrir une perspective émancipatrice » 

Entretien avec Clémentine Autain

ContreTemps : À l’heure où nous parlons, la crise sanitaire a complètement recouvert le contexte politique précédent avec notamment la lutte contre le projet Macron de réforme des retraites. Macron vient lui-même d’effacer en quelque sorte cette séquence par un moratoire. La réforme de l’assurance-chômage est reportée de 6 mois, etc. Comment analyses-tu cette nouvelle phase ? Macron pourra-t-il revenir en arrière ?

Clémentine Autain : Nous sommes totalement concentrés sur la crise sanitaire. C’est un évènement tragique inédit qui bouleverse tout. Entre la peur de la mort et la dureté du confinement, les préoccupations se concentrent sur notre système de santé et les difficultés économiques engendrées par le confinement. Le moment est très anxiogène. Il l’est d’autant plus que Macron et le gouvernement semblent naviguer à vue. Nous payons des décennies de politiques néolibérales qui ont précarisé les travailleuses et travailleurs, et démantelé les services publics. L’hôpital public a payé particulièrement cher alors que ce secteur est vital. En pleine crise sanitaire, tout le monde peut voir le terrible résultat du manque de lits et de personnels, d’une recherche rivée sur la rentabilité à court terme, d’une production délocalisée et mal anticipée qui nous met en défaut de masques, de gel, de tests ou d’intubateurs. L’État est incapable de réquisitionner et d’organiser la fabrication du matériel qui manque cruellement. Il a émis 25 ordonnances qui broient le Code du travail – la semaine de 60 heures devient possible, les dimanches et vacances sont remis en cause… –, mais on y trouve aucune nationalisation, aucune contrainte sur les revenus du capital pour mettre au pot commun dans ce moment social et économique si difficile. La façon dont le gouvernement gère la crise sanitaire est totalement conforme à son orientation néolibérale et autoritaire. Si Emmanuel Macron a prononcé de jolis mots pour rendre hommage aux personnels médicaux et louer l’État providence, il ne faut pas se tromper : la crise sanitaire est l’occasion de préparer tout le monde à un choc de dérégulation économique et à la mise sous surveillance de nos libertés. Le report de la loi sur les retraites et le moratoire sur celle concernant l’assurance chômage, c’est au fond reculer pour mieux sauter. Quand le pays sera plongé dans la récession, la macronie ne manquera pas de demander aux Français de « faire des efforts ». Cela signifiera concrètement moins de droits et protections pour le grand nombre au nom d’une relance productiviste pour remettre en route, as usual, la machine financière et la logique de compétitivité. Je ne crois pas que le gouvernement révisera le sens de ses contre-réformes. C’est pourquoi nous devons être à l’offensive. Il est difficile de savoir comment la population va sortir de cette séquence, dont on ne connaît pas encore le bout. Mais nos partis pris seront sans doute plus audibles car nous aurons fait collectivement l’expérience de ce qui a manqué. Défendre les services publics, la relocalisation de l’économie, le partage des richesses, le développement des biens communs, la solidarité et l’entraide prendra une tournure particulièrement concrète.

CT : La LREM ayant échoué aux élections municipales, Macron n’est-il pas en train de se projeter sur une autre séquence, comme si la précédente devait être oubliée ? Ce qu’il a déjà fait avec les Gilets jaunes.

C. A. : Probablement ! Nous n’avons pas eu le temps et la disponibilité d’esprit de faire le bilan des résultats du premier tour des élections municipales. D’ailleurs, nous ne savons pas comment va s’organiser la suite… Mais la macronie a pris un coup sur le carafon. La colère à son égard s’est traduite dans les urnes. Macron espère sans doute se refaire en jouant le chef de guerre dans la crise et en pariant sur une improbable unité nationale. Les enquêtes d’opinion montrent pourtant que les Français n’ont pas confiance en lui pour faire face au Covid19. La défiance est majoritaire. Le sentiment d’impréparation et de messages contradictoires est un élément important. Peut-être s’y ajoute la prise de conscience que le modèle social de LREM nous conduit dans le mur. C’est cet enjeu du sens à faire société que nous devons porter haut et fort.

CT : Que penser du discours actuel du pouvoir ?

C. A. : La rhétorique guerrière dans laquelle Macron s’est engagée est complètement inappropriée. La culpabilisation des individus est indécente. Les dispositions légales, avec leur lot d’amendes, sont sévères à l’égard des individus – et je constate une adhésion massive à ce contrôle, qui n’est pas sans poser question… Mais les entreprises comme Amazon qui ont continué à faire travailler leurs salariés sans protection sanitaire digne de ce nom dans des entrepôts de plus de 500 personnes ne sont pas inquiétées. Pire, la ministre Pénicaud a encouragé les entreprises à maintenir leur activité, même quand elle n’est pas essentielle. Ce serait, dit-elle, une marque de civisme ! Pendant ce temps, le ministre Bruno Le Maire a invité les grandes entreprises à ne pas verser trop de dividendes cette année. Pourquoi une simple invitation verbale, sans aucune contrainte légale ? D’ailleurs, Boursorama annonce que le CAC 40 s’apprête à verser des dividendes records au printemps 2020.

Le pouvoir perçoit bien qu’il y a un problème dans la poursuite de la même logique politique. Il tente de trouver des mots pour montrer qu’il entend, qu’il comprend, qu’il va réorienter. Mais, au fond, il ne peut pas se défaire de ses convictions profondes.

CT : Quel bilan tires-tu de la phase de ton travail parlementaire qui s’est inscrite après le meeting unitaire du 11 décembre à Saint-Denis, avec les discussions pour parvenir à une déclaration commune des forces de gauche et écologistes ?

C. A. : Les groupes de gauche au Parlement ont partagé le combat contre la loi sur les retraites de façon assez convergente, même si chacun avait son style, ses propres fils conducteurs. En revanche, pour bâtir un contre-projet, ce fut nettement plus difficile. Le cadre de travail était à mon sens déséquilibré puisque la France insoumise n’a pas souhaité y participer. Par ailleurs, la méthode du consensus nous a tiré vers le moins-disant. Le document final était assez décevant, même s’il avait le mérite d’afficher la volonté de créer du commun. Par ailleurs, avec le groupe socialiste, insoumis et communistes avons eu quelques difficultés à nous mettre d’accord sur la stratégie. Nous étions partant pour une motion de censure bien plus tôt, mais les socialistes s’y sont opposés.

CT : Quels ont été les débats, les divergences et les convergences entre députés à ce moment-là ? Portaient-elles sur des problèmes de fond sur le « dossier retraites » ou des problèmes de postures ou tactiques politiques ?

C. A. : Les deux. Sur le fond, les socialistes voulaient par exemple valoriser la loi Touraine et n’étaient pas prêts à une grande rupture dans notre système. Sur la stratégie, je crois que les socialistes misaient sur un profil constructif vis-à-vis du projet de loi quand communistes et insoumis avaient clairement décidé une opposition en bloc.

CT : Comment comprendre l’attitude du PS ?

C. A. : N’oublions pas qu’il y a trois ans, le PS soutenait les politiques emmenées par François Hollande ! Or le projet communiste ou insoumis vise une rupture franche avec le néolibéralisme. Je trouve néanmoins que les socialistes, qui n’ont donc pas décidé de rejoindre la macronie, s’ancrent au fil du temps plus à gauche. Le bilan critique de la gauche au pouvoir doit maintenant mûrir. Pour avoir partagé des tribunes avec Olivier Faure et lu différentes interviews, je constate qu’il ouvert ce droit d’inventaire et donc potentiellement un nouveau chemin. Mais les résistances au sein du PS existent et se manifestent. Mon sentiment général, c’est que le PS ne me semble pas stabilisé sur son orientation.

CT : Le débat parlementaire sur la loi a été critiqué comme « une obstruction ». A-t-il quand même porté des fruits ?

C. A. : Je le crois, oui ! Nous avons été très suivis et encouragés. Je pense que nos discours faisaient écho dans le pays, majoritairement opposé au projet sur les retraites sur des bases sociales, solidaires. Je précise que nous n’avons pas à proprement parler fait de l’obstruction. Si nous avons assumé de déposer par milliers des amendements, pour ralentir l’étude du projet, nous n’avons cessé d’argumenter sur le fond. Et d’ailleurs, nous avons ainsi levé pas mal de lièvres, sur les paramètres de calcul de la valeur du point, le minimum contributif ou encore la part de l’État dans le paiement des retraites des fonctionnaires puisqu’elle s’aligne sur les normes du privé. Un peu comme pour le Traité constitutionnel européen, j’ai observé que beaucoup de gens se passionnaient pour des enjeux apparemment techniques mais qui signaient des choix politiques. Nous avons contribué à cette démocratisation du débat. Nous avons porté la colère légitime à l’Assemblée.

CT : L’intersyndicale était en train de construire une « vraie conférence de financement ». Est-ce que sur le plan politique, on aurait pu faire de même, dans un tempo différent ? Aurait-on pu imaginer une complémentarité ?

C. A. : Oui, idéalement ! Mais la séparation entre les sphères sociale et politique est-elle si pertinente dans la période ? Il me semble qu’un front rassemblé, social et politique, pour porter des alternatives concrètes sur les retraites aurait été le meilleur levier de mobilisation et d’espoir.

CT : Comment vois-tu le rôle du Big Bang maintenant, après la réunion à Paris qui a eu lieu il y a quelques semaines, qui devait se prolonger sur d’autres initiatives avant et pendant l’été ? Quel rôle le Big Bang peut-il jouer dans une recomposition/restructuration politique nécessaire ?

C. A. : Nous voulons prendre notre part dans la refondation sociale et écologiste. Celle-ci est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que la temporalité politique va s’accélérer du fait des crises sanitaires, économiques et démocratiques. La macronie peut vite être jugée illégitime pour construire le monde d’après. Elle le sera d’autant plus que d’autres perspectives émergeront. L’extrême droite est en embuscade. Elle espère tirer les marrons du feu d’une société qui, mue par la peur, pourrait être tentée par le repli et la remise de son destin dans les mains d’une leader réactionnaire (« c’était mieux avant ») et autoritaire (plus franchement encore que Macron). N’oublions pas que le brun a le vent en poupe à l’échelle internationale. Il y a donc une course de vitesse. C’est pourquoi il faut chercher à agréger les forces individuelles et collectives qui veulent ouvrir une perspective émancipatrice.

