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Nouvelles des Amis - Ensemble ! - MAGE

Ensemble - Mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire


Europe : une centralisation politique plus poussée 

Le plus long Conseil de chefs d’Etats de l’histoire de l’Union européenne, du 17 au 21 juillet 2020, pourrait faire date comme celui où l’Europe a franchi un pas politique important vers une solidarité nouvelle entre les Etats membres. Ce qui ne signifie absolument pas qu’elle bénéficiera réellement aux populations, et notamment à celles qui ont fait face à l’épidémie de COVID-19 dans les hôpitaux, ou pour faire « tourner » l’économie.

L’acceptation à l’arraché et avec de très gros compromis, du plan de relance proposé par la Commission et s’appuyant sur l’accord Merckel-Macron, signifie un changement potentiellement décisif des modalités de décision de l’Union et un dépassement des limites jusqu’ici infranchissables de celle-ci. Il a en effet été accepté que les institutions (ici la commission) pouvaient s’endetter au nom des 27 pays (ce que les traités interdisent) et que des subventions directes pouvaient alimenter les Etats (390 milliards sur les 750 du plan, soit moins que les 500 initialement proposés, suite aux blocages des pays récalcitrants dits « frugaux » qui ont failli faire échouer le plan).

Ce faisant, l’Union européenne frappée par la crise du COVID et ses retombées économiques gigantesques (encore à venir) avance plus loin vers une sorte de « proto-Etat » dépassant la seule coordination. Ce changement reste fragile, chaotique, et il pourrait même ne pas se confirmer. Mais si ce pas n’avait pas été franchi, il y avait de grands risques que l’Union aggrave considérablement les brèches de désagrégation qu’elle manifestait à la fin de 2019 et au début de l’année 2020 par des désaccords du même type pour renforcer le budget européen déjà ridicule (1% à peine du PIB de l’UE). Tout le monde avait aussi noté le « chacun pour soi » des Etats (et pas qu’en Europe) face à l’épidémie. Un climat propice à de nouveaux Brexits était en route à grande vitesse. C’est ce que les Etats ont majoritairement voulu stopper avant qu’il ne soit trop tard.

Mais ce résultat s’accompagne de reculs sur une quantité d’autres plans : les prochains budgets européens seront encore rognés par les ristournes de contributions accordées aux « frugaux » ; les initiatives de soutien en cours concernant la santé, l’éducation, la transition écologique, la recherche, sont rognés.

Mais le plus décisif est sans doute un mépris total envers la seule institution élue de l’Union, non consultée, qui militait pour un budget de 1300 milliards pour les années 2021-27, alors que celui-ci va être raboté significativement. Toujours pour que les « chefs » d’Etat passent leur compromis.

Au total, l’Europe réussit à ne pas s’effondrer et fait donc pour cela un pas vers plus d’intégration politique en acceptant pour la crise du Civid-19 de mettre en place des mécanismes de solidarité. L’Allemagne en particulier a compris que les chaines de production industrielle étaient de plus en plus intégrées entre les pays, et qu’une crise à un endroit peut en déclencher d’autres ailleurs (exemple : dans l’automobile).  Mais ce pas en avant vers plus de fédéralisation des dépenses liées aux conséquences de la crise actuelle n’est nullement un tournant vers des politiques plus sociales, plus écologiques ou plus démocratiques, et encore moins pour réviser les préceptes néolibéraux qui les dominaient.

Les luttes sociales, syndicales, écologistes, et politiques, pour imposer d’autres traités, d’autres priorités et d’autres institutions démocratiques n’en sont que plus nécessaires.

Robert Hirsch, Jean-Claude Mamet, Roland Mérieux, Jean-François Pélissier, Francis Sitel.

Le 27 juillet 2020

Type: 
Article

Europe : une centralisation politique plus poussée 

Le plus long Conseil de chefs d’Etats de l’histoire de l’Union européenne, du 17 au 21 juillet 2020, pourrait faire date comme celui où l’Europe a franchi un pas politique important vers une solidarité nouvelle entre les Etats membres. Ce qui ne signifie absolument pas qu’elle bénéficiera réellement aux populations, et notamment à celles qui ont fait face à l’épidémie de COVID-19 dans les hôpitaux, ou pour faire « tourner » l’économie.

L’acceptation à l’arraché et avec de très gros compromis, du plan de relance proposé par la Commission et s’appuyant sur l’accord Merckel-Macron, signifie un changement potentiellement décisif des modalités de décision de l’Union et un dépassement des limites jusqu’ici infranchissables de celle-ci. Il a en effet été accepté que les institutions (ici la commission) pouvaient s’endetter au nom des 27 pays (ce que les traités interdisent) et que des subventions directes pouvaient alimenter les Etats (390 milliards sur les 750 du plan, soit moins que les 500 initialement proposés, suite aux blocages des pays récalcitrants dits « frugaux » qui ont failli faire échouer le plan).

Ce faisant, l’Union européenne frappée par la crise du COVID et ses retombées économiques gigantesques (encore à venir) avance plus loin vers une sorte de « proto-Etat » dépassant la seule coordination. Ce changement reste fragile, chaotique, et il pourrait même ne pas se confirmer. Mais si ce pas n’avait pas été franchi, il y avait de grands risques que l’Union aggrave considérablement les brèches de désagrégation qu’elle manifestait à la fin de 2019 et au début de l’année 2020 par des désaccords du même type pour renforcer le budget européen déjà ridicule (1% à peine du PIB de l’UE). Tout le monde avait aussi noté le « chacun pour soi » des Etats (et pas qu’en Europe) face à l’épidémie. Un climat propice à de nouveaux Brexits était en route à grande vitesse. C’est ce que les Etats ont majoritairement voulu stopper avant qu’il ne soit trop tard.

Mais ce résultat s’accompagne de reculs sur une quantité d’autres plans : les prochains budgets européens seront encore rognés par les ristournes de contributions accordées aux « frugaux » ; les initiatives de soutien en cours concernant la santé, l’éducation, la transition écologique, la recherche, sont rognés.

Mais le plus décisif est sans doute un mépris total envers la seule institution élue de l’Union, non consultée, qui militait pour un budget de 1300 milliards pour les années 2021-27, alors que celui-ci va être raboté significativement. Toujours pour que les « chefs » d’Etat passent leur compromis.

Au total, l’Europe réussit à ne pas s’effondrer et fait donc pour cela un pas vers plus d’intégration politique en acceptant pour la crise du Civid-19 de mettre en place des mécanismes de solidarité. L’Allemagne en particulier a compris que les chaines de production industrielle étaient de plus en plus intégrées entre les pays, et qu’une crise à un endroit peut en déclencher d’autres ailleurs (exemple : dans l’automobile).  Mais ce pas en avant vers plus de fédéralisation des dépenses liées aux conséquences de la crise actuelle n’est nullement un tournant vers des politiques plus sociales, plus écologiques ou plus démocratiques, et encore moins pour réviser les préceptes néolibéraux qui les dominaient.

Les luttes sociales, syndicales, écologistes, et politiques, pour imposer d’autres traités, d’autres priorités et d’autres institutions démocratiques n’en sont que plus nécessaires.

Robert Hirsch, Jean-Claude Mamet, Roland Mérieux, Jean-François Pélissier, Francis Sitel.

Le 27 juillet 2020

Type: 
Article

(01/08/2020 19:00)

Insoumission et audace, la voie que Gisèle Halimi nous enseigne 

Gisèle Halimi avait l’audace de l’insoumission. Elle avait chevillé au corps le refus d’un destin préétabli. La trajectoire des grandes personnalités féministes ne commence-t-elle pas toujours par là ? Très tôt, Gisèle Halimi avait dit non. Elle voulait continuer à jouer au foot quand sa mère lui intimait l’ordre de cesser ce jeu avec les garçons, puisqu’elle venait d’avoir ses règles. Elle n’acceptait pas de réaliser les tâches domestiques que ses frères n’étaient pas sommés de faire. Elle refusa catégoriquement ce mariage arrangé par ses parents, alors qu’elle avait 16 ans et des rêves de liberté plein la tête. La rébellion face à l’injustice, Gisèle Halimi la portait viscéralement en elle, comme quelque chose de sauvage disait-elle, la poussant à épouser des causes justes autant qu’à faire surgir d’elle une insolence remarquable. C’est à la croisée de l’intime et du politique que se noue l’individu féministe, nous dit Geneviève Fraisse. Nous y sommes. Gisèle Halimi incarne cette imbrication qui façonne les pionnières, dont elle était et à qui nous devons tant.

Gisèle Halimi a mis sa rage au service de combats pour l’égalité, contre la colonisation, pour les droits des femmes. En 1960, elle signe le manifeste pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. L’avocate prit la défense de Djamila Boupacha, militante du FLN torturée et violée par des militaires français. En 1973, Gisèle Halimi est aux côtés de Simone de Beauvoir et des 343 femmes qui déclarent avoir avorté, se mettant de fait dans l’illégalité. Elle a frappé les esprits dans plusieurs procès devenus historiques. A Bobigny en 1972 sur l’avortement comme à Aix en 1978 en défense de femmes violées, elle sut rendre spectaculaire l’injustice de la loi. J’entends sa voix et ses mots autant que les cris des manifestantes aux abords du tribunal. Gisèle Halimi n’avait pas peur du scandale, parce qu’elle avait compris que la conflictualité générée pouvait faire avancer les mentalités et la législation. Et elle engrangeait les injures sans donner l’impression de fléchir une seule seconde. Gisèle Halimi avait un aplomb impressionnant.

Figure majeure des années MLF, initiatrice de l’association Choisir, elle a contribué à ce que le mouvement féministe arrache la loi de 1975 sur la libéralisation de l’avortement et celle de 1980 permettant de donner une définition juridique au viol. Ces conquêtes légales, qui doivent encore se confirmer dans la réalité, sont absolument majeures. Les nouvelles générations mesurent-elles le chemin parcouru ? Le XXe siècle a bousculé en profondeur l’ordre des sexes et des sexualités. Gisèle Halimi fut une actrice de ce changement radical, une combattante, qui ne lâche pas, argumente, cherche à convaincre. Une femme qui agit sur le réel plus qu’elle ne le théorise. Ce qui m’a toujours frappée, c’est la simplicité de son langage, sa façon de rendre largement accessible le sens de la lutte et de ne pas s’attarder dans les querelles internes au féminisme. Gisèle Halimi allait droit au but. Elle incarnait un féminisme égalitariste pragmatique.

En écoutant l’unanimité des hommages qui lui sont aujourd’hui rendus, jusqu’au ministre Dupond-Moretti, dont tant de plaidoiries pétries de propos machistes ont sans doute fait bondir l’avocate Halimi, on en oublierait la subversion qui était la sienne, qui est la nôtre, celle des féministes. Ce qui faisait scandale hier est consensuel aujourd’hui ? C’est une victoire. Mais celle-ci ne doit pas masquer les conquêtes que nous avons encore à arracher. Et pour cela, l’insoumission et l’audace sont décisifs. S’il est une voie que Gisèle Halimi nous enseigne, c’est bien celle-là.

Clémentine Autain députée de Seine-Saint-Denis (Ensemble-insoumis)

Cette tribune est parue initialement dans Libération

Type: 
Article

Insoumission et audace, la voie que Gisèle Halimi nous enseigne 

Gisèle Halimi avait l’audace de l’insoumission. Elle avait chevillé au corps le refus d’un destin préétabli. La trajectoire des grandes personnalités féministes ne commence-t-elle pas toujours par là ? Très tôt, Gisèle Halimi avait dit non. Elle voulait continuer à jouer au foot quand sa mère lui intimait l’ordre de cesser ce jeu avec les garçons, puisqu’elle venait d’avoir ses règles. Elle n’acceptait pas de réaliser les tâches domestiques que ses frères n’étaient pas sommés de faire. Elle refusa catégoriquement ce mariage arrangé par ses parents, alors qu’elle avait 16 ans et des rêves de liberté plein la tête. La rébellion face à l’injustice, Gisèle Halimi la portait viscéralement en elle, comme quelque chose de sauvage disait-elle, la poussant à épouser des causes justes autant qu’à faire surgir d’elle une insolence remarquable. C’est à la croisée de l’intime et du politique que se noue l’individu féministe, nous dit Geneviève Fraisse. Nous y sommes. Gisèle Halimi incarne cette imbrication qui façonne les pionnières, dont elle était et à qui nous devons tant.

Gisèle Halimi a mis sa rage au service de combats pour l’égalité, contre la colonisation, pour les droits des femmes. En 1960, elle signe le manifeste pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. L’avocate prit la défense de Djamila Boupacha, militante du FLN torturée et violée par des militaires français. En 1973, Gisèle Halimi est aux côtés de Simone de Beauvoir et des 343 femmes qui déclarent avoir avorté, se mettant de fait dans l’illégalité. Elle a frappé les esprits dans plusieurs procès devenus historiques. A Bobigny en 1972 sur l’avortement comme à Aix en 1978 en défense de femmes violées, elle sut rendre spectaculaire l’injustice de la loi. J’entends sa voix et ses mots autant que les cris des manifestantes aux abords du tribunal. Gisèle Halimi n’avait pas peur du scandale, parce qu’elle avait compris que la conflictualité générée pouvait faire avancer les mentalités et la législation. Et elle engrangeait les injures sans donner l’impression de fléchir une seule seconde. Gisèle Halimi avait un aplomb impressionnant.

Figure majeure des années MLF, initiatrice de l’association Choisir, elle a contribué à ce que le mouvement féministe arrache la loi de 1975 sur la libéralisation de l’avortement et celle de 1980 permettant de donner une définition juridique au viol. Ces conquêtes légales, qui doivent encore se confirmer dans la réalité, sont absolument majeures. Les nouvelles générations mesurent-elles le chemin parcouru ? Le XXe siècle a bousculé en profondeur l’ordre des sexes et des sexualités. Gisèle Halimi fut une actrice de ce changement radical, une combattante, qui ne lâche pas, argumente, cherche à convaincre. Une femme qui agit sur le réel plus qu’elle ne le théorise. Ce qui m’a toujours frappée, c’est la simplicité de son langage, sa façon de rendre largement accessible le sens de la lutte et de ne pas s’attarder dans les querelles internes au féminisme. Gisèle Halimi allait droit au but. Elle incarnait un féminisme égalitariste pragmatique.

En écoutant l’unanimité des hommages qui lui sont aujourd’hui rendus, jusqu’au ministre Dupond-Moretti, dont tant de plaidoiries pétries de propos machistes ont sans doute fait bondir l’avocate Halimi, on en oublierait la subversion qui était la sienne, qui est la nôtre, celle des féministes. Ce qui faisait scandale hier est consensuel aujourd’hui ? C’est une victoire. Mais celle-ci ne doit pas masquer les conquêtes que nous avons encore à arracher. Et pour cela, l’insoumission et l’audace sont décisifs. S’il est une voie que Gisèle Halimi nous enseigne, c’est bien celle-là.

Clémentine Autain députée de Seine-Saint-Denis (Ensemble-insoumis)

Cette tribune est parue initialement dans Libération

Type: 
Article

(01/08/2020 18:58)

A jamais présente dans nos espoirs et nos combats. Cathy, notre camarade 

Le décès de Cathy Granier attriste profondément tou.tes celles et ceux, nombreux/ses, qui ont milité avec elle, mais aussi celles et ceux qui n’ont fait que la croiser, parce qu’elle marquait chacun.e par son attention aux autres. Elle militait depuis 1966. C’était le temps de la Jeunesse communiste révolutionnaire. Puis vint mai 68. Et ses lendemains pas toujours aussi rouges qu’elle l’aurait souhaité. Mais, elle ne fut pas de celles et ceux que les vents contraires découragèrent.

Elle fut une militante active de la Ligue communiste, puis de la LCR à Toulouse. Quand vint le temps du NPA, elle en fut. En désaccord, elle le quitta avec celles et ceux qui fondèrent la Gauche Anticapitaliste en 2012. Puis, en 2013, avec la GA, elle rejoignit Ensemble, qui se constituait. Comme toujours, elle y accomplit des tâches militantes, pas toujours valorisées, mais indispensables, à la trésorerie par exemple. Mais ce n’était qu’une partie de ses activités militantes, parce que Cathy était sur tous les fronts

Devenue enseignante, agrégée de mathématiques, elle milita bien sûr au Snes, et à l’Ecole émancipée. Très attachée à cette tendance syndicale, elle participait à la plupart de ses rencontres nationales et à ses « semaines » et représenta l’EE dans les instances du SNES. Elle militait aussi activement dans RESF, organisant par exemple un Noël pour les enfants de sans-papiers. C’était une militante au plein sens du terme.

Cathy déployait une activité inlassable et faisait preuve d’une disponibilité et d’une gentillesse jamais démenties. Toujours à l’écoute, jamais cassante. Modeste, mais toujours déterminée.

Il convient de souligner la rareté de ce militantisme sur la longue durée quand on sait les difficultés à mener une vie militante pour les femmes, qui plus est quand on est mère de 4 enfants ! Cathy a été une précurseuse et un exemple à cet égard.

Notre mouvement, ENSEMBLE, rend hommage à Cathy.  Il s’associera aux moments d’hommage qui seront organisés à sa mémoire.

Au nom des militantes et militants de notre mouvement, l’Equipe d’animation nationale adresse ses condoléances à ses proches et à ses camarades. Cathy continuera d’être présente dans nos espoirs et nos combats.

» Il y a ceux qui luttent pendant une journée et ils sont bons.
Il y a ceux qui luttent pendant une année, ils sont très bons.
Et il y a ceux qui luttent toute leur vie, et ceux-là ils sont indispensables
»

Bertold Brecht

Type: 
Article

A jamais présente dans nos espoirs et nos combats. Cathy, notre camarade 

Le décès de Cathy Granier attriste profondément tou.tes celles et ceux, nombreux/ses, qui ont milité avec elle, mais aussi celles et ceux qui n’ont fait que la croiser, parce qu’elle marquait chacun.e par son attention aux autres. Elle militait depuis 1966. C’était le temps de la Jeunesse communiste révolutionnaire. Puis vint mai 68. Et ses lendemains pas toujours aussi rouges qu’elle l’aurait souhaité. Mais, elle ne fut pas de celles et ceux que les vents contraires découragèrent.

Elle fut une militante active de la Ligue communiste, puis de la LCR à Toulouse. Quand vint le temps du NPA, elle en fut. En désaccord, elle le quitta avec celles et ceux qui fondèrent la Gauche Anticapitaliste en 2012. Puis, en 2013, avec la GA, elle rejoignit Ensemble, qui se constituait. Comme toujours, elle y accomplit des tâches militantes, pas toujours valorisées, mais indispensables, à la trésorerie par exemple. Mais ce n’était qu’une partie de ses activités militantes, parce que Cathy était sur tous les fronts

Devenue enseignante, agrégée de mathématiques, elle milita bien sûr au Snes, et à l’Ecole émancipée. Très attachée à cette tendance syndicale, elle participait à la plupart de ses rencontres nationales et à ses « semaines » et représenta l’EE dans les instances du SNES. Elle militait aussi activement dans RESF, organisant par exemple un Noël pour les enfants de sans-papiers. C’était une militante au plein sens du terme.

Cathy déployait une activité inlassable et faisait preuve d’une disponibilité et d’une gentillesse jamais démenties. Toujours à l’écoute, jamais cassante. Modeste, mais toujours déterminée.