La crise du coronavirus n’est au fond qu’une répétition si l’on songe aux catastrophes climatiques qui nous attendent. Petit à petit, s’éclaircit le projet autour duquel nous pouvons bâtir une espérance. C’est celui qui se construit autour des biens communs, de la préservation de l’écosystème, des droits et libertés, du partage des richesses, des pouvoirs et des temps de la vie. C’est celui qui propose que la vie bonne pour toutes et tous structure notre organisation sociale en lieu et place de la jungle néolibérale, de la loi du profit, de l’austérité budgétaire, et de leur corollaire, toujours plus de contrôle social.

En pensant à Alice au pays des merveilles, disons que si ce monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer un ? Il faut commencer par les fins recherchées et travailler aux mesures de transition qui nous permettent d’avancer vers nos objectifs émancipateurs. Au sein du Big bang, nous voulons contribuer à ce travail. Nous continuerons de jouer un rôle passerelle et nous mettrons dans le débat public des contributions de fond, de nature à créer du liant et de l’espoir.

Propos recueillis par Jean-Claude Mamet. Publié dans le numéro 45 de Contretemps.

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(01/06/2020 16:36)

Retour à Athènes 

 

Les éditions Syllepse avaient programmé la sortie de l’ouvrage d’Éric Toussaint – « Capitulation entre adultes » (1) - pour le mois de mars 2020. Depuis, nous avons connu le confinement, la fermeture des librairies, l’absence d’activités publiques militantes qui, bien souvent, sont autant d’occasions… d’acheter des livres.
Les notes qui suivent visent donc essentiellement à convaincre que ce livre constitue une contribution essentielle aux débats qui traversent la gauche et que, en conséquence, il est possible et même indispensable de l’acheter et, surtout, de le lire !

Un brin provocateur, le titre indique bien l’objectif premier de l’entreprise : fournir une réponse critique argumentée à « Conversations en adultes » (2) l’ouvrage écrit par Yannis Varoufakis et qui a inspiré le récent film éponyme (3) réalisé par Constantin Costa-Gavras. Ces deux documents – le livre de Varoufakis et le film de Costa-Gavras – possèdent d’indéniables qualités, à commencer par la manière vivante dont ils donnent à voir ce qu’a été la manière scandaleuse dont les « institutions » - c’est l’autre nom utilisé pour désigner la « Troïka » constituée par l’Union européenne (UE), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) - ont traité la Grèce avant comme après l’accession au pouvoir, en janvier 2015, du gouvernement d’Alexis Tsipras. A tel point que l’on hésite quant à savoir ce qui a été le plus abject : la brutalité et l’incroyable arrogance allemande incarnées jusqu’à la caricature par Wolfgang Schäuble - le Ministre allemand des finances - ou l’hypocrisie et de la duplicité française qu’illustre si bien Michel Sapin, capable d’abonder en privé dans le sens de Varoufakis et, quelques minutes plus tard, de le clouer au pilori en public, lors de la conférence de presse qui suit leur rencontre.

Démonter les mécanismes de la capitulation

Le livre de Varoufakis et le film de Costa-Gavras ont néanmoins l’inconvénient majeur de présenter une version extrêmement partielle et partiale des évènements, version qui a surtout pour fonction de faire la part belle au rôle joué par Yannis Varoufakis. Ce dernier a été débarqué par Tsipras en juillet 2015 et a voté contre le troisième mémorandum. Ce qui, naturellement, constitue un acte politique important à porter à son crédit. Il cherche donc, par son récit, à montrer qu’il a cristallisé la haine de la Troïka pour le peuple grec, ce qui est vrai. Mais aussi qu’il est « tombé à gauche », voire qu’il incarnait une alternative aux capitulations de Tsipras. Ce qui est beaucoup plus discutable.

Le premier intérêt de l’ouvrage d’Éric Toussaint tient donc à son aspect démythificateur et à sa dimension de « déconstruction » du récit de Varoufakis : la politique préconisée et mise en œuvre par Yannis Varoufakis a pavé le chemin qui conduisait à la capitulation de Tsipras devant l’Union européenne, en juillet 2015. Pour en établir la démonstration rigoureuse E. Toussaint part systématiquement du récit de Varoufakis pour le déconstruire. Il restitue chaque épisode de la « descente aux enfers » qu’ont été les négociations avec l’Union européenne, les resitue dans le contexte mouvant de l’époque, et démonte la logique sous-jacente à chaque recul politique qui prépare le suivant jusqu’à la catastrophe finale.

Un autre mérite de « Capitulation entre adultes » est de permettre aux lecteurs et aux lectrices de s’extraire des explications conjoncturelles et de rappeler que, dès avant la victoire de Syriza, Yannis Varoufakis était opposé sur le fond aux différents programmes adoptés par Syriza et portés lors des campagnes électorales de juin 2012 et janvier 2015 (programme de Thessalonique). Par la suite, il n’a eu de cesse, avec la complicité de l’équipe restreinte autour de Tsipras, d’organiser le contournement des décisions adoptées démocratiquement par les militants et les militantes de ce qui était alors authentiquement la « coalition de la gauche radicale », et validées par les électeurs.

Ce contournement ne constitue pas seulement un scandale démocratique : il a en effet débouché sur la mise en œuvre pratique d’une politique – essentiellement une politique de négociation - dont Varoufakis pensait qu’elle pouvait permettre de se concilier l’Union européenne, grâce à sa modération et à son caractère « raisonnable ». Selon E. Toussaint, le noyau dur de cette illusion politique est la manière de traiter la question de la dette et la croyance (naïve ?) que faire des propositions modérées et raisonnables permettrait de convaincre la Troïka. Alors même que « l’énorme dette grecque constitue fondamentalement l’arme utilisée par les créanciers publics pour faire de la Grèce un exemple de ce qu’il en coûte de prétendre résister au rouleau compresseur néolibéral et, bien sûr, pour imposer aux travailleurs grecs une réduction brutale de leurs droits ».

On comprend mieux dès lors la place centrale qu’ont pris les travaux de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Cette commission – qui faisait partie du programme de Syriza – a été voulue par la Présidente du Parlement grec Zoe Konstantopoulo et mise en place en avril 2015, malgré les réticences de la garde rapprochée d’Alexis Tsipras. Son animation a été confiée à Éric Toussaint (4). Ce dernier relève d’ailleurs que Yannis Varoufakis n’évoque pas une seule fois la Commission dans les 500 pages que compte son témoignage ! En effet, la simple existence de cette commission – pour ne rien dire du résultat de ses travaux – constituait un casus belli pour la Troïka et les gouvernements européens : l’un de ses objectifs avoués était de « distinguer la part légale et la part illégitime, odieuse et insoutenable de la dette grecque avant 2015 ». Autant de prétentions inadmissibles pour ces institutions puisqu’elles ouvraient la voie à un refus de rembourser une partie de la dette. Et constituaient éventuellement une source d’inspiration pour d’autres peuples européens…

Reprendre systématiquement – en le corrigeant ! – le récit de Varoufakis permet de retracer les différentes « étapes du chemin de croix » qui a été celui du peuple grec, pavé de renoncements et d’occasions perdues. De ce point de vue, l’accord du 20 Février 2015 entre le gouvernement grec et la Troïka constitue sans nul doute le point de bascule de la situation grecque : la Troïka fixe le cadre non modifiable des négociations ; ce cadre est intrinsèquement contradictoire avec les promesses électorales de Syriza. La suite de l’histoire est alors écrite (5): les négociations s’éternisent. L’Eurogroupe se refuse à toute concession. Réunion de crise après réunion de crise, les propositions des négociateurs grecs qui s’éloignent de plus en plus de leurs promesses électorales se heurtent au mur de l’intransigeance européenne. Dans ses discours intégralement mensongers, l’Union européenne prétend vouloir « sauver la Grèce ». Mais son seul objectif depuis le début est de la punir d’avoir mal voté et d’obtenir une capitulation destinée à montrer aux autres peuples européens ce qu’il en coûte de défier l’oligarchie. On connaît la suite : comme les négociations n’avancent pas et que les exigences de la Troïka sont toujours plus inacceptables, Tsipras et sa garde rapprochée cherchent une porte de sortie. Ce sera l’annonce du référendum. Avec une ambiguïté maintenue quant à l’intention de ses promoteurs : espéraient-ils la victoire du « Non » (aux exigences de l’Eurogroupe) pour poursuivre les négociations avec un meilleur rapport de forces ou une victoire du « Oui » afin de justifier leur capitulation ? Toujours est-il que la réaction de la Troïka a été extrêmement violente : indignation devant l’idée même de consulter le peuple, menaces diverses dont celle d’expulser la Grèce de l’euro, gel des liquidités qui obligera les banques grecques à fermer et le gouvernement à limiter les retraits (6). Face à ses agressions et alors même que la perspective du référendum contribue à remobiliser en profondeur, l’état-major de Syriza est loin de s’investir dans la campagne du « Non ». Malgré tous ces obstacles, l’esprit de résistance continue de souffler : dans un véritable sursaut de dignité, le « Non » - « Oxi » - l’emporte à 62%. Ce qui n’empêchera pas la capitulation : le gouvernement Syriza élu pour en finir avec la « politique des mémorandums » va signer et mettre en œuvre le troisième mémorandum.

Une alternative possible ?

Le chapitre conclusif s’attache à montrer qu’une autre politique était possible : « à chaque étape, il y avait une option alternative qui aurait dû être mise en pratique car ce qui s’est passé n’était pas inéluctable ». C’est, naturellement, la dimension la plus délicate du livre et celle qui devrait susciter le plus de discussions. Mais ces débuts sont utiles. En effet, l’on peut espérer qu’à nouveau, à la faveur des crises et des mobilisations, un mouvement ou une coalition de gauche radicale soit en mesure de constituer dans un pays européen un gouvernement anti-austérité. Tirer jusqu’au bout les leçons de l’expérience grecque de 2015 est indispensable si l’on ne veut pas retomber dans les mêmes ornières.