Il convient de souligner la rareté de ce militantisme sur la longue durée quand on sait les difficultés à mener une vie militante pour les femmes, qui plus est quand on est mère de 4 enfants ! Cathy a été une précurseuse et un exemple à cet égard.

Notre mouvement, ENSEMBLE, rend hommage à Cathy.  Il s’associera aux moments d’hommage qui seront organisés à sa mémoire.

Au nom des militantes et militants de notre mouvement, l’Equipe d’animation nationale adresse ses condoléances à ses proches et à ses camarades. Cathy continuera d’être présente dans nos espoirs et nos combats.

» Il y a ceux qui luttent pendant une journée et ils sont bons.
Il y a ceux qui luttent pendant une année, ils sont très bons.
Et il y a ceux qui luttent toute leur vie, et ceux-là ils sont indispensables
»

Bertold Brecht

Type: 
Article

(01/08/2020 18:56)

La lettre électronique du 5 juillet 

Fichier attachéTaille
PDF icon la_lettre_ndeg0_bis_juilletv5_justifie.pdf1.08 Mo
Type: 
Article

La lettre électronique du 5 juillet 

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PDF icon la_lettre_ndeg0_bis_juilletv5_justifie.pdf1.08 Mo
Type: 
Article

(09/07/2020 20:44)

L’écologie doit devenir l'enjeu de luttes populaires 

Nous n’en finissons plus de battre des records : 60% d’abstention en moyenne pour l’une des dernières élections qui avait du sens aux yeux des Français ! Les regrets du pouvoir en place sur le très fort taux d’abstention lors des élections municipales sont bien convenus… Alors que le phénomène ne date pas d’hier et s’aggrave de façon aussi continue que vertigineuse, sa décision d’organiser un second tour dans des conditions totalement chaotiques n’a pas été infléchie. Mais ne nous cachons pas la réalité : si ces circonstances ont sûrement aggravé l’abstention, elles ne l’ont pas créée.

L’écologie est devenue pour beaucoup l’une des ultimes raisons qui motive cet acte citoyen. Le succès des listes s’en réclamant de façon prioritaire l’atteste. La conscience de l’urgence climatique a gagné la société, toutes tranches d’âges et toutes classes sociales confondues. Mais cette préoccupation n’a pas, pour chacun, la même incidence. Les jeunes, que l’on voit pourtant si actifs dans les mobilisations sur le climat, dans des mouvements de refus de surconsommer, de manger de la viande, de prendre l’avion, de s’inscrire dans des métiers inutiles… ont très peu pris part au vote. Seuls 28% des 18-34 ans se sont rendus aux urnes dimanche dernier. Les catégories populaires se sont également largement tenues en retrait de ce scrutin – jusqu’à 80% d’abstention dans les quartiers populaires –, alors même qu’elles sont les premières impactées par les conséquences d’un univers dégradé, fait de pollutions et de malbouffe. Et bien sûr qu’elles le savent, en souffrent pour elles-mêmes et pour leurs enfants et le vivent comme une incroyable injustice.
De l’adhésion des jeunes et des classes populaires

Il est devenu banal de dire qu’il ne faut pas opposer fin du monde et fin du mois. C’est une réelle avancée mais, pour que ces deux combats se rapprochent politiquement, il faut s’interroger sur la déconnexion entre montée en puissance de l’écologie et participation démocratique atone des jeunes et des classes populaires. Il n’y a aucune chance que nous parvenions à opérer les bouleversements sociaux et écologistes nécessaires dans notre organisation sociale sans leur adhésion, leur participation. Leur force et leur énergie en sont une condition sine qua non. L’accord social, et donc politique, pour mener cette révolution doit nous obséder. A défaut, en 2022, il se pourrait bien que Macron et Le Pen s’affrontent à nouveau dans un duel de plus en plus serré qui nous éloigne de ces objectifs vitaux pour nous plonger dans le chaos. Pour qu’il en soit autrement, l’écologie doit devenir un enjeu de luttes populaires et de conflictualité dans le débat public. S’il en est autrement, si l’écologie apparaît comme le combat des centres urbains et des plus privilégiés, soit le retrait des classes populaires et de la jeunesse s’aggravera, soit le projet politique écologique sera ramené à ce qu’il n’est pas, un sujet pour les citadins aisés, et nous perdrons le combat de notre temps… Or nous n’avons pas le droit de perdre.

Cette responsabilité incombe en premier lieu à ma famille politique, celle qui se réclame du combat pour l’égale dignité et l’émancipation humaine. Depuis deux siècles, elle a pris la forme de batailles intimement sociales et politiques, radicales et démocratiques. Le mouvement ouvrier, le syndicalisme, la gauche, le socialisme et le communisme l’ont incarné. Tous sont aujourd’hui en situation de grande fragilisation. Pas seulement en France mais dans toute l’Europe. Leur effacement n’arrêterait pas le combat séculaire pour l’égalité et la liberté mais nous y perdrions sans aucun doute en culture, en histoires vivantes, en force. La reformulation politique pour être en phase avec les défis de notre époque ne peut être que le fruit d’un sérieux travail qui associe toute notre famille d’idées, qui réunissent intellectuels et syndicalistes, activistes et artistes. Nous avons à dénouer des contradictions – décroissance de certains secteurs/emploi, taxes sur le diesel/réalité du développement territorial, lutte contre la malbouffe/prix du bio – qui ne sont pas indépassables mais nécessitent d’affûter nos réponses. Nous ne partons pas de rien mais nous avons encore bien du chemin à parcourir.

Initiative citoyenne et transformation sociale

Il y a un an, à l’issue des élections européennes, j’exprimais avec ma collègue Elsa Faucillon, députée communiste des Hauts-de-Seine, mes inquiétudes sur l’atomisation au sein des gauches et des écologistes. Depuis, nous n’avons pas beaucoup avancé. Les divisions nous rongent et nous épuisent. Les belles victoires emportées à Marseille, à Corbeil-Essonnes ou à Trappes, les belles dynamiques retrouvées à Toulouse et dans tant de petites et moyennes villes partout en France… ont toutes pour base de l’initiative citoyenne conjuguée avec un rassemblement de formations politiques portant la transformation sociale. Si elles ne donnent pas toutes les clés pour la suite, ces réussites donnent de l’espoir. Il faut inventer à l’échelle nationale une façon d’ouvrir nos espaces politiques à l’élan citoyen et solidaire, que l’on a d’ailleurs vu se déployer de façon impressionnante face à la crise sanitaire, et de créer des alliances politiques dont le curseur permettra de mobiliser le monde populaire et la jeunesse.

Clémentine Autain députée de Seine-Saint-Denis (Ensemble-insoumis)

Type: 
Article

L’écologie doit devenir l'enjeu de luttes populaires 

Nous n’en finissons plus de battre des records : 60% d’abstention en moyenne pour l’une des dernières élections qui avait du sens aux yeux des Français ! Les regrets du pouvoir en place sur le très fort taux d’abstention lors des élections municipales sont bien convenus… Alors que le phénomène ne date pas d’hier et s’aggrave de façon aussi continue que vertigineuse, sa décision d’organiser un second tour dans des conditions totalement chaotiques n’a pas été infléchie. Mais ne nous cachons pas la réalité : si ces circonstances ont sûrement aggravé l’abstention, elles ne l’ont pas créée.

L’écologie est devenue pour beaucoup l’une des ultimes raisons qui motive cet acte citoyen. Le succès des listes s’en réclamant de façon prioritaire l’atteste. La conscience de l’urgence climatique a gagné la société, toutes tranches d’âges et toutes classes sociales confondues. Mais cette préoccupation n’a pas, pour chacun, la même incidence. Les jeunes, que l’on voit pourtant si actifs dans les mobilisations sur le climat, dans des mouvements de refus de surconsommer, de manger de la viande, de prendre l’avion, de s’inscrire dans des métiers inutiles… ont très peu pris part au vote. Seuls 28% des 18-34 ans se sont rendus aux urnes dimanche dernier. Les catégories populaires se sont également largement tenues en retrait de ce scrutin – jusqu’à 80% d’abstention dans les quartiers populaires –, alors même qu’elles sont les premières impactées par les conséquences d’un univers dégradé, fait de pollutions et de malbouffe. Et bien sûr qu’elles le savent, en souffrent pour elles-mêmes et pour leurs enfants et le vivent comme une incroyable injustice.
De l’adhésion des jeunes et des classes populaires

Il est devenu banal de dire qu’il ne faut pas opposer fin du monde et fin du mois. C’est une réelle avancée mais, pour que ces deux combats se rapprochent politiquement, il faut s’interroger sur la déconnexion entre montée en puissance de l’écologie et participation démocratique atone des jeunes et des classes populaires. Il n’y a aucune chance que nous parvenions à opérer les bouleversements sociaux et écologistes nécessaires dans notre organisation sociale sans leur adhésion, leur participation. Leur force et leur énergie en sont une condition sine qua non. L’accord social, et donc politique, pour mener cette révolution doit nous obséder. A défaut, en 2022, il se pourrait bien que Macron et Le Pen s’affrontent à nouveau dans un duel de plus en plus serré qui nous éloigne de ces objectifs vitaux pour nous plonger dans le chaos. Pour qu’il en soit autrement, l’écologie doit devenir un enjeu de luttes populaires et de conflictualité dans le débat public. S’il en est autrement, si l’écologie apparaît comme le combat des centres urbains et des plus privilégiés, soit le retrait des classes populaires et de la jeunesse s’aggravera, soit le projet politique écologique sera ramené à ce qu’il n’est pas, un sujet pour les citadins aisés, et nous perdrons le combat de notre temps… Or nous n’avons pas le droit de perdre.

Cette responsabilité incombe en premier lieu à ma famille politique, celle qui se réclame du combat pour l’égale dignité et l’émancipation humaine. Depuis deux siècles, elle a pris la forme de batailles intimement sociales et politiques, radicales et démocratiques. Le mouvement ouvrier, le syndicalisme, la gauche, le socialisme et le communisme l’ont incarné. Tous sont aujourd’hui en situation de grande fragilisation. Pas seulement en France mais dans toute l’Europe. Leur effacement n’arrêterait pas le combat séculaire pour l’égalité et la liberté mais nous y perdrions sans aucun doute en culture, en histoires vivantes, en force. La reformulation politique pour être en phase avec les défis de notre époque ne peut être que le fruit d’un sérieux travail qui associe toute notre famille d’idées, qui réunissent intellectuels et syndicalistes, activistes et artistes. Nous avons à dénouer des contradictions – décroissance de certains secteurs/emploi, taxes sur le diesel/réalité du développement territorial, lutte contre la malbouffe/prix du bio – qui ne sont pas indépassables mais nécessitent d’affûter nos réponses. Nous ne partons pas de rien mais nous avons encore bien du chemin à parcourir.

Initiative citoyenne et transformation sociale

Il y a un an, à l’issue des élections européennes, j’exprimais avec ma collègue Elsa Faucillon, députée communiste des Hauts-de-Seine, mes inquiétudes sur l’atomisation au sein des gauches et des écologistes. Depuis, nous n’avons pas beaucoup avancé. Les divisions nous rongent et nous épuisent. Les belles victoires emportées à Marseille, à Corbeil-Essonnes ou à Trappes, les belles dynamiques retrouvées à Toulouse et dans tant de petites et moyennes villes partout en France… ont toutes pour base de l’initiative citoyenne conjuguée avec un rassemblement de formations politiques portant la transformation sociale. Si elles ne donnent pas toutes les clés pour la suite, ces réussites donnent de l’espoir. Il faut inventer à l’échelle nationale une façon d’ouvrir nos espaces politiques à l’élan citoyen et solidaire, que l’on a d’ailleurs vu se déployer de façon impressionnante face à la crise sanitaire, et de créer des alliances politiques dont le curseur permettra de mobiliser le monde populaire et la jeunesse.

Clémentine Autain députée de Seine-Saint-Denis (Ensemble-insoumis)

Type: 
Article

(08/07/2020 22:59)

La révolution sociale et écologiste ne peut se passer du monde populaire et de la jeunesse 

Les résultats des élections municipales nous engagent un peu plus dans la descente aux enfers de participation. Cette chute libre vient de loin. Si la crise sanitaire et sa gestion par le pouvoir en place ont rendu plus difficile encore la mobilisation électorale, nous sommes face à une grève du vote désormais structurelle, même pour l’une des élections les plus prisées jusqu’ici par les Français. Dans les quartiers populaires, certains bureaux ont enregistré plus de 80% d’abstention. La tenue à l’écart de ce scrutin du monde populaire s’ajoute celle de la jeunesse. Seuls 28% des 18-34 ans se sont rendus aux urnes dimanche dernier. Et plus on est éloignés des grandes villes, moins on vote. Il faut prendre toute la mesure de ce constat qui est la première leçon de ce scrutin.

Le pouvoir en place a enregistré une raclée électorale. Il a par ailleurs montré son vrai visage à travers les alliances nouées dans tout le pays : et de droite, et de droite. La victoire personnelle d’Édouard Philippe fonctionne comme l’arbre qui cache la forêt. C’est aussi une indication possible sur l’appréciation des électeurs qui préfèrent finalement l’orignal à la copie.

La percée écologiste est une donnée importante de dimanche dernier. Elle vient confirmer le résultat du scrutin européen. C’est dans le cadre de larges alliances, citoyennes et politiques à gauche, que des têtes de liste EELV ont pu créer l’espoir à Tours, à Marseille, à Strasbourg… L’importance accordée à la crise climatique et aux enjeux écologistes – lutte contre les pollutions, développement des transports publics et du vélo, qualité de l’alimentation, sobriété énergétique, jardins partagés… – est une belle nouvelle. Mais nous aurions terriblement tort de ne pas regarder en face une réalité problématique pour mener à bien la transformation sociale et écologiste, à toutes les échelles. Car sans le monde populaire et la jeunesse, la révolution nécessaire restera introuvable. Si l’écologie apparaît comme le combat des habitants aisés de centre-urbains, nous irons droit dans le mur. C’est pourquoi l’articulation entre le social et l’écologie est d’une brûlante actualité. Pour ce faire, nous avons à dénouer des contradictions – décroissance de certains secteurs/emploi, taxes sur le diesel/réalité du développement territorial, lutte contre la malbouffe/prix du bio – qui ne sont pas indépassables mais nécessitent d’affuter nos réponses. Nous avons également à rassembler là où le paysage des gauches et des écologistes apparaît éclaté. Nous ne partons pas de rien mais nous avons encore bien du chemin à parcourir…

Clémentine Autain

Type: 
Article

La révolution sociale et écologiste ne peut se passer du monde populaire et de la jeunesse 

Les résultats des élections municipales nous engagent un peu plus dans la descente aux enfers de participation. Cette chute libre vient de loin. Si la crise sanitaire et sa gestion par le pouvoir en place ont rendu plus difficile encore la mobilisation électorale, nous sommes face à une grève du vote désormais structurelle, même pour l’une des élections les plus prisées jusqu’ici par les Français. Dans les quartiers populaires, certains bureaux ont enregistré plus de 80% d’abstention. La tenue à l’écart de ce scrutin du monde populaire s’ajoute celle de la jeunesse. Seuls 28% des 18-34 ans se sont rendus aux urnes dimanche dernier. Et plus on est éloignés des grandes villes, moins on vote. Il faut prendre toute la mesure de ce constat qui est la première leçon de ce scrutin.

Le pouvoir en place a enregistré une raclée électorale. Il a par ailleurs montré son vrai visage à travers les alliances nouées dans tout le pays : et de droite, et de droite. La victoire personnelle d’Édouard Philippe fonctionne comme l’arbre qui cache la forêt. C’est aussi une indication possible sur l’appréciation des électeurs qui préfèrent finalement l’orignal à la copie.

La percée écologiste est une donnée importante de dimanche dernier. Elle vient confirmer le résultat du scrutin européen. C’est dans le cadre de larges alliances, citoyennes et politiques à gauche, que des têtes de liste EELV ont pu créer l’espoir à Tours, à Marseille, à Strasbourg… L’importance accordée à la crise climatique et aux enjeux écologistes – lutte contre les pollutions, développement des transports publics et du vélo, qualité de l’alimentation, sobriété énergétique, jardins partagés… – est une belle nouvelle. Mais nous aurions terriblement tort de ne pas regarder en face une réalité problématique pour mener à bien la transformation sociale et écologiste, à toutes les échelles. Car sans le monde populaire et la jeunesse, la révolution nécessaire restera introuvable. Si l’écologie apparaît comme le combat des habitants aisés de centre-urbains, nous irons droit dans le mur. C’est pourquoi l’articulation entre le social et l’écologie est d’une brûlante actualité. Pour ce faire, nous avons à dénouer des contradictions – décroissance de certains secteurs/emploi, taxes sur le diesel/réalité du développement territorial, lutte contre la malbouffe/prix du bio – qui ne sont pas indépassables mais nécessitent d’affuter nos réponses. Nous avons également à rassembler là où le paysage des gauches et des écologistes apparaît éclaté. Nous ne partons pas de rien mais nous avons encore bien du chemin à parcourir…

Clémentine Autain

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Article

(03/07/2020 07:18)

Quand la « générosité » coule à gros sanglots… 

 

Etienne Adam & Pierre Cours-Salies  (30 juin 2020)

La mode présidentielle  est à l’attention aux plus fragiles et à l’environnement.

Parmi les promesses qui promettent de se réaliser, la création d’un revenu universel d’activité. Le Président l’a bien dit : « L’intervention de l’Etat dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté est une composante essentielle des droits de l’homme ».
Une réforme des minima sociaux doit être retravaillée pour satisfaire aux objectifs d’amélioration de l’accès aux droits sociaux et de simplification du système de prestations sociales…

Avant de dire « encore de belles promesses » sans porter une grande attention aux situations réelles de misère, soyons attentifs à ce qui se décide. Nous ne pouvons pas nous désintéresser des minimas sociaux, il y a urgence sociale. Nous ne pouvons laisser ce terrain au secteur social institutionnel ou aux organisations caritatives qui jusqu’à présent ont été les seules à agir  sur ce terrain.

Pour cela, simplement, donnons à lire un document qui n’est pas issu de milieux militants radicaux. Il s’agit  de l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).
Une critique, en résumé : « Si la réforme des minima sociaux est bienvenue, elle doit être retravaillée pour satisfaire aux objectifs d’amélioration de l’accès aux droits sociaux et de simplification du système de prestations sociales. La CNCDH rappelle notamment que, contrairement à ce que sous-tend en l’état la réforme, l’accès aux prestations sociales ne doit pas être conditionné à la réalisation de “ devoirs “. Elle recommande donc la reprise des concertations et insiste sur l’importance de revaloriser les prestations sociales et d’inclure les 18-25 ans et les étrangers en situation régulière parmi les bénéficiaires, afin de garantir le droit à un niveau de vie suffisant consacré par le Préambule de 1946 ».

Pour ne pas être accusé de sombrer dans un populisme basiste, citons seulement un peu l’introduction de ce document qui résume la démarche suivie qui ne se résume pas à une approche enfermée dans la technique juridique mais part des principes fondamentaux pour aboutir à une démarche de démocratie active avec une grande place pour les  premier-éres concerné.es

« Introduction
1. L’intervention de l’Etat dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté est une composante essentielle des droits de l’homme. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) est déjà largement intervenue sur ce sujet, en particulier dans son Avis relatif à l’approche fondée sur les droits de l’homme du 3 juillet 2018 (i). Elle s’est donc autosaisie du projet de création du revenu universel d’activité (RUA), qui fait l’objet de concertations toujours en cours, le cinquième cycle étant à venir, afin d’assurer son rôle de conseil en apportant un éclairage fondé sur les droits de l’homme.

2. En termes de politique publique, le projet de RUA a fait l’objet d’une concertation avec les administrations, les collectivités, les syndicats et les associations actives sur ces questions. Si ce processus ne se veut pas une négociation, il a cependant permis l’expression de constats partagés et a aussi révélé les profonds désaccords entre acteurs.

3. La CNCDH regrette cependant que la concertation n’ait que trop peu impliqué les personnes en situation de pauvreté. Bien que d’intéressants outils de démocratie participative aient été développés (ateliers, consultation en ligne et jurys citoyens) (ii), la concertation ne s’est qu’insuffisamment fondée sur l’expérience des personnes concernées, vivant des minima sociaux, et n’a pas mis en place les conditions de leur participation effective. Celle-ci aurait été cruciale, car nul mieux qu’eux ne peut distinguer les lacunes d’une politique de lutte contre la précarité, destinée à garantir aux plus démunis des possibilités de vivre décemment. Le Gouvernement s’est ainsi privé de leur expérience.

Recommandation n° 1 : La CNCDH recommande que toute réforme de politique sociale bénéficie de l’expérience et de la participation des premiers intéressés et des organisations les représentant, à même d’identifier les forces et les faiblesses du projet ».

Rappelons  « l’auteur » de ce texte.

Assimilée à une Autorité administrative indépendante,  la CNCDH est une structure de l'Etat qui assure en toute indépendance, auprès du Gouvernement et du Parlement un rôle de conseil et de proposition dans le domaine des droits de l’Homme, du droit et de l’action humanitaire et du respect des garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques. Elle est composée de 64 personnalités et représentants d’organisations issues de la société civile. Elle est le reflet de la diversité des opinions s’exprimant en France sur les questions liées aux droits de l’homme et du droit international humanitaire.
Nous ne sommes plus à l’époque des « médecins-philanthropes » du 19e, pourtant.

Après deux siècles de luttes,  une  question centrale reste  posée : pour rendre  effective la démocratie que doit être un minima social, un niveau de ressources qui ne nierait pas la qualité de citoyen-ne pour les « bénéficiaires »,  présentés comme une charge pour tous les autres salarié.e.s. Pour cacher qu’ils et elles sont des millions de victimes du système capitaliste, ces morceaux d’une « armée de réserve »… 
Inutile ici de développer les revendications du mouvement des chômeurs et précaires ou les propositions que nous avons mises dans le débat dans le cadre du texte « Plan de sortie de crise » porté par les organisations du mouvement social qui a dans ses propositions « l’augmentation massive des minimas sociaux »
Mais diffusons ces longues analyses critiques du travail et du social  selon Pénicaud et Macron.

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=C1E7F08342075CD...

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Article

Quand la « générosité » coule à gros sanglots… 

 

Etienne Adam & Pierre Cours-Salies  (30 juin 2020)

La mode présidentielle  est à l’attention aux plus fragiles et à l’environnement.

Parmi les promesses qui promettent de se réaliser, la création d’un revenu universel d’activité. Le Président l’a bien dit : « L’intervention de l’Etat dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté est une composante essentielle des droits de l’homme ».
Une réforme des minima sociaux doit être retravaillée pour satisfaire aux objectifs d’amélioration de l’accès aux droits sociaux et de simplification du système de prestations sociales…

Avant de dire « encore de belles promesses » sans porter une grande attention aux situations réelles de misère, soyons attentifs à ce qui se décide. Nous ne pouvons pas nous désintéresser des minimas sociaux, il y a urgence sociale. Nous ne pouvons laisser ce terrain au secteur social institutionnel ou aux organisations caritatives qui jusqu’à présent ont été les seules à agir  sur ce terrain.

Pour cela, simplement, donnons à lire un document qui n’est pas issu de milieux militants radicaux. Il s’agit  de l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).
Une critique, en résumé : « Si la réforme des minima sociaux est bienvenue, elle doit être retravaillée pour satisfaire aux objectifs d’amélioration de l’accès aux droits sociaux et de simplification du système de prestations sociales. La CNCDH rappelle notamment que, contrairement à ce que sous-tend en l’état la réforme, l’accès aux prestations sociales ne doit pas être conditionné à la réalisation de “ devoirs “. Elle recommande donc la reprise des concertations et insiste sur l’importance de revaloriser les prestations sociales et d’inclure les 18-25 ans et les étrangers en situation régulière parmi les bénéficiaires, afin de garantir le droit à un niveau de vie suffisant consacré par le Préambule de 1946 ».

Pour ne pas être accusé de sombrer dans un populisme basiste, citons seulement un peu l’introduction de ce document qui résume la démarche suivie qui ne se résume pas à une approche enfermée dans la technique juridique mais part des principes fondamentaux pour aboutir à une démarche de démocratie active avec une grande place pour les  premier-éres concerné.es

« Introduction
1. L’intervention de l’Etat dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté est une composante essentielle des droits de l’homme. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) est déjà largement intervenue sur ce sujet, en particulier dans son Avis relatif à l’approche fondée sur les droits de l’homme du 3 juillet 2018 (i). Elle s’est donc autosaisie du projet de création du revenu universel d’activité (RUA), qui fait l’objet de concertations toujours en cours, le cinquième cycle étant à venir, afin d’assurer son rôle de conseil en apportant un éclairage fondé sur les droits de l’homme.

2. En termes de politique publique, le projet de RUA a fait l’objet d’une concertation avec les administrations, les collectivités, les syndicats et les associations actives sur ces questions. Si ce processus ne se veut pas une négociation, il a cependant permis l’expression de constats partagés et a aussi révélé les profonds désaccords entre acteurs.

3. La CNCDH regrette cependant que la concertation n’ait que trop peu impliqué les personnes en situation de pauvreté. Bien que d’intéressants outils de démocratie participative aient été développés (ateliers, consultation en ligne et jurys citoyens) (ii), la concertation ne s’est qu’insuffisamment fondée sur l’expérience des personnes concernées, vivant des minima sociaux, et n’a pas mis en place les conditions de leur participation effective. Celle-ci aurait été cruciale, car nul mieux qu’eux ne peut distinguer les lacunes d’une politique de lutte contre la précarité, destinée à garantir aux plus démunis des possibilités de vivre décemment. Le Gouvernement s’est ainsi privé de leur expérience.

Recommandation n° 1 : La CNCDH recommande que toute réforme de politique sociale bénéficie de l’expérience et de la participation des premiers intéressés et des organisations les représentant, à même d’identifier les forces et les faiblesses du projet ».

Rappelons  « l’auteur » de ce texte.

Assimilée à une Autorité administrative indépendante,  la CNCDH est une structure de l'Etat qui assure en toute indépendance, auprès du Gouvernement et du Parlement un rôle de conseil et de proposition dans le domaine des droits de l’Homme, du droit et de l’action humanitaire et du respect des garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques. Elle est composée de 64 personnalités et représentants d’organisations issues de la société civile. Elle est le reflet de la diversité des opinions s’exprimant en France sur les questions liées aux droits de l’homme et du droit international humanitaire.
Nous ne sommes plus à l’époque des « médecins-philanthropes » du 19e, pourtant.

Après deux siècles de luttes,  une  question centrale reste  posée : pour rendre  effective la démocratie que doit être un minima social, un niveau de ressources qui ne nierait pas la qualité de citoyen-ne pour les « bénéficiaires »,  présentés comme une charge pour tous les autres salarié.e.s. Pour cacher qu’ils et elles sont des millions de victimes du système capitaliste, ces morceaux d’une « armée de réserve »… 
Inutile ici de développer les revendications du mouvement des chômeurs et précaires ou les propositions que nous avons mises dans le débat dans le cadre du texte « Plan de sortie de crise » porté par les organisations du mouvement social qui a dans ses propositions « l’augmentation massive des minimas sociaux »
Mais diffusons ces longues analyses critiques du travail et du social  selon Pénicaud et Macron.

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=C1E7F08342075CD...

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(03/07/2020 07:15)

Travail, revenus, salaires : pour une sécurité sociale universelle ! 

Alors que l’économie s’est arrêtée brusquement avec l’épidémie COVID 19, la question posée à des millions de personnes et à des familles a été immédiate : de quoi allons-nous vivre ? Dans cette situation, les débats sur le « revenu universel », le SMIC et le RSA, le « seuil de pauvreté », le « salaire à vie », reviennent au premier plan.

Beaucoup de personnes ont été plongées dans la pauvreté, avec un rationnement des dépenses parfois les plus essentielles. La faim a fait sa réapparition. Avec la fermeture des cantines scolaires, les parents avaient des difficultés à assurer des repas corrects et des enfants ont été mal nourris. Des personnes âgées isolées ne pouvaient pas sortir et risquaient une mise à l’écart de la société. Les jeunes ont été contraints à une dépendance matérielle accrue envers le cadre familial.

Cependant, un effondrement complet des moyens de vivre a été évité par la combinaison de droits sociaux existant, automatiquement actionnés ou mis en œuvre. Ces droits sont le résultat de conquis sociaux depuis longtemps, arrachés au système capitaliste. Mais certains d’entre eux sont fragiles, conditionnés, soumis à des critères d’âge ou familiaux, ou sont tout simplement supprimés quand l’activité s’arrête. Il n’y a donc pas de droit garanti inconditionnel, malgré le préambule de la Constitution, qui proclame « le droit à des moyens convenables d’existence », lui-même issu de la Révolution française.

Quels sont ces droits ?

Certains sont à base de salaire et d’autres à base d’allocations publiques :

* Les retraité-es ont bien sûr continué à toucher leurs pensions, souvent liées à leur salaire d’activité.

* Près de 10 millions de salarié-es ont perçu une allocation de « chômage partiel » (84% du salaire net, 100% pour les smicards). Mais qui a payé cela ? Pas les patrons, qui ont été remboursés à 100% de l’avance de salaire. C’est donc l’Etat pour 67% de la dépense et l’Unedic pour 33%. Les patrons, grands ou petits, n’ont donc rien payé. Certains ont d’ailleurs déclaré au chômage partiel des personnes précaires, mais obligées de travailler par crainte d’être licenciées. Un vol pur et simple de plusieurs milliards d’euros.

* Les chômeurs et chômeuses ont vu leurs droits (souvent très faibles) prolongés pendant la période. Le véritable coup de bambou contre les droits des chômeurs que représentait la nouvelle « réforme » de l’assurance-chômage (qui devait débuter le 1er avril) a été évité provisoirement, puisqu’elle a été repoussée en septembre 2020 : plus d’un million de sans emplois verraient leurs droits diminuer en moyenne de plus de 20%. Une attaque brutale sans précédent.

* Les intérimaires (qui ne sont pas dans le régime général de l’Unedic, mais dans une annexe) qui ont des contrats de moins d’un mois n’ont pas droit au chômage partiel. Ce qui occasionne des baisses de revenus entre 40 à 60% selon la CGT intérim. De même, les « saisonniers » ont vu leur travail stoppé net avec le confinement, sans pouvoir accéder au chômage (le minimum d’heures annuel pour l’accès aux droits n’étant pas atteint). Les personnes travaillant dans « l’évènementiel » (cérémonies, fêtes…) se sont vues privées de toute rémunération, du jour au lendemain.
* Celles et ceux qui ne peuvent pas ou plus bénéficier des allocations-chômage et qui ne touchaient que le Revenu de solidarité active (RSA) ou l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) ont continué à les percevoir, mais leur niveau est très faible (autour de 550 euros, moins encore pour l’ASS), bien en-dessous du « seuil de pauvreté » officiellement établi à 60% du salaire médian. Soit 1041 euros.

* Mais les jeunes de moins de 25 ans (sauf exceptions) n’ont pas droit au RSA. Les étudiant-es se sont souvent retrouvés en grande détresse pendant le confinement. Toutes celles et ceux qui ne vivent que de petits boulots précaires très mal payés, ou pour quelques heures, n’ont tout simplement rien touché, car ces travaux-là ont fermé. Et la majorité des « petites mains » qui permettent à la société de tourner quand même sont des femmes : aides à domicile, EPHAD, alimentation, magasins…
Le confinement et l’arrêt de l’économie ont donc amoindri ou stoppé les ressources pour des millions de personnes. Des droits sociaux continuent à fonctionner-heureusement-mais il n’y a pas de droit général et universel au maintien (ou à l’accès à) des ressources et notamment des salaires.

On le voit : il y a deux séries de mesures à prendre. Des mesures d’urgence pour assurer immédiatement la continuité des moyens de vivre. Et des mesures structurelles pour assurer à long terme, de manière automatique et inconditionnelle, une sécurité des ressources.

C’est la raison pour laquelle la demande d’un « revenu universel » a repris de la vigueur dans le débat public. Cette proposition existe depuis longtemps. Défendue pendant la campagne présidentielle de 2017 par B. Hamon, elle est un marqueur fort de Générations.s et de EELV. Discutons-en.

Notre réponse : universaliser la Sécurité sociale. Pourquoi et comment ? 

Pour beaucoup de jeunes condamnés à vivre sans ressource ou à l’aide d’expédients, alors qu’ils font leurs études, ou sont en recherche d’emploi stable, le revenu universel semble une planche de salut. En effet, le droit au salaire leur est refusé. Être en formation n’est pas considéré comme un travail donnant droit à un présalaire. Ces jeunes sont donc contraints de se salarier dans une grande précarité (McDonald’s, etc.) ou de s’affilier à la plate-forme Déliveroo. Pourquoi ne pas avoir droit au moins au RSA, puisque son ancêtre le Revenu minimum d’insertion ou RMI était justifié dans la loi (1988-89) et la Constitution par le « droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence » ?

Quant aux jeunes sortis des études, ils et elles sont obligé-es, souvent jusque vers 27 ou 28 ans, à démontrer leur « employabilité » avant d’accéder à un travail réellement payé.

Certains jeunes estiment aussi (à juste titre) que le travail salarié subordonné (selon le modèle parental observé) n’est pas attractif en raison des conditions de plus en plus inhumaines exigées par le management néolibéral : toujours plus de productivité, avec des contrôles personnalisés, des primes humiliantes. Et qui plus est nullement protégé mais continuellement menacé (délocalisations, restructurations, licenciements). Comment oublierions-nous que ces situations ont été imposées par une trentaine d’années par le patronat et les ‘services sociaux’ du Ministère. Préférez-vous l’intérim et le chômage où un travail personnel pour lequel des aides sont prévues ? Alors ils choisissent l’auto-entreprenariat en lui conférant une espérance de liberté que n’aurait plus le salariat. Ils préfèrent se soumettre aux plates-formes numériques à distance (Uber, Deliveroo…) en pensant échapper aux normes du salariat hiérarchiquement codifié. Mais ils constatent très vite que leurs revenus sont aléatoires (ainsi Deliveroo ne cesse de modifier vers le bas ses tarifs de courses). Alors un « revenu universel » peut apparaitre comme une avancée, avec un plancher de revenu garanti.

Plus généralement, dans une situation où le salariat est de moins en moins une sécurité, ou n’offre que peu d’horizon émancipateur dans le travail effectué, certains estiment qu’un revenu minimum d’existence permet une garantie de ressources pour voir l’avenir : créer une activité valorisante, s’investir dans un travail « utile » même à temps partiel, avoir le moyen de se former, etc.

C’est d’autant plus vrai que la Sécurité sociale généralisée en 1945-46 n’a pas compris la sécurité professionnelle dans le travail, notamment le maintien du salaire. La question était envisagée (programme du CNR), mais elle a été écartée, pour des raisons non discutées politiquement. La Sécurité sociale maintient les ressources salariales lorsqu’on est en maladie, en maternité, et même en retraite, mais ne le prévoit pas vraiment avant 1958 (création de l’assurance-chômage) en cas de chômage, licenciement, reconversion d’usines ou de productions. Il existe maintenant des ébauches fragiles de droits dans cette direction, comme l’indemnisation du chômage partiel, ou les contrats de transition en cas de restructuration économique graves. L’assurance-chômage (UNEDIC) en était le parent pauvre, mise en place en 1958, avec une gestion paritaire, hors de la logique de la Sécurité sociale, gérée par une majorité de syndicalistes jusqu’à 1967. Mais à partir de 1982, elle n’a pas cessé de régresser. Les arguments qui ont présidé à la naissance du RMI en 1989 sont assez semblables à ceux qui défendent une version néolibérale du revenu universel : on donne un plancher de ressources, de plus en plus au conditionnel, et en exerçant une pression pour décrédibiliser la Sécurité sociale (voir le scandale de la réforme de l’assurance-chômage en cours).

Pour toutes sortes de raisons donc, la perspective d’un revenu universel de base conséquent peut être perçue comme un droit nouveau à défendre. D’autant plus que la conviction existe que la société est assez riche pour le garantir. Il suffit d’observer les inégalités de richesses, les très hauts salaires des uns, les paradis fiscaux des multinationales, les scandales financiers fréquents.

D’où viennent les richesses ?

Les richesses ostentatoires de certains, les grandes fortunes des autres, ou les petits jeux consacrés par les magnats de la finance mondiale à leurs placements, ou encore les moyens énormes des multinationales (Total, Sanofi, LMVH, Google, Amazon…) déployés pour dominer la planète, ne viennent pourtant que du travail effectué par des milliards de personnes mises au service du système. Et cela par la contrainte. Que ce travail soit salarié dans des usines, ou réalisé par les prescriptions des plates-formes numériques (Uber), ou même par des milliards de petits « clics » rémunérés sur des claviers d’ordinateurs effectués (quand vous en avez envie) pour Google, il y a toujours un donneur d’ordre qui a un pouvoir de domination sur ce travail humain grâce à son capital investi. Et il l’investit pour faire grossir son capital de départ. Cette machine sociale ne s’arrête pas et elle se réinvente sans cesse. Sauf si les personnes qu’elle domine décident que cela suffit, et s’arrêtent de travailler (grèves, luttes sociales). Ou plus encore en se mobilisant pour changer la société de fond en comble (émancipation collective, révolution) …

Certains défendent le « revenu universel » en prédisant que le travail « classique » va disparaitre (remplacé par des machines), et que donc le salariat va disparaitre aussi. Mais d’une part le travail peut être dominé et rapporter gros sans passer par le système juridique du salariat. C’est la domination économique qui permet l’accumulation de richesses d’un côté et la tendance au dénuement d’un autre côté. Le contrat de travail n’est qu’une technique juridique, certes dominante et ancienne (et positive lorsqu’elle s’accompagne de droits dans le Code du travail), mais qui peut être contournée, avec tout autant d’assujettissement.