De ce point de vue, Éric Toussaint est tout à fait convaincant lorsqu’il met en parallèle ce qu’a vraiment fait – et n’a pas fait - le gouvernement Tsipras de janvier à juillet 2015, avec les mesures unilatérales qu’il aurait dû prendre, à commencer par l’annulation des principales mesures prises par les gouvernements précédents et la suspension du remboursement de la dette. Les mesures rappelées n’ont rien de bien original : elles n’auraient jamais été que l’application d’ailleurs du programme de Syriza et, de fait, la mise en œuvre du mandat que le gouvernement Tsipras avait reçu des électeurs et des électrices lors du scrutin de janvier 2015. Et encore à nouveau lors du référendum du 5 juillet 2015. Naturellement, personne ne peut prétendre que la mise en œuvre de ce programme aurait été aisée ni que le succès était garanti. Et Éric Toussaint ne le prétend pas ! Mais la voie choisie conduisait elle, à coup sûr, à l’échec et à l’augmentation des souffrances du peuple grec…

Deux considérations méritent d’être discutées plus avant : le problème des mobilisations populaires et celui de la sortie – ou de l’expulsion - de l’Union européenne et/ou de l’euro.

Questions ouvertes

Concernant le premier point, à plusieurs reprises, l’ouvrage souligne que certaines mesures – à commencer par la suspension du remboursement de la dette – étaient justifiées non seulement parce qu’elles étaient absolument légitimes mais aussi parce qu’elles étaient susceptibles de nourrir des mobilisations populaires, en Grèce comme à l’étranger, notamment dans certains pays européens.  C’était, bien sûr, une voie – la voie ? - à explorer. En même temps, il importe d’être lucides sur ce qu’étaient réellement ces capacités de mobilisations. De l’adoption du premier mémorandum en 2010 jusqu’à la victoire électorale de Syriza en janvier 2015, le peuple grec a subi une vague d’attaques extrêmement brutales contre ses conditions d’existence. Et il a manifesté des ressources de combattivité et de résistance tout à fait extraordinaires, à travers au moins une quinzaine de grèves générales massives puis lors du mouvement d’occupation des places. Autant de manifestations spectaculaires… qui se sont heurtées à l’intransigeance de la classe dirigeante grecque et de la Troïka. Du coup, le vote de janvier 2015 en faveur de Syriza peut apparaître comme le « débouché politique » de plusieurs années de mobilisations. Mais aussi comme l’espoir (ou l’illusion ?) d’obtenir dans les urnes ce que l’on n’a pas pu obtenir dans les grèves et les manifestations. C’est à l’aune de cette ambiguïté qu’il importe d’apprécier les possibilités de mobilisation populaire en Grèce même. Pour autant, le résultat du référendum de juillet 2015 montre plutôt qu’il existait dans le tréfonds des couches populaires grecques des réserves de mobilisation…

Quant aux mobilisations dans les autres pays européens, à commencer par ceux qui ont joué le plus grand rôle dans la tragédie grecque – l’Allemagne et la France – pour faire pression sur leurs gouvernements respectifs et desserrer l’étau étranglant le peuple grec, d’éventuelles mesures de rupture prises par le gouvernement Syriza auraient créé des meilleures conditions pour leur émergence. Mais dans l’état calamiteux qui était – et est encore – celui du mouvement ouvrier européen, de telles mesures ne garantissaient pas ces mobilisations.

Reste enfin l’épineuse question des rapports à l’Union européenne et à l’euro. Inutile de se le cacher : cette question divise profondément la gauche radicale européenne. Les principales options opposées qui la traversent – culte de la sortie de l’Union européenne comme solution miracle ou, à l’inverse, croyance infondée dans sa fort improbable démocratisation - sont autant d’impasses. Le soutien assez catastrophique - même s’il a finalement eu assez peu d’impact … - de l’extrême gauche britannique (7) au Brexit illustre assez bien la première impasse. Comme l’expérience grecque de 2015 illustre l’impasse européiste : ne pas envisager la sortie et/ou tout faire pour éviter que la question se pose – ce qui a inspiré la politique de Tsipras, mais aussi celle de Varoufakis – conduisait inéluctablement à la capitulation. Comme le rappelle Éric Toussaint, « si Tsipras avait commencé à appliquer son programme en mettant en œuvre les mesures mentionnées ci-dessus, les instances européennes auraient poussé la Grèce vers la sortie de la zone euro. Pour beaucoup moins que cela, elles ont menacé la Grèce d’une sortie de la zone euro. Il est clair également que le gouvernement grec, face aux actions agressives des instances européennes, devait se préparer à la sortie de la zone euro et au retour à une monnaie souveraine ».

Il indique quelques pistes possibles qu’il aurait été possible d’emprunter dans cette perspective, à commencer par l’utilisation des « billets en euros en les estampillant pour les différencier des euros (des billets en euros encore inutilisés étaient disponibles dans les coffres de la Banque de Grèce et de ses agences régionales pour un montant de 16 milliards d’euros et, détail intéressant, tous les billets de 10 euros étaient imprimés en Grèce en 2015) » (8). Il y a bien eu, dans l’entourage de Varoufakis, des réflexions sur la mise sur pied d’une « monnaie parallèle ». Mais, en définitive, dans ce domaine comme dans tant d’autres, c’est la volonté politique qui a fait défaut.

A l’inverse, pour la gauche radicale, il importe de partir de ce qui a été au fondement de la crise grecque et de l’expérience décevante de Syriza : « L’Union européenne constitue aujourd’hui non seulement l’une des avant-gardes mondiales du néolibéralisme, mais aussi un ensemble d’institutions irréformables, c’est pourquoi une gauche de transformation sociale ne peut plus être crédible et réaliste sans mettre au cœur de sa stratégie la rupture avec les traités et les institutions de l’Union européenne ».

C’est là un débat essentiel que nourrit efficacement l’ouvrage d’Éric Toussaint.

François Coustal

Notes

(1) Éric Toussaint, « Capitulation entre adultes, Grèce 2015 : une alternative était possible », Editions Syllepse, Février 2020.
(2) Yannis Varoufakis, « Conversation entre adultes, dans les coulisses secrètes de l’Europe », Editions Les liens qui libèrent, Octobre 2017
(3) Adults in the room, réalisateur : Constantin Costa-Gavras, Novembre 2019
(4) Militant marxiste révolutionnaire belge, Éric Toussaint est le fondateur et principal animateur du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes, autrefois dénommé Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM). Il a également été membre de la Commission d'audit intégral de la dette de l’Équateur, mise en place en 2007 par le président Rafael Correa.
(5) Même si Éric Toussaint prend bien soin d’indiquer qu’à chaque étape il était possible de redresser la barre et de renouer avec les promesses de Syriza et l’espoir qu’elles avaient suscité.
(6) Cette limitation des retraits ne s’appliquait qu’aux ressortissants grecs et ne concernait pas les touristes qui pouvaient continuer à retirer des euros sans restriction.
(7) Ce soutien au Lexit – un Brexit « de gauche » - a été le fait des composantes les plus importantes de l’extrême gauche (Socialist Party, SWP, Counterfire). Mais pas de Socialist Resistance (IV° Internationale), ni de Left Unity ou du Scottish Socialist Party.
(8) L’analogie historique est un procédé risqué, à employer avec prudence et modération. Pour autant, celles et ceux qui s’intéressent passionnément à l’histoire du mouvement ouvrier ne peuvent manquer de se souvenir d’un précédent historique, celui de la Commune de Paris se refusant à prendre le contrôle de la Banque de France et de ses réserves…

Type: 
Article

Retour à Athènes 

 

Les éditions Syllepse avaient programmé la sortie de l’ouvrage d’Éric Toussaint – « Capitulation entre adultes » (1) - pour le mois de mars 2020. Depuis, nous avons connu le confinement, la fermeture des librairies, l’absence d’activités publiques militantes qui, bien souvent, sont autant d’occasions… d’acheter des livres.
Les notes qui suivent visent donc essentiellement à convaincre que ce livre constitue une contribution essentielle aux débats qui traversent la gauche et que, en conséquence, il est possible et même indispensable de l’acheter et, surtout, de le lire !

Un brin provocateur, le titre indique bien l’objectif premier de l’entreprise : fournir une réponse critique argumentée à « Conversations en adultes » (2) l’ouvrage écrit par Yannis Varoufakis et qui a inspiré le récent film éponyme (3) réalisé par Constantin Costa-Gavras. Ces deux documents – le livre de Varoufakis et le film de Costa-Gavras – possèdent d’indéniables qualités, à commencer par la manière vivante dont ils donnent à voir ce qu’a été la manière scandaleuse dont les « institutions » - c’est l’autre nom utilisé pour désigner la « Troïka » constituée par l’Union européenne (UE), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) - ont traité la Grèce avant comme après l’accession au pouvoir, en janvier 2015, du gouvernement d’Alexis Tsipras. A tel point que l’on hésite quant à savoir ce qui a été le plus abject : la brutalité et l’incroyable arrogance allemande incarnées jusqu’à la caricature par Wolfgang Schäuble - le Ministre allemand des finances - ou l’hypocrisie et de la duplicité française qu’illustre si bien Michel Sapin, capable d’abonder en privé dans le sens de Varoufakis et, quelques minutes plus tard, de le clouer au pilori en public, lors de la conférence de presse qui suit leur rencontre.

Démonter les mécanismes de la capitulation

Le livre de Varoufakis et le film de Costa-Gavras ont néanmoins l’inconvénient majeur de présenter une version extrêmement partielle et partiale des évènements, version qui a surtout pour fonction de faire la part belle au rôle joué par Yannis Varoufakis. Ce dernier a été débarqué par Tsipras en juillet 2015 et a voté contre le troisième mémorandum. Ce qui, naturellement, constitue un acte politique important à porter à son crédit. Il cherche donc, par son récit, à montrer qu’il a cristallisé la haine de la Troïka pour le peuple grec, ce qui est vrai. Mais aussi qu’il est « tombé à gauche », voire qu’il incarnait une alternative aux capitulations de Tsipras. Ce qui est beaucoup plus discutable.

Le premier intérêt de l’ouvrage d’Éric Toussaint tient donc à son aspect démythificateur et à sa dimension de « déconstruction » du récit de Varoufakis : la politique préconisée et mise en œuvre par Yannis Varoufakis a pavé le chemin qui conduisait à la capitulation de Tsipras devant l’Union européenne, en juillet 2015. Pour en établir la démonstration rigoureuse E. Toussaint part systématiquement du récit de Varoufakis pour le déconstruire. Il restitue chaque épisode de la « descente aux enfers » qu’ont été les négociations avec l’Union européenne, les resitue dans le contexte mouvant de l’époque, et démonte la logique sous-jacente à chaque recul politique qui prépare le suivant jusqu’à la catastrophe finale.