Par ailleurs, en régime capitaliste, les machines ne produisent aucune richesse si elles ne sont pas actionnées. Autrefois elles l’étaient manuellement, bien plus qu’aujourd’hui. Mais on a vu pendant l’épidémie du COVID-19 que des millions de « petites mains » rendues invisibles dans la société des machines sont en réalité indispensables. Sans elles, rien ne marcherait. Mais même les machines doivent être surveillées, réparées, alimentées, et d’abord conçues. Pour contourner des luttes de classe, le patronat innove en machines permettant de mieux tirer du profit de salarié.e.s revendicatifs… Les innovations des années 1960 dégagent une capacité de production souvent dix ou douze fois supérieure, avec moins de salarié.e.s.  C’est une totale illusion de croire que la société capitaliste pourrait n’être bientôt qu’une accumulation de machines automatiques qui produiraient de la richesse sans intervention humaine. Certes les robots suppriment des postes (et parfois c’est tant mieux ; par exemple, peindre des voitures est dangereux chimiquement, il vaut mieux que des robots le fassent, même si la voiture doit être mise en cause en elle-même). Mais ils en créent ailleurs (produire les robots) et le mécanisme social s’entretient indéfiniment, quitte à licencier massivement à un endroit pour embaucher à moindre coût ailleurs, soit dans le monde, soit en France dans les régions choisies pour leur attractivité (avec les autoroutes nécessaires pour les camions, payées par la collectivité).

Comme l’explique l’économiste Michel Husson : « …il faudra montrer comment la fascination technologique…sert à diffuser une nouvelle idéologie selon laquelle l’emploi, le salariat, la protection sociale, la santé publique, les retraites par répartition seraient aujourd’hui dépassées. Il serait selon eux vain et réactionnaire de vouloir « faire tourner à l'envers la roue de l'histoire », plutôt que d’inventer les moyens de s’adapter au mouvement impétueux du progrès technologique » (Le grand bluff de la robotisation- A l’Encontre-2016). Il cite Ernest Mandel qui beaucoup plus tôt expliquait déjà : « L'automation générale dans la grande industrie est impossible en régime capitaliste ».

Donc si par pure hypothèse l’emploi disparaissait à cause de l’automatisation, il n’y aurait plus d’accumulation de richesse possible pour garantir par exemple un projet de revenu universel durable en régime capitaliste, ni d’ailleurs de capital. Le capitalisme ne peut absolument pas se passer du travail humain qu’il emploie à son service, quelle que soit sa forme juridique. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 60% de la main d’œuvre dans le monde travaille sous une forme juridique informelle, sans aucun droit social ni aucune protection.

Le but est donc d’arracher le pouvoir donné par l’accumulation de richesse au capitalisme, et de faire en sorte que le travail humain, où qu’il soit (entreprises ou plates-formes) soit libéré de toute domination et exploitation. Les possesseurs de capitaux servent à soumettre des millions de personnes à leurs décisions, imposant misères, épuisements et aussi consumérisme : leurs agents (P-DG, etc.) « planifient » en jouant des différences du monde globalisé : au sens strict ils donnent l’illusion de « pouvoir » mais ils ne produisent rien. Ils entretiennent leur pouvoir en donnant l’illusion qu’ils font des investissements utiles, au prix d’inégalités sociales structurelles et au prix de la destruction des conditions de vie sur la planète. Il leur est d’ailleurs impossible de faire autrement. Seule l’activité humaine libre est émancipatrice.

La pauvreté est … le résultat de la richesse

L’économie capitaliste fonctionne par le paiement d’employé-es à son service (sous diverses formes juridiques), en tentant continuellement de baisser les droits collectifs (exemple : retraite à point à la place de la retraite socialisée), et de mettre ses « employé-es » en concurrence : statuts, âge, genre, sans-papiers, travailleurs détachés...

Mais le système étant constamment en déséquilibre économique, il rejette périodiquement des masses de personnes en dehors de son fonctionnement « normal ». Ces personnes sont « de trop » pour le capitalisme. Elles sont appelées « surnuméraires », « inemployables », « exclus » ou tout simplement au chômage. Le chômage est consubstantiel au capitalisme développé. Pour qu’il y ait chômage, historiquement et socialement, il faut qu’il y ait un grand nombre de personnes contraintes à passer tout leur temps d’activité à être « employées » dans l’économie capitaliste. Avant que ne soit le cas, beaucoup de personnes alternaient le travail à l’usine et dans les champs, selon les saisons, dans le courant du 19ème siècle dans les régions françaises. Les capitalistes usaient d’une « armée de réserve » mobilisable à certaines saisons (faire des voies ferrées ou le terrassement du métro parisien quand le travail des champs est plus réduit…). Cela n’a plus été possible à un moment donné, il y eut divers types de « surnuméraires » et d’ « d’armées de réserve », et le chômage est né des soubresauts des crises et du souci patronal de stabiliser certaines couches de salarié.e.s.

En fait il y a tendanciellement deux catégories de personnes désignées « en trop » :
- celles qui sont encore « employables » pour peu qu’elles fassent la preuve qu’elles font des efforts pour s’adapter aux « emplois » estimés rentables pour le système : adaptabilité, compétence, disponibilité, pénibilité, petits salaires, petits boulots, temps partiel, précarité, etc. Les politiques européennes ont mis en œuvre des dispositifs de comparaisons vertueuses (benchmarking) entre pays pour qu’ils adaptent leur « marché de l’emploi » aux impératifs constamment changeant du néolibéralisme.  Paradoxalement, le maître mot néolibéral est souvent « développer l’emploi », ce qui signifie : adapter la main d’œuvre au capital pour produire de la richesse (productivité). C’est « l’armée de réserve » du système (selon l’expression de Marx).
- et celles qui sont définitivement hors-jeu, soit parce que trop nombreuses, soit qu’elles sont trop éloignées des normes de productivité exigées. Dans ce cas, ces personnes sont inutiles pour le système. Elles tombent dans la case sociale de la pauvreté structurelle. Le capital dit à l’Etat : « Occupez-vous-en, nous on ne paye pas ». Historiquement, il y a eu les « maisons de pauvreté » (Workhouse en Grande Bretagne : maisons de travail pour les pauvres). Elles hébergeaient les surplus de main d’œuvre inutiles au capital, dans des conditions misérables. La société distribue quelques revenus mais sous condition d’un travail contraint et indigne. On le voit aujourd’hui dans la mise sous condition du RSA, ou du futur Revenu universel d’activité (RUA) préparé par Macron par fusion envisagée des minima sociaux. Pour mieux dominer, la classe dirigeante divise et hiérarchise les salarié.e.s. Le rejet des « inemployables » sert à mettre une pression sociale énorme sur toutes les catégories : le « bas de l’échelle » fait peur et conforte la passivité voulue pour l’exploitation. Nous avons besoin de buts communs afin que cette mise en concurrence de statuts et de prestiges ne détruise pas les réponses de classe.

Or c’est bien à cela que nous assistons depuis l’irruption de la mondialisation néolibérale du capitalisme dans le dernier tiers du 20ème siècle. Pendant que le néolibéralisme a permis une accélération très forte des inégalités d’accumulations de richesses et de patrimoines pendant des décennies, à l’autre bout de la chaîne, les salarié-es ont vu leur part s’amoindrir dans la richesse produite et les « exclus » sont tombés dans la pauvreté, hors du salariat.  

En France, la lutte contre la « pauvreté » a certes été portée depuis les années 1980 par des associations militantes indignées du dénuement d’un flot grandissant de chômeurs-euses dont les droits ont été supprimés. L’assurance-chômage ne s’en occupait plus. Le patronat menace de se retirer de l’UNEDIC en 1982-83 en expliquant qu’il refuse de payer plus de cotisations. Le gouvernement Bérégovoy cède. C’est à partir de ces années que le système des droits des chômeurs a été scindé en deux : les indemnisations pour les « employables » pas trop éloignés du marché du travail, et une allocation de « solidarité » pour les autres (trop âgés, ou trop loin de l’économie productive), payée par l’Etat. Et c’est en 1988-89 qu’est né un outil de gestion publique de la pauvreté : le Revenu minimum d’insertion (RMI). C’est une allocation pour les « pauvres » et donc une « pauvre » allocation. En effet, on estime alors qu’un demi-SMIC environ est une ressource normale pour les plus éloignés de l’emploi. Il se créée deux sortes de « minimum » : le SMIC et le RMI (et bien sûr tout est fait ensuite pour interroger le SMIC trop élevé et le remettre en cause à petit feu !). Le débat sur les « minima sociaux » est devenu un débat public, à la place du débat sur le salaire et les qualifications. Plus les années ont passé, plus il est devenu tabou de parler salaire. Comme toujours, l’Etat a donné l’exemple en refusant d’augmenter (« désindexation », avec Delors) l’indice des salaires dans la fonction publique. Le salaire a été ringardisé. On a fait croire que cela venait du salariat lui-même, devenu obsolète à cause des restructurations industrielles incessantes (sidérurgie, automobile…) ou des progrès technologiques qui allaient tout bouleverser (les robots).

Libérer le travail, se libérer du travail dominé

Le néolibéralisme attaque le salariat et le travail sur deux fronts : le sens du travail et sa valeur reconnue.

Le management néolibéral détruit les métiers et le travail par des prescriptions absurdes (appelées « objectifs », reporting individuel, notations, entretiens, évaluations, intimidations, injonction de « culture » d’entreprise…) tout en faisant miroiter l’autonomie personnelle dans la manière de les atteindre. Dès lors surgit ce qui a été nommé « la souffrance », des conflits éthiques ou moraux sur la manière de travailler, sur le rapport aux autres, pouvant aboutir ultimement aux suicides. Le travail dénué de sens (ou indigne) finit par détruire aussi le sens de la vie, à la foi sur le plan personnel (car le travail structure la vie psychique) et sur le plan collectif : crise de la démocratie, irruption du cynisme, demande d’ordre, racisme.

Mais la crise du travail concret (de sa valeur éthique) est aussi intrinsèquement liée à la crise du travail-valeur (valeur économique). Plus le salaire est dévalorisé, nié, plus la portée émancipatrice du salaire comme part de valeur économique produite collectivement est remplacée par la récompense venant de la réussite individuelle : primes convoitées, achats d’actions, intéressement, assurances privées à la place de sécurité sociale. Et tant pis pour les perdants !

Il convient donc d’agir sur les deux fronts :

- démocratiser et autogérer le travail, le libérer des tutelles hiérarchiques, de la subordination : conquérir le droit de délibérer du travail, des règles collectives, des techniques utilisées, de protéger la santé, de définir des postes nouveaux, avec réduction du temps de travail et libération de temps libre, etc. Avec pour horizon de discuter d’une appropriation de l’usage des entreprises comme « commun » institué (sans propriété privée). Débattre de ce qu’elles produisent, pour quelle finalité, en lien avec une économie décarbonée et une société respectueuse de finalités humaines délibérées à tous les échelons pertinents.

- affirmer un droit au salaire dès l’âge de la majorité (les études et la formation sont un travail), socialiser le salaire comme appropriation collective de la richesse économique créée en commun (valeur ajoutée). Une part va aux ressources personnelles et une autre à la sécurité sociale élargie : santé, retraites, accidents, maternité, logements, formation pour les changements de production et de qualification nécessaires. Ainsi le salaire est assuré à vie.

Agir sur deux fronts, c’est d’ailleurs ce que des réflexions et pratiques syndicales trop peu connues ont commencé à faire. Du côté de la socialisation des revenus-salaires avec les propositions déjà anciennes de la CGT, de l’Union syndicale Solidaires et de la FSU, autour de la sécurité sociale professionnelle financée par une caisse des salaires, ou des cotisations sociales fortement revalorisées (contre la logique dominante de l’exonération). Cela débouche sur un renforcement du statut des travailleur-euses, au sens de garanties allant à l’encontre du marché concurrentiel de l’emploi en matière de progression salariale, de qualifications, de droits sociaux attachés aux personnes et non pas aux postes occupés. Ce qui correspond au système du statut de la fonction publique, ce qui ne signifie pas en faire un modèle intangible.

Mais les mêmes syndicats ont également commencé une réflexion sur le deuxième front : la critique du travail tel qu’il est soumis aux injonctions destructives du capitalisme néolibéral. Une pratique nouvelle du syndicalisme interroge le travail concret, à travers les « enquêtes-action », la recherche d’une élaboration plus démocratique des « revendications », la convergence avec les recherches universitaires. Des formes associatives se mettent en place entre syndicats, chercheurs-euses, associations, expériences de démocratie au travail visant des alternatives à la subordination.

Sécurité sociale universelle ou revenu universel ?

Il y a différentes acceptions du revenu universel :

* Si c’est une redistribution par les finances publiques, et donc par les impôts d’une majorité de la population travailleuse (quels que soit son statut juridique d’emploi : par les impôts directs et indirects), alors ce sont les titulaires de ce revenu qui en dernière analyse se le payent indirectement. Il s’agit d’une redistribution ou péréquation avec des ressources provenant des travailleurs-euses. Si aucune réforme radicale de la fiscalité n’est engagée, il n’y a quasiment aucune part (ou alors modeste) de la richesse globale née du travail général de la société qui est structurellement affectée à ce droit. C’est ce qui explique que des forces pro-libérales (ou de droite) envisagent cette réforme, car selon son mode de financement, elle les exonère d’une partie de la sécurité sociale par les cotisations prélevée directement sur la valeur créée. Par exemple les allocations de chômage et aussi tout ce qui est attribué aux minimas sociaux.

* Si par contre une réforme radicale de la fiscalité est engagée, s’attaquant aux plus riches, ou même prélevant les ressources à la racine même de la valeur (dès la production de celle-ci), alors n’est-il pas plus simple et plus clair de prélever directement cette part de la richesse sans passer par le détour fiscal ? C’est plus simple et plus clair pour une raison simple et claire : cela existe déjà. Il s’agit en effet d’une affectation directe de la valeur sous forme de cotisation sociale, ce qui équivaut à un pourcentage de la valeur ajoutée. Bien entendu, une réforme fiscale avec une progressivité très accrue des prélèvements est de toute manière nécessaire, ne serait-ce que pour assurer le progrès d’indemnités existantes tels que le RSA (au moins vers le « seuil de pauvreté » aujourd’hui très éloigné du montant du RSA), et qui vont subsister malgré leur ambiguïté.

Il faut donc lever une équivoque. Le salaire existe déjà, le salaire socialisé aussi, même s’il se réduit sous les attaques néolibérales. Il s’agit donc de le conforter pour qu’il soit garanti à vie, dans la perspective d’une sécurité sociale universelle. L’extension de la sécurité sociale au maintien du salaire quels que soient les aléas économiques des entreprises, ou en cas de reconversion de productions contraires à une économie décarbonée (automobiles, camions) remplirait le même but que certains veulent voir au revenu universel dans une perspective progressiste. Cela implique des hausses de cotisations pour garantir par exemple que dans une crise telle que celle du COVID-19, les salaires soient intégralement versés, au lieu de 84% en indemnités d’activité partielle remboursée aux entreprises. Le paiement d’un tiers de ce cette activité partielle par l’UNEDIC montre la voie à suivre : augmenter les cotisations.

Pourrait-on appeler cette garantie un « revenu universel » ? Peut-être, si l’enjeu n’a pas d’autre raison qu’une simple rénovation du vocabulaire. Ce qui reste à démontrer en discutant sérieusement de l’origine de la richesse ainsi distribuée. Il n’y en a pas d’autre que le travail de la société : approprié par les entrepreneurs capitalistes ou par le collectif de création par le travail ?  Tel est l’enjeu.

Quelles mesures précises défendre ?

Elles sont de deux sortes : faire face aux urgences, assurer une transition vers une sécurité forte du travail.

1- Urgences : Un minimum garanti doit être assuré : personne ne devrait être en dessous du seuil de pauvreté légal. Ce minimum garanti doit faire sens à la fois pour les salaires et pour les autres revenus connus et déclarés. Il peut être fixé à 1250 euros, soit un relèvement du seuil actuel de pauvreté proportionnellement autant que le SMIC.

Le calcul sur le « seuil de pauvreté » peut servir de référence. Aujourd’hui, toute personne appartenant à un ménage dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian est considéré comme pauvre (le niveau de vie monétaire s’évalue en comptabilisant les revenus, en déduisant les impôts et en ajoutant les prestations sociales). Soit 1041€.

Notre but est de réduire l’inégalité en rapprochant les plus pauvres de la moyenne et en évitant la poursuite du décochage entre ceux-ci et le reste des salarié.e.s (rapport RSA/smic par exemple).     

                                                                                                                              
Le salaire médian (50% des salaires au-dessus ou au-dessous de ce chiffre) est de 1800€ (le revenu moyen est de 2400€).  D’où la proposition : le revenu minimum doit être au-dessus du seuil de pauvreté, parce que nous avons pour but de faire cesser l’inégalité subie par quelques millions de personnes. Cette somme (1250 euros) correspondrait à 75 % d’un SMIC net revalorisé de 400€.                                                                                                                                                       
1250€, ce n’est pas beaucoup mais cela double les « revenus » les plus bas (allocations dont chômage pour les précaires et les temps partiels, RSA, ASS et autres minimas sociaux). 

Mais si le SMIC augmente de 400 euros, cela devrait être suivi d’une augmentation immédiate du RSA du même montant, étape vers le seuil de pauvreté.
Par ailleurs, le RSA doit être un droit personnel, et ouvert aussi de 18 à 25 ans.
* Mettre en place l’égalité salariale femmes/hommes immédiatement. Avec des mesures coercitives et de suivi régulier. L’écart moyen des salaires dépasse 25%. 80% des personnes au SMIC sont des femmes. 80% des temps partiels sont des femmes. Elles cumulent donc précarité et bas salaires. Près de 60% des entreprises n’ont entamé aucun plan d’action pour remédier à la situation, qui renvoie à une inégalité sociale structurelle : pas d’accès aux meilleures qualifications ou qualifications réelles non reconnues (exemple : la santé), métiers « réservés » avec des branches professionnelles hyper masculines ou hyper féminines, plafond de verre très difficilement franchissable pour l’accès aux responsabilités.

* Instaurer un plafond de revenu :
Avec une pyramide qui englobe 95% des salariés, si elle va d’une fois le SMIC à 4 fois ce seuil, les discussions concernent du bas de l’échelle salariale au salaire d’ingénieurs.

Changeons : le SMIC net doit augmenter de 400€ et se trouver à 1800€ et les autres salaires doivent être revus à la hausse.  95% des salariés, dans ce cas seraient dans un éventail de 1 à 4 : 1250 x 4 = 5000/mois ; 60.000 dans l’année !                
Cela suppose des discussions entre salarié.e.s et organisations syndicales … Il faut ouvrir un débat public sur l’utilité sociale des diverses professions pour établir un rapport de forces dans les secteurs à bas salaires et aux emplois dévalorisés. Il faudra que le mouvement syndical puisse organiser ces larges discussions, en faisant reconnaître aux patronats la légitimité de la présence syndicale, dans toutes les entreprises, toutes les branches. Souvenons-nous que près de 50% des branches, spécialement celles où travaillent beaucoup de femmes ont des minimas de branche au-dessous du SMIC. Souvenons-nous de l’utilisation de sous-traitances de sous-traitants, y compris par l’Etat. Y compris dans les maquis de l’aide à domicile… Beaucoup de choses sont et seront à corriger.

* Et les salaires au-dessus de ce « plafond » de 4 fois le SMIC ?                                                                          

Avec ces situations, 5 % environ du salariat, il s’agit, la plupart du temps de fonctions spéciales, responsabilités, technicité. Il s’agit donc de situations qui doivent être connues et justifiées, publiquement, sous le contrôle des travailleurs/euses et des organisations syndicales. Aujourd’hui, la fixation de ces hauts revenus « salariaux » est une prérogative exclusive des directions d’entreprise.  
Les cas discutés publiquement limiteront les arbitraires. De plus, les avantages monétaires devront s’accompagner de l’interdiction des avantages "boursiers", et être soumis à cotisations sociales y compris au-dessous de ce plafond.

* Des gratuités à construire
Au- delà des augmentations de salaires il faut des exigences sur le blocage des loyers et lutter contre les logements vides et la spéculation ; il faut augmenter le champ de la gratuité sur les besoins essentiels : supprimer les parts fixes des abonnements de fluides : eau, gaz, électricité, et instaurer une tarification progressive ; des transports gratuits, sans oublier le droit à la santé, l’éducation, la culture et la justice.

Il faut donc un lien entre un « bloc social » et un contrôle démocratique sur l’épargne des diverses couches riches de la population.

2- Pour une extension de la Sécurité sociale :

La Sécurité sociale n’est pas une simple redistribution plus juste de la richesse, comme les allocations publiques à base fiscale. C’est une affectation directe ou une appropriation à la source de cette richesse, laquelle est produite par toutes les formes juridiques du travail social. La part du PIB consacrée à la santé, à la retraite, etc. représente un droit social conquis sur la valeur ajoutée.  Ainsi le monde du travail socialise la valeur produite et construit un système de valeur antagonique à celui du capital : pour le commun, pour les droits humains, l’égalité femmes/hommes, pour la liberté.
Ce déjà là émancipateur doit se généraliser, ce qui impliquera une lutte sociale et politique d’ampleur, pour : 
* Conforter d’abord ce droit : augmentation des cotisations sociales, lutte contre la subordination du travail, autogestion démocratique des entreprises chaque fois que possible (SCOP, reprises d’entreprises). La CSG doit disparaître au profit de cotisations sociales.

* Etendre ce droit, et notamment par une sécurité sociale du travail permettant le droit au salaire dès 18 ans et le maintien inconditionnel du salaire quels que soient les aléas économiques, et en particulier pour reconvertir l’industrie. Le « modèle » est celui des intermittents du spectacle : payés même quand ils et elles ne sont pas en « contrat ». 

* Réforme fiscale et extension de la Sécurité sociale doivent aller de pair :
- Le RSA doit être maintenu, mais transformé pour atteindre le seuil de pauvreté dans le cadre d’une assurance-chômage totalement bouleversée, à base de cotisations.
- Les ressources fiscales doivent abonder la caisse chômage.
- La caisse chômage doit être rattachée au régime général de la Sécurité sociale.
- Le régime général doit être autogéré avec des élections sociales rétablies.

Jean Claude Mamet

Des chiffres (Contribution de Pierre Cours-Salies, Etienne Adam, Rémi Thouly)

Quelques données, pour parler d’égalité réellement, sur le plan matériel, qui joue plus qu’on ne le pense sur nos façon de discuter.
En moyenne, -en sachant qu’on devient rarement propriétaire avant 30 ans- :                                       
*  les 10 % les plus fortunés possèdent 48% de l’ensemble du patrimoine. Ces 10% possèdent 700 fois plus que les 10% les moins fortunés ;
*  la moitié de la population (50%) se partage 8% du patrimoine. Ce n’est pas sans raison qu’on peut dire que la retraite, est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.                                                                                                 
Quelques précisions :
* le 1%, les plus hauts, possèdent à eux seuls 17% ;                                                                                                        
*  les 10 % les plus riches possèdent près de la moitié du patrimoine.
En fait …
* les 30% les plus riches de la population possèdent 70% du patrimoine ;                                                                                                  * 70% de la population se partagent 25% du patrimoine ;                                                                                                   
* et la moitié de la population (50%) se partage 8% du patrimoine.                                                                                                   
* Parmi les 10% les plus fortuné.e.s, précisons la hiérarchie : l’écart est de 600.000 à 1.900.000€, entre la moyenne de ces 10% et le 1% le plus haut.                                                                                              
Ici, on est loin d’une pyramide : le haut ressemble à la pointe d’une longue épingle.                        
Malgré les jalousies entre eux, ils sont d’accord pour condamner les « assisté.e.s » qui gagnent 1.000 fois moins que les plus « pauvres » d’entre eux.
La part des revenus détenus par le 1 % des Français les plus riches est passée de 7 % en 1983 à 11 % en 2014, et 18 % en 2018, en comptant le patrimoine net, c'est-à-dire la richesse déduite de l'endettement (Les Echos, 19 déc. 2019).

Type: 
Article

Travail, revenus, salaires : pour une sécurité sociale universelle ! 

Alors que l’économie s’est arrêtée brusquement avec l’épidémie COVID 19, la question posée à des millions de personnes et à des familles a été immédiate : de quoi allons-nous vivre ? Dans cette situation, les débats sur le « revenu universel », le SMIC et le RSA, le « seuil de pauvreté », le « salaire à vie », reviennent au premier plan.

Beaucoup de personnes ont été plongées dans la pauvreté, avec un rationnement des dépenses parfois les plus essentielles. La faim a fait sa réapparition. Avec la fermeture des cantines scolaires, les parents avaient des difficultés à assurer des repas corrects et des enfants ont été mal nourris. Des personnes âgées isolées ne pouvaient pas sortir et risquaient une mise à l’écart de la société. Les jeunes ont été contraints à une dépendance matérielle accrue envers le cadre familial.

Cependant, un effondrement complet des moyens de vivre a été évité par la combinaison de droits sociaux existant, automatiquement actionnés ou mis en œuvre. Ces droits sont le résultat de conquis sociaux depuis longtemps, arrachés au système capitaliste. Mais certains d’entre eux sont fragiles, conditionnés, soumis à des critères d’âge ou familiaux, ou sont tout simplement supprimés quand l’activité s’arrête. Il n’y a donc pas de droit garanti inconditionnel, malgré le préambule de la Constitution, qui proclame « le droit à des moyens convenables d’existence », lui-même issu de la Révolution française.

Quels sont ces droits ?

Certains sont à base de salaire et d’autres à base d’allocations publiques :

* Les retraité-es ont bien sûr continué à toucher leurs pensions, souvent liées à leur salaire d’activité.

* Près de 10 millions de salarié-es ont perçu une allocation de « chômage partiel » (84% du salaire net, 100% pour les smicards). Mais qui a payé cela ? Pas les patrons, qui ont été remboursés à 100% de l’avance de salaire. C’est donc l’Etat pour 67% de la dépense et l’Unedic pour 33%. Les patrons, grands ou petits, n’ont donc rien payé. Certains ont d’ailleurs déclaré au chômage partiel des personnes précaires, mais obligées de travailler par crainte d’être licenciées. Un vol pur et simple de plusieurs milliards d’euros.

* Les chômeurs et chômeuses ont vu leurs droits (souvent très faibles) prolongés pendant la période. Le véritable coup de bambou contre les droits des chômeurs que représentait la nouvelle « réforme » de l’assurance-chômage (qui devait débuter le 1er avril) a été évité provisoirement, puisqu’elle a été repoussée en septembre 2020 : plus d’un million de sans emplois verraient leurs droits diminuer en moyenne de plus de 20%. Une attaque brutale sans précédent.

* Les intérimaires (qui ne sont pas dans le régime général de l’Unedic, mais dans une annexe) qui ont des contrats de moins d’un mois n’ont pas droit au chômage partiel. Ce qui occasionne des baisses de revenus entre 40 à 60% selon la CGT intérim. De même, les « saisonniers » ont vu leur travail stoppé net avec le confinement, sans pouvoir accéder au chômage (le minimum d’heures annuel pour l’accès aux droits n’étant pas atteint). Les personnes travaillant dans « l’évènementiel » (cérémonies, fêtes…) se sont vues privées de toute rémunération, du jour au lendemain.
* Celles et ceux qui ne peuvent pas ou plus bénéficier des allocations-chômage et qui ne touchaient que le Revenu de solidarité active (RSA) ou l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) ont continué à les percevoir, mais leur niveau est très faible (autour de 550 euros, moins encore pour l’ASS), bien en-dessous du « seuil de pauvreté » officiellement établi à 60% du salaire médian. Soit 1041 euros.

* Mais les jeunes de moins de 25 ans (sauf exceptions) n’ont pas droit au RSA. Les étudiant-es se sont souvent retrouvés en grande détresse pendant le confinement. Toutes celles et ceux qui ne vivent que de petits boulots précaires très mal payés, ou pour quelques heures, n’ont tout simplement rien touché, car ces travaux-là ont fermé. Et la majorité des « petites mains » qui permettent à la société de tourner quand même sont des femmes : aides à domicile, EPHAD, alimentation, magasins…
Le confinement et l’arrêt de l’économie ont donc amoindri ou stoppé les ressources pour des millions de personnes. Des droits sociaux continuent à fonctionner-heureusement-mais il n’y a pas de droit général et universel au maintien (ou à l’accès à) des ressources et notamment des salaires.

On le voit : il y a deux séries de mesures à prendre. Des mesures d’urgence pour assurer immédiatement la continuité des moyens de vivre. Et des mesures structurelles pour assurer à long terme, de manière automatique et inconditionnelle, une sécurité des ressources.

C’est la raison pour laquelle la demande d’un « revenu universel » a repris de la vigueur dans le débat public. Cette proposition existe depuis longtemps. Défendue pendant la campagne présidentielle de 2017 par B. Hamon, elle est un marqueur fort de Générations.s et de EELV. Discutons-en.

Notre réponse : universaliser la Sécurité sociale. Pourquoi et comment ? 

Pour beaucoup de jeunes condamnés à vivre sans ressource ou à l’aide d’expédients, alors qu’ils font leurs études, ou sont en recherche d’emploi stable, le revenu universel semble une planche de salut. En effet, le droit au salaire leur est refusé. Être en formation n’est pas considéré comme un travail donnant droit à un présalaire. Ces jeunes sont donc contraints de se salarier dans une grande précarité (McDonald’s, etc.) ou de s’affilier à la plate-forme Déliveroo. Pourquoi ne pas avoir droit au moins au RSA, puisque son ancêtre le Revenu minimum d’insertion ou RMI était justifié dans la loi (1988-89) et la Constitution par le « droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence » ?

Quant aux jeunes sortis des études, ils et elles sont obligé-es, souvent jusque vers 27 ou 28 ans, à démontrer leur « employabilité » avant d’accéder à un travail réellement payé.

Certains jeunes estiment aussi (à juste titre) que le travail salarié subordonné (selon le modèle parental observé) n’est pas attractif en raison des conditions de plus en plus inhumaines exigées par le management néolibéral : toujours plus de productivité, avec des contrôles personnalisés, des primes humiliantes. Et qui plus est nullement protégé mais continuellement menacé (délocalisations, restructurations, licenciements). Comment oublierions-nous que ces situations ont été imposées par une trentaine d’années par le patronat et les ‘services sociaux’ du Ministère. Préférez-vous l’intérim et le chômage où un travail personnel pour lequel des aides sont prévues ? Alors ils choisissent l’auto-entreprenariat en lui conférant une espérance de liberté que n’aurait plus le salariat. Ils préfèrent se soumettre aux plates-formes numériques à distance (Uber, Deliveroo…) en pensant échapper aux normes du salariat hiérarchiquement codifié. Mais ils constatent très vite que leurs revenus sont aléatoires (ainsi Deliveroo ne cesse de modifier vers le bas ses tarifs de courses). Alors un « revenu universel » peut apparaitre comme une avancée, avec un plancher de revenu garanti.

Plus généralement, dans une situation où le salariat est de moins en moins une sécurité, ou n’offre que peu d’horizon émancipateur dans le travail effectué, certains estiment qu’un revenu minimum d’existence permet une garantie de ressources pour voir l’avenir : créer une activité valorisante, s’investir dans un travail « utile » même à temps partiel, avoir le moyen de se former, etc.

C’est d’autant plus vrai que la Sécurité sociale généralisée en 1945-46 n’a pas compris la sécurité professionnelle dans le travail, notamment le maintien du salaire. La question était envisagée (programme du CNR), mais elle a été écartée, pour des raisons non discutées politiquement. La Sécurité sociale maintient les ressources salariales lorsqu’on est en maladie, en maternité, et même en retraite, mais ne le prévoit pas vraiment avant 1958 (création de l’assurance-chômage) en cas de chômage, licenciement, reconversion d’usines ou de productions. Il existe maintenant des ébauches fragiles de droits dans cette direction, comme l’indemnisation du chômage partiel, ou les contrats de transition en cas de restructuration économique graves. L’assurance-chômage (UNEDIC) en était le parent pauvre, mise en place en 1958, avec une gestion paritaire, hors de la logique de la Sécurité sociale, gérée par une majorité de syndicalistes jusqu’à 1967. Mais à partir de 1982, elle n’a pas cessé de régresser. Les arguments qui ont présidé à la naissance du RMI en 1989 sont assez semblables à ceux qui défendent une version néolibérale du revenu universel : on donne un plancher de ressources, de plus en plus au conditionnel, et en exerçant une pression pour décrédibiliser la Sécurité sociale (voir le scandale de la réforme de l’assurance-chômage en cours).

Pour toutes sortes de raisons donc, la perspective d’un revenu universel de base conséquent peut être perçue comme un droit nouveau à défendre. D’autant plus que la conviction existe que la société est assez riche pour le garantir. Il suffit d’observer les inégalités de richesses, les très hauts salaires des uns, les paradis fiscaux des multinationales, les scandales financiers fréquents.

D’où viennent les richesses ?

Les richesses ostentatoires de certains, les grandes fortunes des autres, ou les petits jeux consacrés par les magnats de la finance mondiale à leurs placements, ou encore les moyens énormes des multinationales (Total, Sanofi, LMVH, Google, Amazon…) déployés pour dominer la planète, ne viennent pourtant que du travail effectué par des milliards de personnes mises au service du système. Et cela par la contrainte. Que ce travail soit salarié dans des usines, ou réalisé par les prescriptions des plates-formes numériques (Uber), ou même par des milliards de petits « clics » rémunérés sur des claviers d’ordinateurs effectués (quand vous en avez envie) pour Google, il y a toujours un donneur d’ordre qui a un pouvoir de domination sur ce travail humain grâce à son capital investi. Et il l’investit pour faire grossir son capital de départ. Cette machine sociale ne s’arrête pas et elle se réinvente sans cesse. Sauf si les personnes qu’elle domine décident que cela suffit, et s’arrêtent de travailler (grèves, luttes sociales). Ou plus encore en se mobilisant pour changer la société de fond en comble (émancipation collective, révolution) …

Certains défendent le « revenu universel » en prédisant que le travail « classique » va disparaitre (remplacé par des machines), et que donc le salariat va disparaitre aussi. Mais d’une part le travail peut être dominé et rapporter gros sans passer par le système juridique du salariat. C’est la domination économique qui permet l’accumulation de richesses d’un côté et la tendance au dénuement d’un autre côté. Le contrat de travail n’est qu’une technique juridique, certes dominante et ancienne (et positive lorsqu’elle s’accompagne de droits dans le Code du travail), mais qui peut être contournée, avec tout autant d’assujettissement.

Par ailleurs, en régime capitaliste, les machines ne produisent aucune richesse si elles ne sont pas actionnées. Autrefois elles l’étaient manuellement, bien plus qu’aujourd’hui. Mais on a vu pendant l’épidémie du COVID-19 que des millions de « petites mains » rendues invisibles dans la société des machines sont en réalité indispensables. Sans elles, rien ne marcherait. Mais même les machines doivent être surveillées, réparées, alimentées, et d’abord conçues. Pour contourner des luttes de classe, le patronat innove en machines permettant de mieux tirer du profit de salarié.e.s revendicatifs… Les innovations des années 1960 dégagent une capacité de production souvent dix ou douze fois supérieure, avec moins de salarié.e.s.  C’est une totale illusion de croire que la société capitaliste pourrait n’être bientôt qu’une accumulation de machines automatiques qui produiraient de la richesse sans intervention humaine. Certes les robots suppriment des postes (et parfois c’est tant mieux ; par exemple, peindre des voitures est dangereux chimiquement, il vaut mieux que des robots le fassent, même si la voiture doit être mise en cause en elle-même). Mais ils en créent ailleurs (produire les robots) et le mécanisme social s’entretient indéfiniment, quitte à licencier massivement à un endroit pour embaucher à moindre coût ailleurs, soit dans le monde, soit en France dans les régions choisies pour leur attractivité (avec les autoroutes nécessaires pour les camions, payées par la collectivité).

Comme l’explique l’économiste Michel Husson : « …il faudra montrer comment la fascination technologique…sert à diffuser une nouvelle idéologie selon laquelle l’emploi, le salariat, la protection sociale, la santé publique, les retraites par répartition seraient aujourd’hui dépassées. Il serait selon eux vain et réactionnaire de vouloir « faire tourner à l'envers la roue de l'histoire », plutôt que d’inventer les moyens de s’adapter au mouvement impétueux du progrès technologique » (Le grand bluff de la robotisation- A l’Encontre-2016). Il cite Ernest Mandel qui beaucoup plus tôt expliquait déjà : « L'automation générale dans la grande industrie est impossible en régime capitaliste ».

Donc si par pure hypothèse l’emploi disparaissait à cause de l’automatisation, il n’y aurait plus d’accumulation de richesse possible pour garantir par exemple un projet de revenu universel durable en régime capitaliste, ni d’ailleurs de capital. Le capitalisme ne peut absolument pas se passer du travail humain qu’il emploie à son service, quelle que soit sa forme juridique. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), 60% de la main d’œuvre dans le monde travaille sous une forme juridique informelle, sans aucun droit social ni aucune protection.

Le but est donc d’arracher le pouvoir donné par l’accumulation de richesse au capitalisme, et de faire en sorte que le travail humain, où qu’il soit (entreprises ou plates-formes) soit libéré de toute domination et exploitation. Les possesseurs de capitaux servent à soumettre des millions de personnes à leurs décisions, imposant misères, épuisements et aussi consumérisme : leurs agents (P-DG, etc.) « planifient » en jouant des différences du monde globalisé : au sens strict ils donnent l’illusion de « pouvoir » mais ils ne produisent rien. Ils entretiennent leur pouvoir en donnant l’illusion qu’ils font des investissements utiles, au prix d’inégalités sociales structurelles et au prix de la destruction des conditions de vie sur la planète. Il leur est d’ailleurs impossible de faire autrement. Seule l’activité humaine libre est émancipatrice.

La pauvreté est … le résultat de la richesse

L’économie capitaliste fonctionne par le paiement d’employé-es à son service (sous diverses formes juridiques), en tentant continuellement de baisser les droits collectifs (exemple : retraite à point à la place de la retraite socialisée), et de mettre ses « employé-es » en concurrence : statuts, âge, genre, sans-papiers, travailleurs détachés...