Un autre mérite de « Capitulation entre adultes » est de permettre aux lecteurs et aux lectrices de s’extraire des explications conjoncturelles et de rappeler que, dès avant la victoire de Syriza, Yannis Varoufakis était opposé sur le fond aux différents programmes adoptés par Syriza et portés lors des campagnes électorales de juin 2012 et janvier 2015 (programme de Thessalonique). Par la suite, il n’a eu de cesse, avec la complicité de l’équipe restreinte autour de Tsipras, d’organiser le contournement des décisions adoptées démocratiquement par les militants et les militantes de ce qui était alors authentiquement la « coalition de la gauche radicale », et validées par les électeurs.

Ce contournement ne constitue pas seulement un scandale démocratique : il a en effet débouché sur la mise en œuvre pratique d’une politique – essentiellement une politique de négociation - dont Varoufakis pensait qu’elle pouvait permettre de se concilier l’Union européenne, grâce à sa modération et à son caractère « raisonnable ». Selon E. Toussaint, le noyau dur de cette illusion politique est la manière de traiter la question de la dette et la croyance (naïve ?) que faire des propositions modérées et raisonnables permettrait de convaincre la Troïka. Alors même que « l’énorme dette grecque constitue fondamentalement l’arme utilisée par les créanciers publics pour faire de la Grèce un exemple de ce qu’il en coûte de prétendre résister au rouleau compresseur néolibéral et, bien sûr, pour imposer aux travailleurs grecs une réduction brutale de leurs droits ».

On comprend mieux dès lors la place centrale qu’ont pris les travaux de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Cette commission – qui faisait partie du programme de Syriza – a été voulue par la Présidente du Parlement grec Zoe Konstantopoulo et mise en place en avril 2015, malgré les réticences de la garde rapprochée d’Alexis Tsipras. Son animation a été confiée à Éric Toussaint (4). Ce dernier relève d’ailleurs que Yannis Varoufakis n’évoque pas une seule fois la Commission dans les 500 pages que compte son témoignage ! En effet, la simple existence de cette commission – pour ne rien dire du résultat de ses travaux – constituait un casus belli pour la Troïka et les gouvernements européens : l’un de ses objectifs avoués était de « distinguer la part légale et la part illégitime, odieuse et insoutenable de la dette grecque avant 2015 ». Autant de prétentions inadmissibles pour ces institutions puisqu’elles ouvraient la voie à un refus de rembourser une partie de la dette. Et constituaient éventuellement une source d’inspiration pour d’autres peuples européens…

Reprendre systématiquement – en le corrigeant ! – le récit de Varoufakis permet de retracer les différentes « étapes du chemin de croix » qui a été celui du peuple grec, pavé de renoncements et d’occasions perdues. De ce point de vue, l’accord du 20 Février 2015 entre le gouvernement grec et la Troïka constitue sans nul doute le point de bascule de la situation grecque : la Troïka fixe le cadre non modifiable des négociations ; ce cadre est intrinsèquement contradictoire avec les promesses électorales de Syriza. La suite de l’histoire est alors écrite (5): les négociations s’éternisent. L’Eurogroupe se refuse à toute concession. Réunion de crise après réunion de crise, les propositions des négociateurs grecs qui s’éloignent de plus en plus de leurs promesses électorales se heurtent au mur de l’intransigeance européenne. Dans ses discours intégralement mensongers, l’Union européenne prétend vouloir « sauver la Grèce ». Mais son seul objectif depuis le début est de la punir d’avoir mal voté et d’obtenir une capitulation destinée à montrer aux autres peuples européens ce qu’il en coûte de défier l’oligarchie. On connaît la suite : comme les négociations n’avancent pas et que les exigences de la Troïka sont toujours plus inacceptables, Tsipras et sa garde rapprochée cherchent une porte de sortie. Ce sera l’annonce du référendum. Avec une ambiguïté maintenue quant à l’intention de ses promoteurs : espéraient-ils la victoire du « Non » (aux exigences de l’Eurogroupe) pour poursuivre les négociations avec un meilleur rapport de forces ou une victoire du « Oui » afin de justifier leur capitulation ? Toujours est-il que la réaction de la Troïka a été extrêmement violente : indignation devant l’idée même de consulter le peuple, menaces diverses dont celle d’expulser la Grèce de l’euro, gel des liquidités qui obligera les banques grecques à fermer et le gouvernement à limiter les retraits (6). Face à ses agressions et alors même que la perspective du référendum contribue à remobiliser en profondeur, l’état-major de Syriza est loin de s’investir dans la campagne du « Non ». Malgré tous ces obstacles, l’esprit de résistance continue de souffler : dans un véritable sursaut de dignité, le « Non » - « Oxi » - l’emporte à 62%. Ce qui n’empêchera pas la capitulation : le gouvernement Syriza élu pour en finir avec la « politique des mémorandums » va signer et mettre en œuvre le troisième mémorandum.

Une alternative possible ?

Le chapitre conclusif s’attache à montrer qu’une autre politique était possible : « à chaque étape, il y avait une option alternative qui aurait dû être mise en pratique car ce qui s’est passé n’était pas inéluctable ». C’est, naturellement, la dimension la plus délicate du livre et celle qui devrait susciter le plus de discussions. Mais ces débuts sont utiles. En effet, l’on peut espérer qu’à nouveau, à la faveur des crises et des mobilisations, un mouvement ou une coalition de gauche radicale soit en mesure de constituer dans un pays européen un gouvernement anti-austérité. Tirer jusqu’au bout les leçons de l’expérience grecque de 2015 est indispensable si l’on ne veut pas retomber dans les mêmes ornières.

De ce point de vue, Éric Toussaint est tout à fait convaincant lorsqu’il met en parallèle ce qu’a vraiment fait – et n’a pas fait - le gouvernement Tsipras de janvier à juillet 2015, avec les mesures unilatérales qu’il aurait dû prendre, à commencer par l’annulation des principales mesures prises par les gouvernements précédents et la suspension du remboursement de la dette. Les mesures rappelées n’ont rien de bien original : elles n’auraient jamais été que l’application d’ailleurs du programme de Syriza et, de fait, la mise en œuvre du mandat que le gouvernement Tsipras avait reçu des électeurs et des électrices lors du scrutin de janvier 2015. Et encore à nouveau lors du référendum du 5 juillet 2015. Naturellement, personne ne peut prétendre que la mise en œuvre de ce programme aurait été aisée ni que le succès était garanti. Et Éric Toussaint ne le prétend pas ! Mais la voie choisie conduisait elle, à coup sûr, à l’échec et à l’augmentation des souffrances du peuple grec…

Deux considérations méritent d’être discutées plus avant : le problème des mobilisations populaires et celui de la sortie – ou de l’expulsion - de l’Union européenne et/ou de l’euro.

Questions ouvertes

Concernant le premier point, à plusieurs reprises, l’ouvrage souligne que certaines mesures – à commencer par la suspension du remboursement de la dette – étaient justifiées non seulement parce qu’elles étaient absolument légitimes mais aussi parce qu’elles étaient susceptibles de nourrir des mobilisations populaires, en Grèce comme à l’étranger, notamment dans certains pays européens.  C’était, bien sûr, une voie – la voie ? - à explorer. En même temps, il importe d’être lucides sur ce qu’étaient réellement ces capacités de mobilisations. De l’adoption du premier mémorandum en 2010 jusqu’à la victoire électorale de Syriza en janvier 2015, le peuple grec a subi une vague d’attaques extrêmement brutales contre ses conditions d’existence. Et il a manifesté des ressources de combattivité et de résistance tout à fait extraordinaires, à travers au moins une quinzaine de grèves générales massives puis lors du mouvement d’occupation des places. Autant de manifestations spectaculaires… qui se sont heurtées à l’intransigeance de la classe dirigeante grecque et de la Troïka. Du coup, le vote de janvier 2015 en faveur de Syriza peut apparaître comme le « débouché politique » de plusieurs années de mobilisations. Mais aussi comme l’espoir (ou l’illusion ?) d’obtenir dans les urnes ce que l’on n’a pas pu obtenir dans les grèves et les manifestations. C’est à l’aune de cette ambiguïté qu’il importe d’apprécier les possibilités de mobilisation populaire en Grèce même. Pour autant, le résultat du référendum de juillet 2015 montre plutôt qu’il existait dans le tréfonds des couches populaires grecques des réserves de mobilisation…

Quant aux mobilisations dans les autres pays européens, à commencer par ceux qui ont joué le plus grand rôle dans la tragédie grecque – l’Allemagne et la France – pour faire pression sur leurs gouvernements respectifs et desserrer l’étau étranglant le peuple grec, d’éventuelles mesures de rupture prises par le gouvernement Syriza auraient créé des meilleures conditions pour leur émergence. Mais dans l’état calamiteux qui était – et est encore – celui du mouvement ouvrier européen, de telles mesures ne garantissaient pas ces mobilisations.

Reste enfin l’épineuse question des rapports à l’Union européenne et à l’euro. Inutile de se le cacher : cette question divise profondément la gauche radicale européenne. Les principales options opposées qui la traversent – culte de la sortie de l’Union européenne comme solution miracle ou, à l’inverse, croyance infondée dans sa fort improbable démocratisation - sont autant d’impasses. Le soutien assez catastrophique - même s’il a finalement eu assez peu d’impact … - de l’extrême gauche britannique (7) au Brexit illustre assez bien la première impasse. Comme l’expérience grecque de 2015 illustre l’impasse européiste : ne pas envisager la sortie et/ou tout faire pour éviter que la question se pose – ce qui a inspiré la politique de Tsipras, mais aussi celle de Varoufakis – conduisait inéluctablement à la capitulation. Comme le rappelle Éric Toussaint, « si Tsipras avait commencé à appliquer son programme en mettant en œuvre les mesures mentionnées ci-dessus, les instances européennes auraient poussé la Grèce vers la sortie de la zone euro. Pour beaucoup moins que cela, elles ont menacé la Grèce d’une sortie de la zone euro. Il est clair également que le gouvernement grec, face aux actions agressives des instances européennes, devait se préparer à la sortie de la zone euro et au retour à une monnaie souveraine ».

Il indique quelques pistes possibles qu’il aurait été possible d’emprunter dans cette perspective, à commencer par l’utilisation des « billets en euros en les estampillant pour les différencier des euros (des billets en euros encore inutilisés étaient disponibles dans les coffres de la Banque de Grèce et de ses agences régionales pour un montant de 16 milliards d’euros et, détail intéressant, tous les billets de 10 euros étaient imprimés en Grèce en 2015) » (8). Il y a bien eu, dans l’entourage de Varoufakis, des réflexions sur la mise sur pied d’une « monnaie parallèle ». Mais, en définitive, dans ce domaine comme dans tant d’autres, c’est la volonté politique qui a fait défaut.

A l’inverse, pour la gauche radicale, il importe de partir de ce qui a été au fondement de la crise grecque et de l’expérience décevante de Syriza : « L’Union européenne constitue aujourd’hui non seulement l’une des avant-gardes mondiales du néolibéralisme, mais aussi un ensemble d’institutions irréformables, c’est pourquoi une gauche de transformation sociale ne peut plus être crédible et réaliste sans mettre au cœur de sa stratégie la rupture avec les traités et les institutions de l’Union européenne ».

C’est là un débat essentiel que nourrit efficacement l’ouvrage d’Éric Toussaint.

François Coustal

Notes

(1) Éric Toussaint, « Capitulation entre adultes, Grèce 2015 : une alternative était possible », Editions Syllepse, Février 2020.
(2) Yannis Varoufakis, « Conversation entre adultes, dans les coulisses secrètes de l’Europe », Editions Les liens qui libèrent, Octobre 2017
(3) Adults in the room, réalisateur : Constantin Costa-Gavras, Novembre 2019
(4) Militant marxiste révolutionnaire belge, Éric Toussaint est le fondateur et principal animateur du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes, autrefois dénommé Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde (CADTM). Il a également été membre de la Commission d'audit intégral de la dette de l’Équateur, mise en place en 2007 par le président Rafael Correa.
(5) Même si Éric Toussaint prend bien soin d’indiquer qu’à chaque étape il était possible de redresser la barre et de renouer avec les promesses de Syriza et l’espoir qu’elles avaient suscité.
(6) Cette limitation des retraits ne s’appliquait qu’aux ressortissants grecs et ne concernait pas les touristes qui pouvaient continuer à retirer des euros sans restriction.
(7) Ce soutien au Lexit – un Brexit « de gauche » - a été le fait des composantes les plus importantes de l’extrême gauche (Socialist Party, SWP, Counterfire). Mais pas de Socialist Resistance (IV° Internationale), ni de Left Unity ou du Scottish Socialist Party.
(8) L’analogie historique est un procédé risqué, à employer avec prudence et modération. Pour autant, celles et ceux qui s’intéressent passionnément à l’histoire du mouvement ouvrier ne peuvent manquer de se souvenir d’un précédent historique, celui de la Commune de Paris se refusant à prendre le contrôle de la Banque de France et de ses réserves…

Type: 
Article

(30/05/2020 08:30)

Planète à l’arrêt, mondialisation contaminée : Construisons une alternative de gauche et écologiste ! 

Nous publions ci dessous l'introduction d'une brochure électronique publiée par Ensemble ! sur la crise sanitaire.

 

L’irruption du Coronavirus paralyse le monde.

Que des milliards d’êtres humains vivent simultanément le même évènement n’est sans doute jamais arrivé. Mais pour faire face à l’épidémie, le recours à l’ « Union nationale », l’affirmation intempestive de la souveraineté ne règlent rien mais sont porteurs de tous les dangers.  Les méthodes autoritaires du gouvernement font douter que l’on est encore dans un état de droit démocratique, avec la répression systématique, notamment dans les quartiers populaires.
Repli nationaliste, réflexes de violence, voilà les dérapages possibles des conduites autoritaires. Cela pourrait préfigurer des manières dangereuses de résoudre d’autres crises à venir, sur le plan écologique.

Vers un monde inhabitable ? Un signal d’alarme !

Cette crise « sanitaire » est révélatrice d’un monde devenu potentiellement inhabitable :
- la propagation néolibérale- La propagation du virus a produit un court-circuit économique mondial en raison des surcharges qu’impose le « pur » capitalisme : flux tendus des produits arrivant sur les marchés après de longues distances, priorité aux valeurs au détriment des biens utiles, fonctionnement marchand des services publics, perte d’autonomie vitale des peuples.
- l’incompatibilité entre le capitalisme prédateur et l’écosystème humanité-nature- C’est le bouleversement du climat, l'extinction des espèces. Selon des recherches scientifiques, la destruction des habitats naturels d'animaux sauvages, et/ou les élevages intensifs (fermes usines) ont probablement permis la possibilité aux virus mutant de franchir la barrière des espèces.
Mais cette révélation mondiale peut être un signal d’alarme pour agir et pour une reconversion urgente du rapport à la nature et contre la dictature du profit.
Ces deux mobilisations doivent être menées simultanément.

L’universel mis à mal

Face au défi, les réactions internationales sont désastreuses.
Au lieu des convergences dans le domaine sanitaire, la recherche fondamentale, les moyens matériels (tests, respirateurs, masques), les Etats et les institutions internationales ont décidé la fermeture des frontières, l’abandon des réfugiées, des sans-papier, des sans-domiciles, dans des camps ou des ilots d’insalubrité. 
* L’ONU aux abonnés absents- Elle avait pourtant été créée pour faire face à des crises mondiales. Après 1945, elle avait produit des déclarations internationales sur les droits humains (1948), sur lesquelles s’appuyer pour agir.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) date de cette période. Mais ses moyens financiers sont dérisoires. Sur 5,8 milliards de dollars, 20 % vient des Etats et 80 % de dotations « volontaires », à la fois d’Etats et de « bienfaiteurs » comme Bill Gates. Ce qui entraîne une faible légitimité. 
* L’Union européenne (UE) : chacun pour soi- Les institutions européennes ont été contraintes d’abandonner provisoirement leurs dogmes (les règles de déficit). Mais l’UE n’a pas voulu créer des outils financiers mutualisés (dettes publiques). Le risque est de renforcer l’opinion qu’elle ne sert décidément à rien. Le virus du Brexit peut ainsi se répandre sans pare-feu. Le proto-Etat européen se révèle une fois de plus comme une machine de dépolitisation des peuples sur les choix fondamentaux, au profit du règne de l’économie et du droit des affaires.
* Dans plusieurs pays riches la crise a produit un effet de sidération. Les catastrophes étaient habituellement éloignées des contrées occidentales protégées. Les crises les plus graves ou les guerres étaient surtout localisées dans les pays pauvres. Or cela est arrivé ici. La marque de ce moment sera indélébile. D’où la demande populaire sur « le monde d’après » qui ne devra pas ressembler à celui d’avant.

Macron sur la sellette

En France, le confinement général a été annoncé par le pouvoir dans un moment de panique (le calcul des morts si on ne fait rien) s’est accompagné de mesures autoritaires. L’exécutif a compris que l’épidémie était une menace, mais que les moyens à disposition n’étaient pas là : masques, tests, lits de réanimation, appareils respiratoires. Très vite le mensonge d’Etat est apparu. Les mesures d’urgence sanitaire avec des attaques fortes contre le droit du travail, les mesures contre les libertés démocratiques, la répression dans les quartiers… ont provoqué de la colère.
La crise politique possible s’explique par l’affaissement du système de pouvoir Macron depuis l’irruption des Gilets jaunes, le mouvement retraite, et par l’installation d’un mouvement de contestation permanente.
Alors éclate la dénonciation des scandales : commercialisation autorisée des masques (qui en mars étaient « inutiles »), opacité bureaucratique des décisions sur les tests, mortalité cachée dans les EPHAD, primes méprisantes lancées aux « héros » des hôpitaux, etc.
Le gouvernement devra rendre des comptes !
Une partie de la société veut contrôler, pas seulement obéir. Beaucoup de personnes ressentent une capacité autonome d’agir.
D’autres au contraire attendent de l’Etat qu’il s’occupe de tout au détail près. Mais cette attitude peut conduire à l’attente d’un sauveur.

Un moment de basculement possible
La prise de conscience existe d’un « moment » qui peut tout changer.  Mais se croisent aussi des interrogations nombreuses :
* Comment faire la part entre les règles collectives nécessaires et l’autonomie de jugement ? Il n’y aura pas de comportements collectifs acceptés s’ils ne font pas appel à l’intelligence, ce qui nécessite des explications de façon à développer les solidarités.
* La durée de la crise amplifie son coût faramineux. Les gouvernements sont mis en situation de choisir entre la santé et la pression capitaliste pour relancer l’économie au plus vite.  Comment résister à ce retour à l’ordre néolibéral après le 11 mai, dont on pressent la menace : manque de protection au travail, loi d’urgence autorisant 60 heures par semaine, congés imposés, etc.? Et comment faire face aux licenciements de centaines de milliers de personnes ?
* Comment faire la part de la science et celle de l’injonction politique ?
Que peut l’Etat ?
Le gouvernement s’est entouré de scientifiques, à l’abri desquels il s’est justifié au départ. Qui doit trancher ?
* La science est nécessaire. Elle est traversée de controverses.
* Pour autant c’est « le politique » et la démocratie qui doivent décider, quitte à faire des erreurs. Une société aux mains des scientifiques virerait dans l’impérialisme du savoir. C’est pourtant ce que certains défendent face à l’irresponsabilité des « politiques » face au défi écologiste. 
* La puissance publique a la responsabilité des moyens et elle est le garant des droits (voir nos propositions)

Promouvoir l’Intelligence collective et l’autogestion
Les initiatives pullulent sur le territoire.  Elles vont à l’encontre de la résignation passive ou de la colère sans perspective.
De toutes ces créations peuvent demain surgir de nouvelles coopératives.
Des travailleurs-euses se remobilisent pour défendre leur usine de matériel médical fermée.
Dans les entreprises, les mesures barrières doivent être l’occasion de discuter du travail, de la santé.
Partout, il devrait être discuté publiquement des secteurs de production vitaux, et ceux qui ne le sont pas (à fermer). Syndicats, salarié-es, usagers doivent s’en mêler.
Miser sur l’initiative collective, telle est la voie pour un plan de remise en marche de la vie sociale et économique avec des choix écologiques impératifs.