Mais le système étant constamment en déséquilibre économique, il rejette périodiquement des masses de personnes en dehors de son fonctionnement « normal ». Ces personnes sont « de trop » pour le capitalisme. Elles sont appelées « surnuméraires », « inemployables », « exclus » ou tout simplement au chômage. Le chômage est consubstantiel au capitalisme développé. Pour qu’il y ait chômage, historiquement et socialement, il faut qu’il y ait un grand nombre de personnes contraintes à passer tout leur temps d’activité à être « employées » dans l’économie capitaliste. Avant que ne soit le cas, beaucoup de personnes alternaient le travail à l’usine et dans les champs, selon les saisons, dans le courant du 19ème siècle dans les régions françaises. Les capitalistes usaient d’une « armée de réserve » mobilisable à certaines saisons (faire des voies ferrées ou le terrassement du métro parisien quand le travail des champs est plus réduit…). Cela n’a plus été possible à un moment donné, il y eut divers types de « surnuméraires » et d’ « d’armées de réserve », et le chômage est né des soubresauts des crises et du souci patronal de stabiliser certaines couches de salarié.e.s.

En fait il y a tendanciellement deux catégories de personnes désignées « en trop » :
- celles qui sont encore « employables » pour peu qu’elles fassent la preuve qu’elles font des efforts pour s’adapter aux « emplois » estimés rentables pour le système : adaptabilité, compétence, disponibilité, pénibilité, petits salaires, petits boulots, temps partiel, précarité, etc. Les politiques européennes ont mis en œuvre des dispositifs de comparaisons vertueuses (benchmarking) entre pays pour qu’ils adaptent leur « marché de l’emploi » aux impératifs constamment changeant du néolibéralisme.  Paradoxalement, le maître mot néolibéral est souvent « développer l’emploi », ce qui signifie : adapter la main d’œuvre au capital pour produire de la richesse (productivité). C’est « l’armée de réserve » du système (selon l’expression de Marx).
- et celles qui sont définitivement hors-jeu, soit parce que trop nombreuses, soit qu’elles sont trop éloignées des normes de productivité exigées. Dans ce cas, ces personnes sont inutiles pour le système. Elles tombent dans la case sociale de la pauvreté structurelle. Le capital dit à l’Etat : « Occupez-vous-en, nous on ne paye pas ». Historiquement, il y a eu les « maisons de pauvreté » (Workhouse en Grande Bretagne : maisons de travail pour les pauvres). Elles hébergeaient les surplus de main d’œuvre inutiles au capital, dans des conditions misérables. La société distribue quelques revenus mais sous condition d’un travail contraint et indigne. On le voit aujourd’hui dans la mise sous condition du RSA, ou du futur Revenu universel d’activité (RUA) préparé par Macron par fusion envisagée des minima sociaux. Pour mieux dominer, la classe dirigeante divise et hiérarchise les salarié.e.s. Le rejet des « inemployables » sert à mettre une pression sociale énorme sur toutes les catégories : le « bas de l’échelle » fait peur et conforte la passivité voulue pour l’exploitation. Nous avons besoin de buts communs afin que cette mise en concurrence de statuts et de prestiges ne détruise pas les réponses de classe.

Or c’est bien à cela que nous assistons depuis l’irruption de la mondialisation néolibérale du capitalisme dans le dernier tiers du 20ème siècle. Pendant que le néolibéralisme a permis une accélération très forte des inégalités d’accumulations de richesses et de patrimoines pendant des décennies, à l’autre bout de la chaîne, les salarié-es ont vu leur part s’amoindrir dans la richesse produite et les « exclus » sont tombés dans la pauvreté, hors du salariat.  

En France, la lutte contre la « pauvreté » a certes été portée depuis les années 1980 par des associations militantes indignées du dénuement d’un flot grandissant de chômeurs-euses dont les droits ont été supprimés. L’assurance-chômage ne s’en occupait plus. Le patronat menace de se retirer de l’UNEDIC en 1982-83 en expliquant qu’il refuse de payer plus de cotisations. Le gouvernement Bérégovoy cède. C’est à partir de ces années que le système des droits des chômeurs a été scindé en deux : les indemnisations pour les « employables » pas trop éloignés du marché du travail, et une allocation de « solidarité » pour les autres (trop âgés, ou trop loin de l’économie productive), payée par l’Etat. Et c’est en 1988-89 qu’est né un outil de gestion publique de la pauvreté : le Revenu minimum d’insertion (RMI). C’est une allocation pour les « pauvres » et donc une « pauvre » allocation. En effet, on estime alors qu’un demi-SMIC environ est une ressource normale pour les plus éloignés de l’emploi. Il se créée deux sortes de « minimum » : le SMIC et le RMI (et bien sûr tout est fait ensuite pour interroger le SMIC trop élevé et le remettre en cause à petit feu !). Le débat sur les « minima sociaux » est devenu un débat public, à la place du débat sur le salaire et les qualifications. Plus les années ont passé, plus il est devenu tabou de parler salaire. Comme toujours, l’Etat a donné l’exemple en refusant d’augmenter (« désindexation », avec Delors) l’indice des salaires dans la fonction publique. Le salaire a été ringardisé. On a fait croire que cela venait du salariat lui-même, devenu obsolète à cause des restructurations industrielles incessantes (sidérurgie, automobile…) ou des progrès technologiques qui allaient tout bouleverser (les robots).

Libérer le travail, se libérer du travail dominé

Le néolibéralisme attaque le salariat et le travail sur deux fronts : le sens du travail et sa valeur reconnue.

Le management néolibéral détruit les métiers et le travail par des prescriptions absurdes (appelées « objectifs », reporting individuel, notations, entretiens, évaluations, intimidations, injonction de « culture » d’entreprise…) tout en faisant miroiter l’autonomie personnelle dans la manière de les atteindre. Dès lors surgit ce qui a été nommé « la souffrance », des conflits éthiques ou moraux sur la manière de travailler, sur le rapport aux autres, pouvant aboutir ultimement aux suicides. Le travail dénué de sens (ou indigne) finit par détruire aussi le sens de la vie, à la foi sur le plan personnel (car le travail structure la vie psychique) et sur le plan collectif : crise de la démocratie, irruption du cynisme, demande d’ordre, racisme.

Mais la crise du travail concret (de sa valeur éthique) est aussi intrinsèquement liée à la crise du travail-valeur (valeur économique). Plus le salaire est dévalorisé, nié, plus la portée émancipatrice du salaire comme part de valeur économique produite collectivement est remplacée par la récompense venant de la réussite individuelle : primes convoitées, achats d’actions, intéressement, assurances privées à la place de sécurité sociale. Et tant pis pour les perdants !

Il convient donc d’agir sur les deux fronts :

- démocratiser et autogérer le travail, le libérer des tutelles hiérarchiques, de la subordination : conquérir le droit de délibérer du travail, des règles collectives, des techniques utilisées, de protéger la santé, de définir des postes nouveaux, avec réduction du temps de travail et libération de temps libre, etc. Avec pour horizon de discuter d’une appropriation de l’usage des entreprises comme « commun » institué (sans propriété privée). Débattre de ce qu’elles produisent, pour quelle finalité, en lien avec une économie décarbonée et une société respectueuse de finalités humaines délibérées à tous les échelons pertinents.

- affirmer un droit au salaire dès l’âge de la majorité (les études et la formation sont un travail), socialiser le salaire comme appropriation collective de la richesse économique créée en commun (valeur ajoutée). Une part va aux ressources personnelles et une autre à la sécurité sociale élargie : santé, retraites, accidents, maternité, logements, formation pour les changements de production et de qualification nécessaires. Ainsi le salaire est assuré à vie.

Agir sur deux fronts, c’est d’ailleurs ce que des réflexions et pratiques syndicales trop peu connues ont commencé à faire. Du côté de la socialisation des revenus-salaires avec les propositions déjà anciennes de la CGT, de l’Union syndicale Solidaires et de la FSU, autour de la sécurité sociale professionnelle financée par une caisse des salaires, ou des cotisations sociales fortement revalorisées (contre la logique dominante de l’exonération). Cela débouche sur un renforcement du statut des travailleur-euses, au sens de garanties allant à l’encontre du marché concurrentiel de l’emploi en matière de progression salariale, de qualifications, de droits sociaux attachés aux personnes et non pas aux postes occupés. Ce qui correspond au système du statut de la fonction publique, ce qui ne signifie pas en faire un modèle intangible.

Mais les mêmes syndicats ont également commencé une réflexion sur le deuxième front : la critique du travail tel qu’il est soumis aux injonctions destructives du capitalisme néolibéral. Une pratique nouvelle du syndicalisme interroge le travail concret, à travers les « enquêtes-action », la recherche d’une élaboration plus démocratique des « revendications », la convergence avec les recherches universitaires. Des formes associatives se mettent en place entre syndicats, chercheurs-euses, associations, expériences de démocratie au travail visant des alternatives à la subordination.

Sécurité sociale universelle ou revenu universel ?

Il y a différentes acceptions du revenu universel :

* Si c’est une redistribution par les finances publiques, et donc par les impôts d’une majorité de la population travailleuse (quels que soit son statut juridique d’emploi : par les impôts directs et indirects), alors ce sont les titulaires de ce revenu qui en dernière analyse se le payent indirectement. Il s’agit d’une redistribution ou péréquation avec des ressources provenant des travailleurs-euses. Si aucune réforme radicale de la fiscalité n’est engagée, il n’y a quasiment aucune part (ou alors modeste) de la richesse globale née du travail général de la société qui est structurellement affectée à ce droit. C’est ce qui explique que des forces pro-libérales (ou de droite) envisagent cette réforme, car selon son mode de financement, elle les exonère d’une partie de la sécurité sociale par les cotisations prélevée directement sur la valeur créée. Par exemple les allocations de chômage et aussi tout ce qui est attribué aux minimas sociaux.

* Si par contre une réforme radicale de la fiscalité est engagée, s’attaquant aux plus riches, ou même prélevant les ressources à la racine même de la valeur (dès la production de celle-ci), alors n’est-il pas plus simple et plus clair de prélever directement cette part de la richesse sans passer par le détour fiscal ? C’est plus simple et plus clair pour une raison simple et claire : cela existe déjà. Il s’agit en effet d’une affectation directe de la valeur sous forme de cotisation sociale, ce qui équivaut à un pourcentage de la valeur ajoutée. Bien entendu, une réforme fiscale avec une progressivité très accrue des prélèvements est de toute manière nécessaire, ne serait-ce que pour assurer le progrès d’indemnités existantes tels que le RSA (au moins vers le « seuil de pauvreté » aujourd’hui très éloigné du montant du RSA), et qui vont subsister malgré leur ambiguïté.

Il faut donc lever une équivoque. Le salaire existe déjà, le salaire socialisé aussi, même s’il se réduit sous les attaques néolibérales. Il s’agit donc de le conforter pour qu’il soit garanti à vie, dans la perspective d’une sécurité sociale universelle. L’extension de la sécurité sociale au maintien du salaire quels que soient les aléas économiques des entreprises, ou en cas de reconversion de productions contraires à une économie décarbonée (automobiles, camions) remplirait le même but que certains veulent voir au revenu universel dans une perspective progressiste. Cela implique des hausses de cotisations pour garantir par exemple que dans une crise telle que celle du COVID-19, les salaires soient intégralement versés, au lieu de 84% en indemnités d’activité partielle remboursée aux entreprises. Le paiement d’un tiers de ce cette activité partielle par l’UNEDIC montre la voie à suivre : augmenter les cotisations.

Pourrait-on appeler cette garantie un « revenu universel » ? Peut-être, si l’enjeu n’a pas d’autre raison qu’une simple rénovation du vocabulaire. Ce qui reste à démontrer en discutant sérieusement de l’origine de la richesse ainsi distribuée. Il n’y en a pas d’autre que le travail de la société : approprié par les entrepreneurs capitalistes ou par le collectif de création par le travail ?  Tel est l’enjeu.

Quelles mesures précises défendre ?

Elles sont de deux sortes : faire face aux urgences, assurer une transition vers une sécurité forte du travail.

1- Urgences : Un minimum garanti doit être assuré : personne ne devrait être en dessous du seuil de pauvreté légal. Ce minimum garanti doit faire sens à la fois pour les salaires et pour les autres revenus connus et déclarés. Il peut être fixé à 1250 euros, soit un relèvement du seuil actuel de pauvreté proportionnellement autant que le SMIC.

Le calcul sur le « seuil de pauvreté » peut servir de référence. Aujourd’hui, toute personne appartenant à un ménage dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian est considéré comme pauvre (le niveau de vie monétaire s’évalue en comptabilisant les revenus, en déduisant les impôts et en ajoutant les prestations sociales). Soit 1041€.

Notre but est de réduire l’inégalité en rapprochant les plus pauvres de la moyenne et en évitant la poursuite du décochage entre ceux-ci et le reste des salarié.e.s (rapport RSA/smic par exemple).     

                                                                                                                              
Le salaire médian (50% des salaires au-dessus ou au-dessous de ce chiffre) est de 1800€ (le revenu moyen est de 2400€).  D’où la proposition : le revenu minimum doit être au-dessus du seuil de pauvreté, parce que nous avons pour but de faire cesser l’inégalité subie par quelques millions de personnes. Cette somme (1250 euros) correspondrait à 75 % d’un SMIC net revalorisé de 400€.                                                                                                                                                       
1250€, ce n’est pas beaucoup mais cela double les « revenus » les plus bas (allocations dont chômage pour les précaires et les temps partiels, RSA, ASS et autres minimas sociaux). 

Mais si le SMIC augmente de 400 euros, cela devrait être suivi d’une augmentation immédiate du RSA du même montant, étape vers le seuil de pauvreté.
Par ailleurs, le RSA doit être un droit personnel, et ouvert aussi de 18 à 25 ans.
* Mettre en place l’égalité salariale femmes/hommes immédiatement. Avec des mesures coercitives et de suivi régulier. L’écart moyen des salaires dépasse 25%. 80% des personnes au SMIC sont des femmes. 80% des temps partiels sont des femmes. Elles cumulent donc précarité et bas salaires. Près de 60% des entreprises n’ont entamé aucun plan d’action pour remédier à la situation, qui renvoie à une inégalité sociale structurelle : pas d’accès aux meilleures qualifications ou qualifications réelles non reconnues (exemple : la santé), métiers « réservés » avec des branches professionnelles hyper masculines ou hyper féminines, plafond de verre très difficilement franchissable pour l’accès aux responsabilités.

* Instaurer un plafond de revenu :
Avec une pyramide qui englobe 95% des salariés, si elle va d’une fois le SMIC à 4 fois ce seuil, les discussions concernent du bas de l’échelle salariale au salaire d’ingénieurs.

Changeons : le SMIC net doit augmenter de 400€ et se trouver à 1800€ et les autres salaires doivent être revus à la hausse.  95% des salariés, dans ce cas seraient dans un éventail de 1 à 4 : 1250 x 4 = 5000/mois ; 60.000 dans l’année !                
Cela suppose des discussions entre salarié.e.s et organisations syndicales … Il faut ouvrir un débat public sur l’utilité sociale des diverses professions pour établir un rapport de forces dans les secteurs à bas salaires et aux emplois dévalorisés. Il faudra que le mouvement syndical puisse organiser ces larges discussions, en faisant reconnaître aux patronats la légitimité de la présence syndicale, dans toutes les entreprises, toutes les branches. Souvenons-nous que près de 50% des branches, spécialement celles où travaillent beaucoup de femmes ont des minimas de branche au-dessous du SMIC. Souvenons-nous de l’utilisation de sous-traitances de sous-traitants, y compris par l’Etat. Y compris dans les maquis de l’aide à domicile… Beaucoup de choses sont et seront à corriger.

* Et les salaires au-dessus de ce « plafond » de 4 fois le SMIC ?                                                                          

Avec ces situations, 5 % environ du salariat, il s’agit, la plupart du temps de fonctions spéciales, responsabilités, technicité. Il s’agit donc de situations qui doivent être connues et justifiées, publiquement, sous le contrôle des travailleurs/euses et des organisations syndicales. Aujourd’hui, la fixation de ces hauts revenus « salariaux » est une prérogative exclusive des directions d’entreprise.  
Les cas discutés publiquement limiteront les arbitraires. De plus, les avantages monétaires devront s’accompagner de l’interdiction des avantages "boursiers", et être soumis à cotisations sociales y compris au-dessous de ce plafond.

* Des gratuités à construire
Au- delà des augmentations de salaires il faut des exigences sur le blocage des loyers et lutter contre les logements vides et la spéculation ; il faut augmenter le champ de la gratuité sur les besoins essentiels : supprimer les parts fixes des abonnements de fluides : eau, gaz, électricité, et instaurer une tarification progressive ; des transports gratuits, sans oublier le droit à la santé, l’éducation, la culture et la justice.

Il faut donc un lien entre un « bloc social » et un contrôle démocratique sur l’épargne des diverses couches riches de la population.

2- Pour une extension de la Sécurité sociale :

La Sécurité sociale n’est pas une simple redistribution plus juste de la richesse, comme les allocations publiques à base fiscale. C’est une affectation directe ou une appropriation à la source de cette richesse, laquelle est produite par toutes les formes juridiques du travail social. La part du PIB consacrée à la santé, à la retraite, etc. représente un droit social conquis sur la valeur ajoutée.  Ainsi le monde du travail socialise la valeur produite et construit un système de valeur antagonique à celui du capital : pour le commun, pour les droits humains, l’égalité femmes/hommes, pour la liberté.
Ce déjà là émancipateur doit se généraliser, ce qui impliquera une lutte sociale et politique d’ampleur, pour : 
* Conforter d’abord ce droit : augmentation des cotisations sociales, lutte contre la subordination du travail, autogestion démocratique des entreprises chaque fois que possible (SCOP, reprises d’entreprises). La CSG doit disparaître au profit de cotisations sociales.

* Etendre ce droit, et notamment par une sécurité sociale du travail permettant le droit au salaire dès 18 ans et le maintien inconditionnel du salaire quels que soient les aléas économiques, et en particulier pour reconvertir l’industrie. Le « modèle » est celui des intermittents du spectacle : payés même quand ils et elles ne sont pas en « contrat ». 

* Réforme fiscale et extension de la Sécurité sociale doivent aller de pair :
- Le RSA doit être maintenu, mais transformé pour atteindre le seuil de pauvreté dans le cadre d’une assurance-chômage totalement bouleversée, à base de cotisations.
- Les ressources fiscales doivent abonder la caisse chômage.
- La caisse chômage doit être rattachée au régime général de la Sécurité sociale.
- Le régime général doit être autogéré avec des élections sociales rétablies.

Jean Claude Mamet

Des chiffres (Contribution de Pierre Cours-Salies, Etienne Adam, Rémi Thouly)

Quelques données, pour parler d’égalité réellement, sur le plan matériel, qui joue plus qu’on ne le pense sur nos façon de discuter.
En moyenne, -en sachant qu’on devient rarement propriétaire avant 30 ans- :                                       
*  les 10 % les plus fortunés possèdent 48% de l’ensemble du patrimoine. Ces 10% possèdent 700 fois plus que les 10% les moins fortunés ;
*  la moitié de la population (50%) se partage 8% du patrimoine. Ce n’est pas sans raison qu’on peut dire que la retraite, est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.                                                                                                 
Quelques précisions :
* le 1%, les plus hauts, possèdent à eux seuls 17% ;                                                                                                        
*  les 10 % les plus riches possèdent près de la moitié du patrimoine.
En fait …
* les 30% les plus riches de la population possèdent 70% du patrimoine ;                                                                                                  * 70% de la population se partagent 25% du patrimoine ;                                                                                                   
* et la moitié de la population (50%) se partage 8% du patrimoine.                                                                                                   
* Parmi les 10% les plus fortuné.e.s, précisons la hiérarchie : l’écart est de 600.000 à 1.900.000€, entre la moyenne de ces 10% et le 1% le plus haut.                                                                                              
Ici, on est loin d’une pyramide : le haut ressemble à la pointe d’une longue épingle.                        
Malgré les jalousies entre eux, ils sont d’accord pour condamner les « assisté.e.s » qui gagnent 1.000 fois moins que les plus « pauvres » d’entre eux.
La part des revenus détenus par le 1 % des Français les plus riches est passée de 7 % en 1983 à 11 % en 2014, et 18 % en 2018, en comptant le patrimoine net, c'est-à-dire la richesse déduite de l'endettement (Les Echos, 19 déc. 2019).