Pour un Conseil national de contrôle citoyen des pouvoirs publics

Partout sur le territoire et sur les lieux de travail, la question qui se pose est : comment fait-on ? Qui décide ? 
La constitution d’un pôle de 25 organisations syndicales et associatives (issues des mouvements écologistes pour le climat) pour préparer « le monde d’après » est une bonne nouvelle. C’est le début prometteur d’un éco-syndicalisme. Nous soutenons la pétition PlusJamaisCa.
Syndicats, associations, collectifs citoyens, élu-es peuvent mettre en place des Conseils territoriaux pour anticiper « le monde d’après ».
Le pouvoir Macron-Philippe est très critiqué. Une alternative de gouvernement nécessite un rassemblement des forces progressistes, associations, syndicats et orga politiques, unies sur un projet commun.
Cette situation exceptionnelle montre une fois de plus le caractère antidémocratique des institutions de la V° république. La question d’une VI° république est centrale dans ce projet.

Dans l’immédiat, Il est nécessaire que les forces populaires se rassemblent avec les organisations syndicales et associatives pour se porter candidates au contrôle national des choix politiques.
Formons dès maintenant un Conseil national citoyen !

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Article

Planète à l’arrêt, mondialisation contaminée : Construisons une alternative de gauche et écologiste ! 

Nous publions ci dessous l'introduction d'une brochure électronique publiée par Ensemble ! sur la crise sanitaire.

 

L’irruption du Coronavirus paralyse le monde.

Que des milliards d’êtres humains vivent simultanément le même évènement n’est sans doute jamais arrivé. Mais pour faire face à l’épidémie, le recours à l’ « Union nationale », l’affirmation intempestive de la souveraineté ne règlent rien mais sont porteurs de tous les dangers.  Les méthodes autoritaires du gouvernement font douter que l’on est encore dans un état de droit démocratique, avec la répression systématique, notamment dans les quartiers populaires.
Repli nationaliste, réflexes de violence, voilà les dérapages possibles des conduites autoritaires. Cela pourrait préfigurer des manières dangereuses de résoudre d’autres crises à venir, sur le plan écologique.

Vers un monde inhabitable ? Un signal d’alarme !

Cette crise « sanitaire » est révélatrice d’un monde devenu potentiellement inhabitable :
- la propagation néolibérale- La propagation du virus a produit un court-circuit économique mondial en raison des surcharges qu’impose le « pur » capitalisme : flux tendus des produits arrivant sur les marchés après de longues distances, priorité aux valeurs au détriment des biens utiles, fonctionnement marchand des services publics, perte d’autonomie vitale des peuples.
- l’incompatibilité entre le capitalisme prédateur et l’écosystème humanité-nature- C’est le bouleversement du climat, l'extinction des espèces. Selon des recherches scientifiques, la destruction des habitats naturels d'animaux sauvages, et/ou les élevages intensifs (fermes usines) ont probablement permis la possibilité aux virus mutant de franchir la barrière des espèces.
Mais cette révélation mondiale peut être un signal d’alarme pour agir et pour une reconversion urgente du rapport à la nature et contre la dictature du profit.
Ces deux mobilisations doivent être menées simultanément.

L’universel mis à mal

Face au défi, les réactions internationales sont désastreuses.
Au lieu des convergences dans le domaine sanitaire, la recherche fondamentale, les moyens matériels (tests, respirateurs, masques), les Etats et les institutions internationales ont décidé la fermeture des frontières, l’abandon des réfugiées, des sans-papier, des sans-domiciles, dans des camps ou des ilots d’insalubrité. 
* L’ONU aux abonnés absents- Elle avait pourtant été créée pour faire face à des crises mondiales. Après 1945, elle avait produit des déclarations internationales sur les droits humains (1948), sur lesquelles s’appuyer pour agir.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) date de cette période. Mais ses moyens financiers sont dérisoires. Sur 5,8 milliards de dollars, 20 % vient des Etats et 80 % de dotations « volontaires », à la fois d’Etats et de « bienfaiteurs » comme Bill Gates. Ce qui entraîne une faible légitimité. 
* L’Union européenne (UE) : chacun pour soi- Les institutions européennes ont été contraintes d’abandonner provisoirement leurs dogmes (les règles de déficit). Mais l’UE n’a pas voulu créer des outils financiers mutualisés (dettes publiques). Le risque est de renforcer l’opinion qu’elle ne sert décidément à rien. Le virus du Brexit peut ainsi se répandre sans pare-feu. Le proto-Etat européen se révèle une fois de plus comme une machine de dépolitisation des peuples sur les choix fondamentaux, au profit du règne de l’économie et du droit des affaires.
* Dans plusieurs pays riches la crise a produit un effet de sidération. Les catastrophes étaient habituellement éloignées des contrées occidentales protégées. Les crises les plus graves ou les guerres étaient surtout localisées dans les pays pauvres. Or cela est arrivé ici. La marque de ce moment sera indélébile. D’où la demande populaire sur « le monde d’après » qui ne devra pas ressembler à celui d’avant.

Macron sur la sellette

En France, le confinement général a été annoncé par le pouvoir dans un moment de panique (le calcul des morts si on ne fait rien) s’est accompagné de mesures autoritaires. L’exécutif a compris que l’épidémie était une menace, mais que les moyens à disposition n’étaient pas là : masques, tests, lits de réanimation, appareils respiratoires. Très vite le mensonge d’Etat est apparu. Les mesures d’urgence sanitaire avec des attaques fortes contre le droit du travail, les mesures contre les libertés démocratiques, la répression dans les quartiers… ont provoqué de la colère.
La crise politique possible s’explique par l’affaissement du système de pouvoir Macron depuis l’irruption des Gilets jaunes, le mouvement retraite, et par l’installation d’un mouvement de contestation permanente.
Alors éclate la dénonciation des scandales : commercialisation autorisée des masques (qui en mars étaient « inutiles »), opacité bureaucratique des décisions sur les tests, mortalité cachée dans les EPHAD, primes méprisantes lancées aux « héros » des hôpitaux, etc.
Le gouvernement devra rendre des comptes !
Une partie de la société veut contrôler, pas seulement obéir. Beaucoup de personnes ressentent une capacité autonome d’agir.
D’autres au contraire attendent de l’Etat qu’il s’occupe de tout au détail près. Mais cette attitude peut conduire à l’attente d’un sauveur.

Un moment de basculement possible
La prise de conscience existe d’un « moment » qui peut tout changer.  Mais se croisent aussi des interrogations nombreuses :
* Comment faire la part entre les règles collectives nécessaires et l’autonomie de jugement ? Il n’y aura pas de comportements collectifs acceptés s’ils ne font pas appel à l’intelligence, ce qui nécessite des explications de façon à développer les solidarités.
* La durée de la crise amplifie son coût faramineux. Les gouvernements sont mis en situation de choisir entre la santé et la pression capitaliste pour relancer l’économie au plus vite.  Comment résister à ce retour à l’ordre néolibéral après le 11 mai, dont on pressent la menace : manque de protection au travail, loi d’urgence autorisant 60 heures par semaine, congés imposés, etc.? Et comment faire face aux licenciements de centaines de milliers de personnes ?
* Comment faire la part de la science et celle de l’injonction politique ?
Que peut l’Etat ?
Le gouvernement s’est entouré de scientifiques, à l’abri desquels il s’est justifié au départ. Qui doit trancher ?
* La science est nécessaire. Elle est traversée de controverses.
* Pour autant c’est « le politique » et la démocratie qui doivent décider, quitte à faire des erreurs. Une société aux mains des scientifiques virerait dans l’impérialisme du savoir. C’est pourtant ce que certains défendent face à l’irresponsabilité des « politiques » face au défi écologiste. 
* La puissance publique a la responsabilité des moyens et elle est le garant des droits (voir nos propositions)

Promouvoir l’Intelligence collective et l’autogestion
Les initiatives pullulent sur le territoire.  Elles vont à l’encontre de la résignation passive ou de la colère sans perspective.
De toutes ces créations peuvent demain surgir de nouvelles coopératives.
Des travailleurs-euses se remobilisent pour défendre leur usine de matériel médical fermée.
Dans les entreprises, les mesures barrières doivent être l’occasion de discuter du travail, de la santé.
Partout, il devrait être discuté publiquement des secteurs de production vitaux, et ceux qui ne le sont pas (à fermer). Syndicats, salarié-es, usagers doivent s’en mêler.
Miser sur l’initiative collective, telle est la voie pour un plan de remise en marche de la vie sociale et économique avec des choix écologiques impératifs.

Pour un Conseil national de contrôle citoyen des pouvoirs publics

Partout sur le territoire et sur les lieux de travail, la question qui se pose est : comment fait-on ? Qui décide ? 
La constitution d’un pôle de 25 organisations syndicales et associatives (issues des mouvements écologistes pour le climat) pour préparer « le monde d’après » est une bonne nouvelle. C’est le début prometteur d’un éco-syndicalisme. Nous soutenons la pétition PlusJamaisCa.
Syndicats, associations, collectifs citoyens, élu-es peuvent mettre en place des Conseils territoriaux pour anticiper « le monde d’après ».
Le pouvoir Macron-Philippe est très critiqué. Une alternative de gouvernement nécessite un rassemblement des forces progressistes, associations, syndicats et orga politiques, unies sur un projet commun.
Cette situation exceptionnelle montre une fois de plus le caractère antidémocratique des institutions de la V° république. La question d’une VI° république est centrale dans ce projet.

Dans l’immédiat, Il est nécessaire que les forces populaires se rassemblent avec les organisations syndicales et associatives pour se porter candidates au contrôle national des choix politiques.
Formons dès maintenant un Conseil national citoyen !

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Article

(21/05/2020 19:09)

Une prise de conscience des inégalités ? 

Malgré les déclarations d’intention et les proclamations solidaires, les pauvres, les précaires, ...  bref, le bas de l’échelle est encore un angle mort dans les propositions et exigences de la gauche même la plus radicale. Si nous voulons unir toutes et tous les exploité.es, et ne pas donner prise aux discours diviseurs des in et des outsiders,  il nous faut apporter des réponses qui les réintègrent dans la société.

Des exigences élémentaires d’égalité.

Dans le contexte de la pandémie, il s’exprime une forte remise en cause des inégalités des conditions de vies insupportables  aux salarié.e.s de base et aux précaires (qui voient le salaire minimum divisé par 2 ou 3, ou plus). Cette prise de conscience, effet de la crise sanitaire, pourrait être très bénéfique… si elle permet de mettre les points sur les « i ».

Nous n’oublions pas que le chômage, la précarisation et l’entretien de la pauvreté sont des outils stratégiques pour le Capital et les politiques de division qui lui sont vitales.

Nous pouvons viser quelques revendications, des repères, pour qu’un bloc social oppose des buts politiques différents des politiques suivies depuis tant d’années. Nos chiffres sont dans les termes actuels, les modalités de justification viennent ensuite…

Un résumé, suivi de quelques arguments.

Un minimum garanti à 1250€, pour tous les revenus, les pensions, le plancher des retraites, les allocations garanties comme droit individuel. 

Un SMIC net augmenté à 1800€, comme minimum de base de toutes les conventions de branches, pour un temps de travail sans doute réduit à 32h/semaine
Un plafond des revenus salariaux à 4 fois le SMIC, parce que plus de 95% des salarié.e.s sont concerné.e.s,  et ainsi la discussion sur ceux/celles « au-dessus » appellent des négociations syndicales.

Un débat et un traitement politique s’impose au sujet des patrimoines, et d’abord une connaissance des informations : 5% possèdent 30% ; 50% possèdent 8%.
Un passage obligé de ce débat : qui doit payer une plus grande égalité ?
Nous avons l’habitude des discussions politiques menées entre « le moindre mal » et les promesses électorales, dans leur diversité. Sans doute cela traduit-il la composition effective de la population française dans sa hiérarchie sociale et économique réelle mais pas consciente. Il s’agit au moins de corriger les effets de trente ans de politique néolibérale.

Quelques données , pour parler d’égalité réellement, sur le plan matériel, qui joue plus qu’on ne le pense sur nos façon de discuter…: 

En moyenne, -en sachant qu’on devient rarement propriétaire avant 30 ans-,       
*  les 10 % les plus fortunés possèdent 48% de l’ensemble du patrimoine. Ces 10% possèdent 700 fois plus que les 10% les moins fortunés ;
*  la moitié de la population (50%)  se partage 8% du patrimoine. Ce n’est pas sans raison qu’on peut dire que la retraite, est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.                                                                                                 
Quelques précisions :
* le 1%, les plus hauts, possèdent à eux seuls 17% ; 
*  les 10 % les plus riches possèdent près de la moitié du patrimoine.
Entre les 50 % du bas et les 10% du haut…, des inégalités et une nécessaire réforme des impôts.
*   40% de la population possède environ 42%, avec des différences     
*  10 %,  7% du patrimoine ; *  10%,  9 % ;  10%, 12 % ; * et 10 %, 17 %
En fait …
*  les 30% les plus riches de la population possèdent 70% du patrimoine,                                                                                                    *  70% de la population se partagent, mal, 25% du patrimoine ;                                                                                                    * et  la moitié de la population (50%)  se partage 8% du patrimoine                                                                                                  
* Parmi les 10% les plus fortuné.e.s, précisons un peu la hiérarchie : l’écart est de 600.000 à 1.900.000€, entre la moyenne de ces 10% et le 1% le plus haut.                                                                                               Ici, on est loin d’une pyramide : le haut ressemble à la pointe d’une longue épingle.                         Malgré les jalousies entre eux, ils sont d’accord pour condamner les « assisté.e.s » qui gagnent 1.000 fois moins que les plus « pauvres » d’entre eux.
La part des revenus détenus par le 1 % des Français les plus riches est passée de 7 % en 1983 à 11 % en 2014, et 18 % en 2018, en comptant le patrimoine net, c'est-à-dire la richesse déduite de l'endettement (Les Echos, 19 déc. 2019).
D’où cette remarque de bon sens : puisqu’ils n’étaient pas dans la misère en 1983, leur reprendre une part (un tiers ou plus ?) ne les réduiraient pas à la mendicité !
Evidemment, c’est dans cette partie des richesses qu’il faut  trouver une part à redistribuer, essentiellement par une politique  d’équipements, de logements de qualité, de gratuités diverses pour de productions écologiquement et socialement utiles.

Impôt sur le patrimoine, réforme générale des impôts, qui demande un ample débat public à partir des propositions déjà élaborées, et plus grande progressivité de l'impôt sur les dons et héritages.

Moyenne et médiane

La moyenne est égale à la somme des revenus des ménages divisée par le nombre de ceux ci. Mais le revenu disponible moyen par ménage (34 450 euros par an en 2008 en France) ne dit rien des inégalités.

La médiane partage en deux parties égales. Le revenu disponible médian en France (50 % des ménages ont plus et 50 % ont moins) réduit le poids de ses hauts revenus  (28 570 euros par an en 2008) , mais il amalgame des catégories sociales très différentes dans des sous-ensembles trop larges .                                                                                                                                                                L’utilisation des déciles (la population est divisée par 10 %) permet une approche des inégalités mais là encore avec des limites (voir plus haut) 

Pourquoi 1250€ ?     
Le minimum garanti doit faire sens à la fois pour les salaires et pour les autres revenus connus et déclarés.
Le calcul sur le « seuil de pauvreté » peut servir de référence.  Toute personne appartenant à un ménage dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian est considéré comme pauvre. (Le niveau de vie monétaire s’évalue en comptabilisant les revenus, en déduisant les impôts et en ajoutant les prestations sociales).
Notre but est de réduire cette inégalité en rapprochant les plus pauvres de la moyenne et en évitant la poursuite du décochage entre ceux-ci et le reste des salarié.e.s  (rapport RSA/smic par exemple). 
Le salaire médian (50% au-dessus ou au-dessous de ce chiffre) est de 1800€ ; le revenu moyen est de 2400€…
D’où la proposition : le revenu minimum au seuil de pauvreté, parce que nous avons pour but de faire cesser l’inégalité subie par quelques millions de personnes. Cette somme, de plus, correspondrait à 75 % d’un SMIC net revalorisé de 400€ d’augmentation.

1250€, ce n’est vraiment pas beaucoup mais double quasiment  les « revenus » les plus bas (allocations diverses dont chômage pour les précaires et les temps partiels, RSA, et autres minimas sociaux). 

Pourquoi un plafond de revenu ?
Avec une pyramide qui englobe 95% des salariés, si elle va d’une fois le SMIC à 4 fois ce seuil, les discussions concernent du bas de l’échelle salariale au salaire d’ingénieurs.
Changeons : le SMIC net doit augmenter de 400€ et se trouver à 1800€ et les autres salaires doivent être revus à la hausse. C’est assez simple (!) : 95% des salariés, dans ce cas seraient dans un éventail de 1 à 4 : 1250 x 4 = 5000/mois ; 60.000 dans l’année !
   
* Cela suppose des discussions entre salarié.e.s et organisations syndicales … Il faut ouvrir un débat public sur l’utilité sociale des diverses professions pour établir un rapport de forces dans les secteurs à bas salaires et aux emplois dévalorisés. Il faudra que le mouvement syndical puisse organiser ces larges discussions, en faisant reconnaître aux patronats la légitimité de la présence syndicale,  dans toutes les entreprises, toutes les branches. Souvenons-nous que près de 50% des branches, spécialement celles où travaillent beaucoup de femmes ont des minimas de branche au-dessous du SMIC. Souvenons-nous de l’utilisation de sous-traitances de sous-traitants, y compris par l’Etat. Y compris dans les maquis de l’aide à domicile… Beaucoup de choses sont et seront à corriger.

Et les salaires au-dessus de ce « plafond » de 4 fois le SMIC ?                                                                           Avec ces situations, 5 % environ du salariat, il s’agit, la plupart du temps de fonctions spéciales, responsabilités, technicité… Il s’agit donc de situations qui doivent être connues et justifiées, publiquement, sous le contrôle des travailleurs/euses et des organisations syndicales. Aujourd’hui,  la fixation de ces hauts revenus « salariaux » est une prérogative exclusive  des directions d’entreprise.
Les cas discutés publiquement limiteront les arbitraires. De plus, les avantages monétaires devront s’accompagner de l’interdiction des avantages "boursiers", et être soumis à cotisations sociales y compris au-dessous de ce plafond.
La CSG doit disparaître au profit de cotisations sociales.

Des gratuités à construire
Au- delà des augmentations de salaires il faut des exigences sur le blocage des loyers et lutter contre les logements vides et la spéculation ; il faut augmenter le champ de la gratuité sur les besoins essentiels : supprimer les parts fixes des abonnements de fluides : eau, gaz, électricité, et instaurer une tarification progressive ; des transports gratuits, sans oublier le droit à la santé, l’éducation, la culture et la justice.
Il faut donc un lien entre un « bloc social » et un contrôle démocratique sur l’épargne des diverses couches riches de la population.

Et que deviendrait donc l’épargne ?
Après impôts, il restera des formes diverses d’épargne. Là se pose la question de démocratiser la façon de traiter cette épargne : on ne voit pas pourquoi, hormis privilège d’une classe voulant exercer le pouvoir, une épargne donnerait le droit de diriger des entreprises !

Une épargne à garantir, dans ce monde tel qu’il est ; elle peut parfaitement avoir un statut voisin du livret A, (avec un « plafond de défiscalisation, et de quel niveau ?) pour des sommes d’un niveau très différent : placée sous garantie publique, avec un taux de rapport qui au moins met à l’abri de la crise financière, des sommes peuvent rester de la possession des épargnants. Mais l’usage de ces fonds doit être sous le contrôle réellement démocratique : les usagers, les salariés,  les syndicats, les collectivités locales  discutent  et font des choix. Un contrôle démocratique doit organiser les activités de la Banque Publique d’investissements et de la Caisse des dépôts ; des socialisations de secteurs stratégiques sont nécessaires pour satisfaire l’accès aux besoins fondamentaux de la population.
  
Se créerait ainsi une sorte de lien concret entre les initiatives qui changent les rapports à la nature et les formes de productions, avec des instances et des espaces de discussion pour que se fasse la confrontation  démocratique. Cela relève de la socialisation démocratique de l’économie et de sa gestion sous des formes qui se rapprochent d’une autogestion généralisée.

Etienne Adam, Pierre Cours-Salies, Rémi Thouly  (10 mai 2020)

Type: 
Article

Une prise de conscience des inégalités ? 

Malgré les déclarations d’intention et les proclamations solidaires, les pauvres, les précaires, ...  bref, le bas de l’échelle est encore un angle mort dans les propositions et exigences de la gauche même la plus radicale. Si nous voulons unir toutes et tous les exploité.es, et ne pas donner prise aux discours diviseurs des in et des outsiders,  il nous faut apporter des réponses qui les réintègrent dans la société.

Des exigences élémentaires d’égalité.