Type: 
Article

(02/07/2020 07:31)

Lyon ville et métropole : on change d'ère ! 

Ville de Lyon ( 400 000 habitant.e.s ; 9 arrondissements ; 800 millions d'€ de budget, 73 Conseillers , 9000 agents ): victoire historique de la liste fusionnée des écologistes et des gauches lyonnaise* avec 52,6% ( 66,23% dans le 9° ; l' arrondissement de Gérard Collomb!) et 7 arrondissements gagnés sur 9. Notre liste a su créer une dynamique de 2° tour répondant à une attente réelle : mettre fin à 19 ans de règne sans partage du Baron Collomb qui a transformé Lyon en Métropole moderne pour les ultrariches entrainant pollutions et fractures sociales. C'est une victoire de gauche contre la droite classique ( LR) et nouvelle ( LREM Versus G Collomb) qui avaient fait liste commune ( 29,7%)  mais aussi contre les dissidents de LREM ( 17,7%) .Les attentes sont grandes : celles  de « la génération climat » et celles des nombreux/ses « laissés pour compte » du « laboratoire  macroniste  lyonnais ». Le Maire Grégory Doucet et sa nouvelle équipe ne devront pas les décevoir d'autant que l'abstention est elle aussi historique. Il disposera d'une majorité absolue parmi les 73 conseillers municipaux et dans cette équipe, le Groupe politique « Lyon en Commun » disposera de 6 élu.e.s au Conseil Municipal de Lyon , d'une 30 de Conseillers d'arrondissements et d'une dizaine d'Adjoint.e .s . 

Métropole de Lyon **(1,4 Million d'habitant.e.s, 59 Communes, 3,5 Milliards € budget 150 Conseillers, 9000 agents ; des pouvoirs étendus) : Victoire historique  là aussi d'une liste fusionnée des écologistes et des gauches car- unique en France- il y avait pour la seule Métropole de Lyon un  2° vote spécifique  le 28 juin simultanément au vote pour les Municipales . C'est Bruno Bernard ( EELV ) qui devrait devenir Président de la Métropole arrivé en tête sur 9 des 14 circonscriptions métropolitaines en vainqueur  des listes du  Président sortant( dissident de LREM ) David Kimelfeld  ...installé par Gérard Collomb  et aussi  contre celles du tandem G Collomb (ex LREM) / M F Buffet (LR) mais sur fond d'abstention encore plus forte. La liste de B. Bernard disposera de quelque 80 conseillers dont 3 conseillers de « Lyon en commun » qui ne se présentait que sur les 6 circonscriptions lyonnaises.

Villeurbanne : c'est une coalition de gauche arrivée en tête devant EELV au 1er tour et ayant fusionné au 2°tour qui a gagné et devrait reconduire un maire PS. Abstention très forte  Un fait notable : un grand émiettement politique dans les villes de la périphérie : Vénissieux ( quadrangulaire) reste PCF mais perte de  Givors dans une quadrangulaire. Vaulx -en Velin réélit une maire PS/LREM compatible (5 listes en jeu ) mais Bron est  gagné par la droite.

L'enjeu : en finir avec Lyon « capitale de la macronie » pour faire un « Lyon laboratoire de la transformation écologiste, sociale et démocratique ».
Avec les victoires sur Lyon et la Métropole, c'est au-delà du rejet du « Collombisme » une volonté de changement en profondeur qui s'est exprimée.

Les militant.e.s et sympathisant.e.s d'Ensemble ! 69 ont « mouillé la chemise » pour ces belles victoires sur Lyon et Villeurbanne et c'est un « quatuor » féminin et féministes qui y représentera Ensemble ! et sympathisant.e.s : Laurence  conseillère du 1er arrondissement ,  Caroline Ramirez Conseillère du 7° arrondissement et adjointe , Sylvie Frenillot  Conseillère et Adjointe sur le 9ème arrondissement, Danielle Carasco  Conseillère Municipale de Villeurbanne . Laurence Boffet est également Conseillère à la Métropole de Lyon.
30/06/2020

Armand Creus

des écologistes et des gauches lyonnaise* : EELV : 28,46% au 1er tour                                         

Lyon en Commun  ( Gram/FI/Ensemble...) 10,19% au 1er tour
Gauche Unie ( PS-PC-Générations …) 7,7 % au 1er tour

Métropole de Lyon ** article spécifique dans le N°43 de la Revue « Contretemps »

Type: 
Article

Lyon ville et métropole : on change d'ère ! 

Ville de Lyon ( 400 000 habitant.e.s ; 9 arrondissements ; 800 millions d'€ de budget, 73 Conseillers , 9000 agents ): victoire historique de la liste fusionnée des écologistes et des gauches lyonnaise* avec 52,6% ( 66,23% dans le 9° ; l' arrondissement de Gérard Collomb!) et 7 arrondissements gagnés sur 9. Notre liste a su créer une dynamique de 2° tour répondant à une attente réelle : mettre fin à 19 ans de règne sans partage du Baron Collomb qui a transformé Lyon en Métropole moderne pour les ultrariches entrainant pollutions et fractures sociales. C'est une victoire de gauche contre la droite classique ( LR) et nouvelle ( LREM Versus G Collomb) qui avaient fait liste commune ( 29,7%)  mais aussi contre les dissidents de LREM ( 17,7%) .Les attentes sont grandes : celles  de « la génération climat » et celles des nombreux/ses « laissés pour compte » du « laboratoire  macroniste  lyonnais ». Le Maire Grégory Doucet et sa nouvelle équipe ne devront pas les décevoir d'autant que l'abstention est elle aussi historique. Il disposera d'une majorité absolue parmi les 73 conseillers municipaux et dans cette équipe, le Groupe politique « Lyon en Commun » disposera de 6 élu.e.s au Conseil Municipal de Lyon , d'une 30 de Conseillers d'arrondissements et d'une dizaine d'Adjoint.e .s . 

Métropole de Lyon **(1,4 Million d'habitant.e.s, 59 Communes, 3,5 Milliards € budget 150 Conseillers, 9000 agents ; des pouvoirs étendus) : Victoire historique  là aussi d'une liste fusionnée des écologistes et des gauches car- unique en France- il y avait pour la seule Métropole de Lyon un  2° vote spécifique  le 28 juin simultanément au vote pour les Municipales . C'est Bruno Bernard ( EELV ) qui devrait devenir Président de la Métropole arrivé en tête sur 9 des 14 circonscriptions métropolitaines en vainqueur  des listes du  Président sortant( dissident de LREM ) David Kimelfeld  ...installé par Gérard Collomb  et aussi  contre celles du tandem G Collomb (ex LREM) / M F Buffet (LR) mais sur fond d'abstention encore plus forte. La liste de B. Bernard disposera de quelque 80 conseillers dont 3 conseillers de « Lyon en commun » qui ne se présentait que sur les 6 circonscriptions lyonnaises.

Villeurbanne : c'est une coalition de gauche arrivée en tête devant EELV au 1er tour et ayant fusionné au 2°tour qui a gagné et devrait reconduire un maire PS. Abstention très forte  Un fait notable : un grand émiettement politique dans les villes de la périphérie : Vénissieux ( quadrangulaire) reste PCF mais perte de  Givors dans une quadrangulaire. Vaulx -en Velin réélit une maire PS/LREM compatible (5 listes en jeu ) mais Bron est  gagné par la droite.

L'enjeu : en finir avec Lyon « capitale de la macronie » pour faire un « Lyon laboratoire de la transformation écologiste, sociale et démocratique ».
Avec les victoires sur Lyon et la Métropole, c'est au-delà du rejet du « Collombisme » une volonté de changement en profondeur qui s'est exprimée.

Les militant.e.s et sympathisant.e.s d'Ensemble ! 69 ont « mouillé la chemise » pour ces belles victoires sur Lyon et Villeurbanne et c'est un « quatuor » féminin et féministes qui y représentera Ensemble ! et sympathisant.e.s : Laurence  conseillère du 1er arrondissement ,  Caroline Ramirez Conseillère du 7° arrondissement et adjointe , Sylvie Frenillot  Conseillère et Adjointe sur le 9ème arrondissement, Danielle Carasco  Conseillère Municipale de Villeurbanne . Laurence Boffet est également Conseillère à la Métropole de Lyon.
30/06/2020

Armand Creus

des écologistes et des gauches lyonnaise* : EELV : 28,46% au 1er tour                                         

Lyon en Commun  ( Gram/FI/Ensemble...) 10,19% au 1er tour
Gauche Unie ( PS-PC-Générations …) 7,7 % au 1er tour

Métropole de Lyon ** article spécifique dans le N°43 de la Revue « Contretemps »

Type: 
Article

(02/07/2020 07:25)

Dégagisme, lucidité ? Certes, sur quoi et pour quoi… 

Etienne ADAM & Pierre COURS-SALIES  (18 JUIN 2020)

Le débat de stratégie est inscrit dans les interrogations de la gauche. Sollicité par les controverses, les choix à faire hier, bousculé aujourd’hui car il faut mettre les mois qui viennent en perspective en ne subissant pas le carcan mortifère des écuries présidentielles.

Une focale comporte le rapport de l’Etat aux réalités mondiales.

Il est juste de mettre en lumière les responsabilités de l’Etat, et donc de ce gouvernement ... et de tous ceux et celles qui ont participé aux divers gouvernements depuis les années 1980.

Quand s’exprime un « tous coupables !», ou « tous responsables des échecs ! », cela atteint la droite et tous les actuels dirigeants  de la gauche, s’ils ont été ministres ou s’ils ont seulement soutenu ces politiques… Nous-mêmes  sommes interrogés : vous aviez dit et proposé quoi ? Ce doute généralisé devrait pousser à un certain réalisme tous les membres d’Ensemble ! Tout comme nous, nombre de militant.e.s sont  marqué.e.s par ce doute, dans un grand nombre d’organisations. Même dans des interrogations  les plus immédiates : était-il vraiment nécessaire de rester « confiné.e.s » ? Un vif sentiment s’exprime, dans les échanges quotidiens : « Il faut retrouver une normalité. On ne peut pas jouer avec la Constitution. On ne peut pas jouer avec les libertés. On a beaucoup joué avec les libertés pendant l'état d'urgence » (Dominique Rousseau : «Maintenir l’état d’urgence, c’est permettre de réprimer les manifestations, 7 juin, Public Sénat).

Cette dérive des institutions, ces modifications des appareils d’Etat, nous avons tort de  les négliger : nous sommes désarmés sur la répression et les moyens de la combattre alors que c’est un point clé de toute stratégie révolutionnaire  ce souci devrait nous amener, dans nos débats, à  bien préciser ce que nous voulons comme changement dans les institutions de notre pays, comme de ses rapports avec l’Europe et diverses institutions internationales. Certes, d’autres « urgences » se présentent ; mais pas au point de nous empêcher de décider, dès maintenant, que nous aurons un texte traduisant ce que nous proposons au débat pour changer dès 2021 les institutions de la 5e République (Président, Gouvernement et ministres, administrations et institutions, appareils d’information et de culture  commissions parlementaires, révocabilité et désignations par tirage au sort d’une partie des membres des commissions et des Observatoires au sujet de la société, du contrôle d’administrations, y compris de la police…les liens entre les droits et libertés et la démocratie ).

Précaution ou gouvernance du risque

On pourrait établir un inventaire à la Prévert de l’incurie des pouvoirs dits publics (Patrick Silberstein, Un virus très politique, 30 mars, éd. Syllepse). Arrêtons-nous un instant sur la véritable source de toutes les imprévoyances, les retards, les contradictions étudiées par des journalistes du Monde (Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Le Monde du 5 au 10 mai). Ils s’interrogent au sujet de cet étrange comportement chez de hauts fonctionnaires, depuis le moment de l’épidémie d’A (H1N1),  en 2009, malgré les épidémies suivantes (Ebola en Afrique en 2014-2015, MERS au Moyen-Orient en 2012)). Un changement de « doctrine de gouvernance » pour la gestion des masques et de divers équipements, qui tient à deux  types d’arguments, sans doute inséparables mais distincts.

Si «nous n’étions pas prêts» c’est parce que les lignes budgétaires de la santé publique et de la recherche ont été délibérément réduites. Dès le 12 mars, un résumé sincère et accablant, Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, mérite vraiment d’être cité   :

«Comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience. C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante […] L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation. […] Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheur·euses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. […] La science ne marche pas dans l’urgence et la réponse immédiate. Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader» (Academia, 12 mars 2020, https://academia)
Les politiques menées ont créé la situation dans le système de santé ;  et la stratégie sanitaire adoptée dans la hâte par le gouvernement n’est finalement que l’accommodement à la pauvreté des moyens qu’ils ont eux-mêmes organisée, le manque de lits de réanimation, le manque de masques, le manque de matériels pour faire les tests, le manque de structures hospitalières. Toutefois, cette gestion gouvernementale n’est pas un simple effet de l’incurie au nom de la priorité aux profits pour la classe dirigeante du néo-libéralisme glorieux des trente dernières années. Il y a aussi l'embrigadement des élites dirigeantes dans l'idéologie néolibérale où "l'entreprise" est  le centre de la société et devait pouvoir faire face à tout en privatisant les stocks, en adoptant la gestion managériale réputée " plus efficace". Denis Kessler et ses semblables ne voulaient pas s’enfermer dans une « politique de précaution », qui suppose un dialogue démocratique avec tous les intéressé.e.s… Il y a aussi, évidemment, une conception politique, élitiste, de la responsabilité individuelle et du chacun pour soi. Ils s’efforcent aujourd’hui de se faire oublier en montrant que « tous les pays ou presque » étaient aussi désarmés…et en occultant que tous les pays sont dominés par les politiques néolibérales.

Nous trouvons cette unité de pensée des gouvernants  dans les réflexions de Denis Kessler, - qui voulait avec Nicolas Sarkozy « Défaire méthodiquement le programme du CNR » Challenges, 4 oct. 2007), en finir avec l’esprit et les institutions héritées de la Libération -. Devenu PDG du groupe SCOR, (géant mondial de la réassurance) affirmait, le 16 avril,  « La probabilité d’une pandémie mondiale est faible, mais elle n’est évidemment pas nulle. Les grandes pandémies sont des événements centenaires, voire bicentenaires » (Le Point). Il en  énonce quelques « conséquences » : « Le marché de l’assurance ne propose pas aujourd’hui de protection contre les conséquences économiques d’une pandémie pour des raisons de fond : la taille du risque, qui peut représenter plusieurs points de PIB ; sa nature non diversifiable (tout le monde est touché en même temps) ; un possible phénomène d’anti sélection : seules les entreprises les plus exposées s’assureraient ; la grande difficulté pour mesurer les pertes d’exploitation spécifiquement liées à la pandémie ». On le vérifie, ces principes sont rigoureusement à l’opposé de ceux de la Sécurité sociale où une part des richesses socialement produites sert à réduire les mauvais coups et l’insécurité de l’existence des gens de la moyenne. Le principe de l’Assurance est soumis à la norme des profits, et donc, selon lui « l’Etat doit désormais concentrer tous ses efforts sur le « risk management » public » ; les mêmes idéologues poursuivent…: «Cette pandémie, dit  Denis Kessler, confronte le monde à un test historique de résilience» (L’Opinion 22 avril 2020) Blindés de certitudes pour durer... Face à eux, il ne peut s’agir seulement  « d’exiger » quelque mesure de justice, mais de prendre la mesure de cette domination : en 1980, les 10% les plus riches de la population mondiale avaient un revenu soixante fois plus important que les 10% les plus pauvres. En 2005 c’est plus du double . Cela se poursuit après la crise financière de 2008 …  et les effets ont pu être bien analysés par Michel Husson, «Dix ans de crise… et puis Macron», (www.husson.net. (2017),

Le capitalisme néolibéral est donc intrinsèquement associé à la montée des inégalités, au surendettement et aux déséquilibres commerciaux. Ces couches de privilégié·es assurent leur pouvoir sur les industries, polluantes ou pas.  Le rapport d’Oxfam , en janvier 2020 donne une idée nette du phénomène. « Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes). Les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale »   (DAVOS 2020 : NOUVEAU RAPPORT D’OXFAM SUR LES INÉGALITÉS MONDIALES, www.oxfamfrance.org/  19 JANV. 2020).

Pour « légitimer » ces processus, une réflexion de la fin des années 1990 ne doit pas être oubliée. Elle comporte une option de « philosophie politique globale : au principe du libéralisme, comme raison gouvernementale, un art de la gestion des risques » ; cela implique une « économie politique du risque (…) qu’il faut savoir optimiser ». D’où des remises en cause ; celle du « régime du salariat, qui valorise l’externalisation du risque », il reste à construire la démocratie du risque (…) qui peut aussi servir la démocratie sociale et même la démocratie politique ». Voilà pourquoi la démocratie directe, impliquant les citoyen-ne-s au jour le jour, faite de précaution et d’attention aux fragilités et aux possibilités collectives doit être dépassée, résiduelle : il faut que l’Etat « mette à la disposition des particuliers et des entreprises  les instruments qui leur permettent d’optimiser leurs décisions ».  

Nous aurions donc tout à fait tort de croire qu’un tel projet de domination de classe, -qui se flatte d’avoir intégré « les projets anglo-saxons de nouveau centre ou de troisième voie »-, va simplement s’effondrer, si un autre projet d’avenir ne rassemble pas les forces, la classe de toutes celles et de tous ceux qui veulent un autre avenir, une réorganisation démocratique des institutions et de tous les rapports sociaux.
Durant le confinement, un effet redoutable, une sorte de vision en miroir, s’est établi entre le monde dans son ensemble et le plus quotidien. Un tableau en abyme où le plus proche, touchable, a des liens présents mais peu explicités avec l’entière humanité.  Le désarroi de la gauche ne peut que s’accroître si rien n’est fait dans un débat politique pour ordonner les divers « plans ». Faut-il s’attendre à un épuisement des capacités de « rebond » du système capitaliste ?  Francis Sitel, dans un débat début juin présentait justement cette hypothèse : « Le Capital est d'autant moins défait que percuté par une attaque exogène, et non comme en 2008 par un dysfonctionnement majeur de ses ressorts internes, il est à même d'engager  les réorganisations qui s'imposent pour restaurer la course au profit » ((11 juin, « Face au neuf, la difficulté de la lucidité »). Il en détaillait  les diverses dimensions ; il faut effectivement être attentifs à cette phase où la classe dirigeante, mondialement, dans un système inégal et combiné, nous impose de ne pas nous en tenir à l’idée que « le capitalisme ne peut plus rien concéder. Au pouvoir, point besoin de « grand partage » pour renouveler le « mixte » habituel du fétichisme du consumérisme, de la hiérarchie et de la répression. « Nous devons plutôt nous attendre à voir «  s’accélérer des mutations dans le travail (télétravail, précarisation aggravée...), prendre en compte des contraintes incontournables liées à l'environnement et au dérèglement climatique, ainsi que les modifications d'ordre géostratégique (confrontation avec la Chine, réorganisation de l'Union européenne...) ».