Dans le contexte de la pandémie, il s’exprime une forte remise en cause des inégalités des conditions de vies insupportables  aux salarié.e.s de base et aux précaires (qui voient le salaire minimum divisé par 2 ou 3, ou plus). Cette prise de conscience, effet de la crise sanitaire, pourrait être très bénéfique… si elle permet de mettre les points sur les « i ».

Nous n’oublions pas que le chômage, la précarisation et l’entretien de la pauvreté sont des outils stratégiques pour le Capital et les politiques de division qui lui sont vitales.

Nous pouvons viser quelques revendications, des repères, pour qu’un bloc social oppose des buts politiques différents des politiques suivies depuis tant d’années. Nos chiffres sont dans les termes actuels, les modalités de justification viennent ensuite…

Un résumé, suivi de quelques arguments.

Un minimum garanti à 1250€, pour tous les revenus, les pensions, le plancher des retraites, les allocations garanties comme droit individuel. 

Un SMIC net augmenté à 1800€, comme minimum de base de toutes les conventions de branches, pour un temps de travail sans doute réduit à 32h/semaine
Un plafond des revenus salariaux à 4 fois le SMIC, parce que plus de 95% des salarié.e.s sont concerné.e.s,  et ainsi la discussion sur ceux/celles « au-dessus » appellent des négociations syndicales.

Un débat et un traitement politique s’impose au sujet des patrimoines, et d’abord une connaissance des informations : 5% possèdent 30% ; 50% possèdent 8%.
Un passage obligé de ce débat : qui doit payer une plus grande égalité ?
Nous avons l’habitude des discussions politiques menées entre « le moindre mal » et les promesses électorales, dans leur diversité. Sans doute cela traduit-il la composition effective de la population française dans sa hiérarchie sociale et économique réelle mais pas consciente. Il s’agit au moins de corriger les effets de trente ans de politique néolibérale.

Quelques données , pour parler d’égalité réellement, sur le plan matériel, qui joue plus qu’on ne le pense sur nos façon de discuter…: 

En moyenne, -en sachant qu’on devient rarement propriétaire avant 30 ans-,       
*  les 10 % les plus fortunés possèdent 48% de l’ensemble du patrimoine. Ces 10% possèdent 700 fois plus que les 10% les moins fortunés ;
*  la moitié de la population (50%)  se partage 8% du patrimoine. Ce n’est pas sans raison qu’on peut dire que la retraite, est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.                                                                                                 
Quelques précisions :
* le 1%, les plus hauts, possèdent à eux seuls 17% ; 
*  les 10 % les plus riches possèdent près de la moitié du patrimoine.
Entre les 50 % du bas et les 10% du haut…, des inégalités et une nécessaire réforme des impôts.
*   40% de la population possède environ 42%, avec des différences     
*  10 %,  7% du patrimoine ; *  10%,  9 % ;  10%, 12 % ; * et 10 %, 17 %
En fait …
*  les 30% les plus riches de la population possèdent 70% du patrimoine,                                                                                                    *  70% de la population se partagent, mal, 25% du patrimoine ;                                                                                                    * et  la moitié de la population (50%)  se partage 8% du patrimoine                                                                                                  
* Parmi les 10% les plus fortuné.e.s, précisons un peu la hiérarchie : l’écart est de 600.000 à 1.900.000€, entre la moyenne de ces 10% et le 1% le plus haut.                                                                                               Ici, on est loin d’une pyramide : le haut ressemble à la pointe d’une longue épingle.                         Malgré les jalousies entre eux, ils sont d’accord pour condamner les « assisté.e.s » qui gagnent 1.000 fois moins que les plus « pauvres » d’entre eux.
La part des revenus détenus par le 1 % des Français les plus riches est passée de 7 % en 1983 à 11 % en 2014, et 18 % en 2018, en comptant le patrimoine net, c'est-à-dire la richesse déduite de l'endettement (Les Echos, 19 déc. 2019).
D’où cette remarque de bon sens : puisqu’ils n’étaient pas dans la misère en 1983, leur reprendre une part (un tiers ou plus ?) ne les réduiraient pas à la mendicité !
Evidemment, c’est dans cette partie des richesses qu’il faut  trouver une part à redistribuer, essentiellement par une politique  d’équipements, de logements de qualité, de gratuités diverses pour de productions écologiquement et socialement utiles.

Impôt sur le patrimoine, réforme générale des impôts, qui demande un ample débat public à partir des propositions déjà élaborées, et plus grande progressivité de l'impôt sur les dons et héritages.

Moyenne et médiane

La moyenne est égale à la somme des revenus des ménages divisée par le nombre de ceux ci. Mais le revenu disponible moyen par ménage (34 450 euros par an en 2008 en France) ne dit rien des inégalités.

La médiane partage en deux parties égales. Le revenu disponible médian en France (50 % des ménages ont plus et 50 % ont moins) réduit le poids de ses hauts revenus  (28 570 euros par an en 2008) , mais il amalgame des catégories sociales très différentes dans des sous-ensembles trop larges .                                                                                                                                                                L’utilisation des déciles (la population est divisée par 10 %) permet une approche des inégalités mais là encore avec des limites (voir plus haut) 

Pourquoi 1250€ ?     
Le minimum garanti doit faire sens à la fois pour les salaires et pour les autres revenus connus et déclarés.
Le calcul sur le « seuil de pauvreté » peut servir de référence.  Toute personne appartenant à un ménage dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian est considéré comme pauvre. (Le niveau de vie monétaire s’évalue en comptabilisant les revenus, en déduisant les impôts et en ajoutant les prestations sociales).
Notre but est de réduire cette inégalité en rapprochant les plus pauvres de la moyenne et en évitant la poursuite du décochage entre ceux-ci et le reste des salarié.e.s  (rapport RSA/smic par exemple). 
Le salaire médian (50% au-dessus ou au-dessous de ce chiffre) est de 1800€ ; le revenu moyen est de 2400€…
D’où la proposition : le revenu minimum au seuil de pauvreté, parce que nous avons pour but de faire cesser l’inégalité subie par quelques millions de personnes. Cette somme, de plus, correspondrait à 75 % d’un SMIC net revalorisé de 400€ d’augmentation.

1250€, ce n’est vraiment pas beaucoup mais double quasiment  les « revenus » les plus bas (allocations diverses dont chômage pour les précaires et les temps partiels, RSA, et autres minimas sociaux). 

Pourquoi un plafond de revenu ?
Avec une pyramide qui englobe 95% des salariés, si elle va d’une fois le SMIC à 4 fois ce seuil, les discussions concernent du bas de l’échelle salariale au salaire d’ingénieurs.
Changeons : le SMIC net doit augmenter de 400€ et se trouver à 1800€ et les autres salaires doivent être revus à la hausse. C’est assez simple (!) : 95% des salariés, dans ce cas seraient dans un éventail de 1 à 4 : 1250 x 4 = 5000/mois ; 60.000 dans l’année !
   
* Cela suppose des discussions entre salarié.e.s et organisations syndicales … Il faut ouvrir un débat public sur l’utilité sociale des diverses professions pour établir un rapport de forces dans les secteurs à bas salaires et aux emplois dévalorisés. Il faudra que le mouvement syndical puisse organiser ces larges discussions, en faisant reconnaître aux patronats la légitimité de la présence syndicale,  dans toutes les entreprises, toutes les branches. Souvenons-nous que près de 50% des branches, spécialement celles où travaillent beaucoup de femmes ont des minimas de branche au-dessous du SMIC. Souvenons-nous de l’utilisation de sous-traitances de sous-traitants, y compris par l’Etat. Y compris dans les maquis de l’aide à domicile… Beaucoup de choses sont et seront à corriger.

Et les salaires au-dessus de ce « plafond » de 4 fois le SMIC ?                                                                           Avec ces situations, 5 % environ du salariat, il s’agit, la plupart du temps de fonctions spéciales, responsabilités, technicité… Il s’agit donc de situations qui doivent être connues et justifiées, publiquement, sous le contrôle des travailleurs/euses et des organisations syndicales. Aujourd’hui,  la fixation de ces hauts revenus « salariaux » est une prérogative exclusive  des directions d’entreprise.
Les cas discutés publiquement limiteront les arbitraires. De plus, les avantages monétaires devront s’accompagner de l’interdiction des avantages "boursiers", et être soumis à cotisations sociales y compris au-dessous de ce plafond.
La CSG doit disparaître au profit de cotisations sociales.

Des gratuités à construire
Au- delà des augmentations de salaires il faut des exigences sur le blocage des loyers et lutter contre les logements vides et la spéculation ; il faut augmenter le champ de la gratuité sur les besoins essentiels : supprimer les parts fixes des abonnements de fluides : eau, gaz, électricité, et instaurer une tarification progressive ; des transports gratuits, sans oublier le droit à la santé, l’éducation, la culture et la justice.
Il faut donc un lien entre un « bloc social » et un contrôle démocratique sur l’épargne des diverses couches riches de la population.

Et que deviendrait donc l’épargne ?
Après impôts, il restera des formes diverses d’épargne. Là se pose la question de démocratiser la façon de traiter cette épargne : on ne voit pas pourquoi, hormis privilège d’une classe voulant exercer le pouvoir, une épargne donnerait le droit de diriger des entreprises !

Une épargne à garantir, dans ce monde tel qu’il est ; elle peut parfaitement avoir un statut voisin du livret A, (avec un « plafond de défiscalisation, et de quel niveau ?) pour des sommes d’un niveau très différent : placée sous garantie publique, avec un taux de rapport qui au moins met à l’abri de la crise financière, des sommes peuvent rester de la possession des épargnants. Mais l’usage de ces fonds doit être sous le contrôle réellement démocratique : les usagers, les salariés,  les syndicats, les collectivités locales  discutent  et font des choix. Un contrôle démocratique doit organiser les activités de la Banque Publique d’investissements et de la Caisse des dépôts ; des socialisations de secteurs stratégiques sont nécessaires pour satisfaire l’accès aux besoins fondamentaux de la population.
  
Se créerait ainsi une sorte de lien concret entre les initiatives qui changent les rapports à la nature et les formes de productions, avec des instances et des espaces de discussion pour que se fasse la confrontation  démocratique. Cela relève de la socialisation démocratique de l’économie et de sa gestion sous des formes qui se rapprochent d’une autogestion généralisée.

Etienne Adam, Pierre Cours-Salies, Rémi Thouly  (10 mai 2020)

Type: 
Article

(21/05/2020 18:45)

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