Remarquons-le, cependant, nous sommes loin d’être les seuls à nous soucier de ces exigences de buts politiques communs afin de « Faire dialoguer social et écologie »,  (Politis du 3 juin 2020). Comme le montre un entretien entre Philippe Martinez et Jean-François Julliard, il est fortement présent dans le « Plan de sortie de crise » des 18 organisations, devenues sans doute trente, du mouvement syndical, écologiste,  et diverses associations…

Nous pouvons constater, d’ailleurs, comment la trame du texte « Ensemble, tout est possible, soyons responsables » est construite sur ces mêmes préoccupations : permettre à des personnes, organisées comme militantes ou pas, de débattre de toutes les questions qui sont à ordonner pour avoir une stratégie.  Ceci  demande un véritable effort politique : il s’agit de montrer et de dessiner le changement de « paradigme », - changer les questions en fonction des réponses possibles -, qui tient aux phases longues de l’histoire du système capitaliste .  La sortie de la phase actuelle du capitalisme passe soit par des régressions à imposer aux peuples, soit à des productions pas ou moins soumises aux multinationales et leurs 1 à 5 % de profiteurs permettant un essor pour l’agriculture paysanne et des alternatives écologiques (Lire la postface de Michel Husson à l’édition française du livre d’Ernest Mandel, Les ondes longues du développement capitaliste, éd. Syllepse, 2014, pages 235 et stes !).La remise en route du mouvement altermondialiste est décisive, comme des éléments de coordinations autour d’exigences en Europe…

Et ici et maintenant ?

La controverse entre deux textes récents stimule bien les discussions nécessaires pour arriver à une précision de la « ligne » que nous devons proposer : sens des expressions favorables au « dégagisme », lucidité sur les hésitations et fractionnements, limites dues aux écarts entre exaspérations et possibilités de polémiques politiques réelles.

Nous constatons, -tous et toutes ?- que les directions politiques de la gauche (toutes obédiences réunies) ne cherchent pas à transformer ces colères en force de transformation, de dépassement du système.  Sinon, hésiteraient-elles à répondre, unitairement au « Plan de sortie » du mouvement social ? Elles pourraient, justement dire : « oui », nous soutenons ces exigences, ce sont nos buts communs, elles vont dans le sens d’une autre société à laquelle nous aspirons. Elles étaient portées par des mobilisations peu prises en compte, de fait, par les « directions » politiques. 
Un signe en est donné par le rappel d’une analyse présentée par Sylvie Faye-Pastor (médecin), lors d’une réunion de groupes de gauche alternative centré sur les luttes et alternatives dans la santé :

«Ce qui se passe dans les hôpitaux est inédit. Il existe plusieurs collectifs, le collectif inter-urgence, le collectif des infirmiers de bloc, le collectif inter-hôpitaux […]. Ils veulent des effectifs, des lits et une revalorisation des métiers. Ils demandent de faire remonter les besoins par service. La motion du collectif inter-hôpitaux est très intéressante. Elle commence par nous soussignés… Et cela va des chefs de service jusqu’aux agents de service hospitaliers en passant par les secrétaires, les infirmiers, etc. c’est la première fois que je vois un tel front se créer. Il y a des pistes d’organisation, ils disent qu’ils sont prêts à élaborer le budget avec l’administration, service par service. […] Ces collectifs sont en relation avec les collectifs d’usagers: 300 000 signatures pour la défense de l’hôpital public. Continue-t-on à raisonner dans le cadre du capitalisme qui actuellement fait mourir les gens? Ou raisonne-t-on hors-cadre ?» (Cerises, la coopérative). Dans le même sens, citons le document préparatoire à la Conférence de presse du 5 mai du Collectif Inter-Hôpitaux  (https://static1.squarespace.com/static/5e356e21fb55d365939c3deb/t/5eaeee...).
Cette situation, au cours des deux ans de mobilisations qui se heurtaient aux faux semblants du gouvernement ou au mur d’Agnès Buzyn, ministre, a été, -et à quel point !- vérifiée et soulignée par l’action dans les tâches de lutte contre la pandémie… Ecouter celles et ceux d’en bas, les directions politiques, syndicales, associatives peuvent-elle l’oublier avec un retour à l’anormal ?

Elles ne peuvent omettre, dans l’ordre de l’écologie au quotidien, les apports de la Via Campesina du Mouvement des Sans-terre, toutes les recherches montrant qu’à condition de développer une agriculture de paysans, il y a moyen de nourrir 10 milliards d’êtres humains (Marc Dufumier, L’agroécologie peut nous sauver, Actes Sud, 2019). Tout le « Plan de sortie de crise » est stimulé par l’ensemble des initiatives concrètes…  Sous le titre « L’avenir est public »  l’Observatoire des multinationales  (observatoire@multinationales.org)  présente les 1400 remunicipalisations qui dessinent les contours des services publics de demain. Ajoutons, car d’autres y ressemblent dans d’autres régions, les activités de Bizi, au Pays Basque -"Bizi" veut dire "vivre" en basque-, qui a travaillé sur "40 actions à faire depuis chez soi pour que demain ne soit pas comme hier" (https://bizimugi.eu/confine-e-s-mais-motive-e-s#.XoxDOuqPmvQ.mailto).

Elles devraient aussi étendre cette réflexion populaire  à tout ce qui, réfléchi par les Gilets jaunes,  est rassemblé par l’association  Changer de cap  (https://changerdecap.net/)…

Nous devons donc le faire et proposer, partout, ce cadre de référence commun. Nous devons, certes, y ajouter les dimensions antiracistes et de défense des libertés trop peu présentes dans ce texte ; mais ce n’est pas un obstacle, comme en témoigne la participation de presque toutes ces organisations à des mobilisations antérieures (18 novembre 2019 contre l’islamophobie),  celles pour la COP 21 (décembre 2015) et celles en cours contre les violences policières comme pour la régularisation des sans-papiers.

Pour répondre aux faux semblants du pouvoir, en revanche, une intervention politique doit souligner des urgences, des priorités et proposer de débattre des ruptures fortes avec les privilèges de la classe dirigeante.

Nous l’avons exprimé dans des textes parus sur ce site : - https://www.ensemble-fdg.org/content/une-prise-de-conscience-des-inegalites - https://www.ensemble-fdg.org/content/est-ce-ainsi-que-les-hommes-et-les-... - https://www.ensemble-fdg.org/content/chomage-et-precarite-resteront-ils-...

En lien avec l’actualité, pour que se développent les mobilisations et faire murir celles pour le rejet du budget et de la majorité, parlons clairement.

Prenons tous les moyens pour que personne ne soit au-dessous du seuil de pauvreté. Prenons tous les moyens, tout de suite, pour l’égalité des salaires femmes-hommes.

Arguments : il faut imposer cela non pas comme « mesures d’ordre social », mais comme la traduction immédiate des principes démocratiques. D’autres points doivent avoir le même traitement… : « ne laissons pas l’anormal revenir »…

Qui produit les ressources de la société, les richesses ? Il faut donc prendre sur la valeur des productions, du travail, les moyens pour la solidarité. 

Une mesure immédiate doit être discutée et devrait s’imposer : un emprunt forcé pour que les « trop perçus » des 5% des plus riches (cela fait sans doute 1500 milliard d’€ !) serve à tous les besoins sociaux

Les cotisations sociales sont la part de la valeur, reconnue économiquement, qui est socialisée. Voilà donc ce qui doit servir pour toutes les solidarités nécessaires et voulues.

Qui doit gérer cette part de la richesse produite par toutes et tous ? Plus gros que le Budget de l’Etat… Il faut, évidemment, des élu.e.s pour ces tâches de gestion démocratique des moyens de solidarité. Ces discussions sont élémentaires pour une démocratie. 75 ans après la création de la Sécurité sociale, retour à des élections libres, avec des candidatures proposées par des syndicats ou des associations, les moyens pour des discussions et des décisions. Quand on a vu ce que les gouvernements ont fait des hôpitaux et des caisses de Sécurité sociale, on dit : stop ! Reprenons une voie de démocratie responsable.

Nous savons bien, aussi, que les évolutions des techniques de production, à condition de supprimer le chômage par une Sécurité sociale consolidée et universelle, permettrait d’éradiquer le chômage, de permettre les droits à la formation toute la vie et la libre activité…

A condition de socialiser et de mobiliser les richesses des 5 % les plus riches, il existe un autre avenir que la vague de 900.000 suppressions d’emplois. Résumons avec un extrait du texte « Ensemble, tout est possible… » : « La réouverture des entreprises utiles devra être imposée, pour assurer la pérennité des emplois et des savoir-faire et non des dividendes. Y compris sous forme de SCOP et de SCIC, dès que les travailleuses et travailleurs le souhaitent : que les fonds publics viennent en aide ! Les collectivités, l'État doivent être des facilitateurs de ces démarches coopératives. Si des aides publiques s’avéraient indispensables au maintien des emplois et de savoirs faire d’utilité sociale; elles devront être conditionnées, contrôlées et s’adresser en priorité aux TPE-PME. La reconversion de l'industrie automobile, du nucléaire, des secteurs d'énergie fossile, de l’agrobusiness…implique des choix humains antiproductivistes qui rompent avec les logiques mortifères de profit sans contraintes des multinationales et des grandes banques, afin de s’appuyer sur des pratiques alternatives et de développer une coopération écologique et sociale à partir des territoires, sur toute la planète ». Ne donnons pas l’impression de douter des capacités d’organisation collective. Elles se manifestent déjà dans  les solidarités dans les quartiers populaires, comme les  circuits courts et les productions alternatives, et les collectifs de salarié.e.s porteurs d’autres façons de travailler dans les entreprises comme dans les services publics…  Temps réduit, garantie de salaire, élaboration collective des décisions. Avec toutes les conséquences pour la transformation des villes.

Il ne s’agit pas, évidemment, de propagande sur « le monde d’après », ni de discussion sur les mérites comparés de l’élection et de la révolution…  Pour ne pas subir « la catastrophe » prenons-en les moyens. Ici, maintenant…  Et discutons, oui, des institutions à changer pour un pas vers une démocratie réelle.
« Pour un autre avenir, nous prenons nos affaires en mains »
Ne voyons-nous pas, de même, que les directions politiques de la gauche (toutes obédiences réunies) ne cherchent pas à transformer ces colères en force de transformation, de dépassement du système ? Voulons-nous, dès lors, que le slogan soit « dégagez !» ou qu’il soit « pour un autre avenir, nous prenons nos affaires en mains » ?

Cette proposition ne « renonce pas  à exprimer sur le plan politique ce que nous dit, avec raison, une partie grandissante de la population et de la société elles-mêmes : un malaise profond, un sentiment de révolte, une exaspération forte ». Tout au contraire : il ne faut pas laisser croire que les « soulèvements » résolvent spontanément toutes les questions ; ils peuvent certes être nécessaire pour pousser en avant des pratiques et imposer des décisions ; encore faut-il que l’exigence en soit portée par des pratiques, pour l’heure éparses, et par des expressions politiques pour l’heure à construire. 

Le dégagisme  a traduit une volonté de ne pas subir, comme la dénonciation des « 1% ». Quel encouragement de la voir circuler dans divers pays ! Nous avons eu, depuis, l’affirmation contradictoire des « chefs » nationalistes, autoritaires, souvent racistes (Trump, Erdogan, Poutine, Modi, Bolsonaro…)…  Et tous les mouvements de 2019, des Gilets jaunes et aussi du Chili, du Soudan, de Hong Kong, d’Algérie, du Liban … renouaient  avec les printemps arabes, et les divers mouvements dits « des places ».

Nous voyons  la vague mondiale actuelle de mobilisations populaires, de la jeunesse en particulier. Ce rejet des racistes et des violences policières rejoint, évidemment, les mouvements de masse contre les dirigeants néo-libéraux. Du Chili aux USA, est-ce assez évident ?

Mais pour le moment il y faudrait bien, à partir des exigences certes élémentaires,  une mobilisation qui porte en Europe : les mêmes questions se posent dans la plupart des pays, avec lesquels nous devons affirmer des buts communs et des exigences politiques.  Une ligne de construction du mouvement, pour les mois qui viennent.

Type: 
Article

Dégagisme, lucidité ? Certes, sur quoi et pour quoi… 

Etienne ADAM & Pierre COURS-SALIES  (18 JUIN 2020)

Le débat de stratégie est inscrit dans les interrogations de la gauche. Sollicité par les controverses, les choix à faire hier, bousculé aujourd’hui car il faut mettre les mois qui viennent en perspective en ne subissant pas le carcan mortifère des écuries présidentielles.

Une focale comporte le rapport de l’Etat aux réalités mondiales.

Il est juste de mettre en lumière les responsabilités de l’Etat, et donc de ce gouvernement ... et de tous ceux et celles qui ont participé aux divers gouvernements depuis les années 1980.

Quand s’exprime un « tous coupables !», ou « tous responsables des échecs ! », cela atteint la droite et tous les actuels dirigeants  de la gauche, s’ils ont été ministres ou s’ils ont seulement soutenu ces politiques… Nous-mêmes  sommes interrogés : vous aviez dit et proposé quoi ? Ce doute généralisé devrait pousser à un certain réalisme tous les membres d’Ensemble ! Tout comme nous, nombre de militant.e.s sont  marqué.e.s par ce doute, dans un grand nombre d’organisations. Même dans des interrogations  les plus immédiates : était-il vraiment nécessaire de rester « confiné.e.s » ? Un vif sentiment s’exprime, dans les échanges quotidiens : « Il faut retrouver une normalité. On ne peut pas jouer avec la Constitution. On ne peut pas jouer avec les libertés. On a beaucoup joué avec les libertés pendant l'état d'urgence » (Dominique Rousseau : «Maintenir l’état d’urgence, c’est permettre de réprimer les manifestations, 7 juin, Public Sénat).

Cette dérive des institutions, ces modifications des appareils d’Etat, nous avons tort de  les négliger : nous sommes désarmés sur la répression et les moyens de la combattre alors que c’est un point clé de toute stratégie révolutionnaire  ce souci devrait nous amener, dans nos débats, à  bien préciser ce que nous voulons comme changement dans les institutions de notre pays, comme de ses rapports avec l’Europe et diverses institutions internationales. Certes, d’autres « urgences » se présentent ; mais pas au point de nous empêcher de décider, dès maintenant, que nous aurons un texte traduisant ce que nous proposons au débat pour changer dès 2021 les institutions de la 5e République (Président, Gouvernement et ministres, administrations et institutions, appareils d’information et de culture  commissions parlementaires, révocabilité et désignations par tirage au sort d’une partie des membres des commissions et des Observatoires au sujet de la société, du contrôle d’administrations, y compris de la police…les liens entre les droits et libertés et la démocratie ).

Précaution ou gouvernance du risque

On pourrait établir un inventaire à la Prévert de l’incurie des pouvoirs dits publics (Patrick Silberstein, Un virus très politique, 30 mars, éd. Syllepse). Arrêtons-nous un instant sur la véritable source de toutes les imprévoyances, les retards, les contradictions étudiées par des journalistes du Monde (Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Le Monde du 5 au 10 mai). Ils s’interrogent au sujet de cet étrange comportement chez de hauts fonctionnaires, depuis le moment de l’épidémie d’A (H1N1),  en 2009, malgré les épidémies suivantes (Ebola en Afrique en 2014-2015, MERS au Moyen-Orient en 2012)). Un changement de « doctrine de gouvernance » pour la gestion des masques et de divers équipements, qui tient à deux  types d’arguments, sans doute inséparables mais distincts.

Si «nous n’étions pas prêts» c’est parce que les lignes budgétaires de la santé publique et de la recherche ont été délibérément réduites. Dès le 12 mars, un résumé sincère et accablant, Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, mérite vraiment d’être cité   :

«Comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience. C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante […] L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation. […] Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheur·euses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain. […] La science ne marche pas dans l’urgence et la réponse immédiate. Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader» (Academia, 12 mars 2020, https://academia)
Les politiques menées ont créé la situation dans le système de santé ;  et la stratégie sanitaire adoptée dans la hâte par le gouvernement n’est finalement que l’accommodement à la pauvreté des moyens qu’ils ont eux-mêmes organisée, le manque de lits de réanimation, le manque de masques, le manque de matériels pour faire les tests, le manque de structures hospitalières. Toutefois, cette gestion gouvernementale n’est pas un simple effet de l’incurie au nom de la priorité aux profits pour la classe dirigeante du néo-libéralisme glorieux des trente dernières années. Il y a aussi l'embrigadement des élites dirigeantes dans l'idéologie néolibérale où "l'entreprise" est  le centre de la société et devait pouvoir faire face à tout en privatisant les stocks, en adoptant la gestion managériale réputée " plus efficace". Denis Kessler et ses semblables ne voulaient pas s’enfermer dans une « politique de précaution », qui suppose un dialogue démocratique avec tous les intéressé.e.s… Il y a aussi, évidemment, une conception politique, élitiste, de la responsabilité individuelle et du chacun pour soi. Ils s’efforcent aujourd’hui de se faire oublier en montrant que « tous les pays ou presque » étaient aussi désarmés…et en occultant que tous les pays sont dominés par les politiques néolibérales.

Nous trouvons cette unité de pensée des gouvernants  dans les réflexions de Denis Kessler, - qui voulait avec Nicolas Sarkozy « Défaire méthodiquement le programme du CNR » Challenges, 4 oct. 2007), en finir avec l’esprit et les institutions héritées de la Libération -. Devenu PDG du groupe SCOR, (géant mondial de la réassurance) affirmait, le 16 avril,  « La probabilité d’une pandémie mondiale est faible, mais elle n’est évidemment pas nulle. Les grandes pandémies sont des événements centenaires, voire bicentenaires » (Le Point). Il en  énonce quelques « conséquences » : « Le marché de l’assurance ne propose pas aujourd’hui de protection contre les conséquences économiques d’une pandémie pour des raisons de fond : la taille du risque, qui peut représenter plusieurs points de PIB ; sa nature non diversifiable (tout le monde est touché en même temps) ; un possible phénomène d’anti sélection : seules les entreprises les plus exposées s’assureraient ; la grande difficulté pour mesurer les pertes d’exploitation spécifiquement liées à la pandémie ». On le vérifie, ces principes sont rigoureusement à l’opposé de ceux de la Sécurité sociale où une part des richesses socialement produites sert à réduire les mauvais coups et l’insécurité de l’existence des gens de la moyenne. Le principe de l’Assurance est soumis à la norme des profits, et donc, selon lui « l’Etat doit désormais concentrer tous ses efforts sur le « risk management » public » ; les mêmes idéologues poursuivent…: «Cette pandémie, dit  Denis Kessler, confronte le monde à un test historique de résilience» (L’Opinion 22 avril 2020) Blindés de certitudes pour durer... Face à eux, il ne peut s’agir seulement  « d’exiger » quelque mesure de justice, mais de prendre la mesure de cette domination : en 1980, les 10% les plus riches de la population mondiale avaient un revenu soixante fois plus important que les 10% les plus pauvres. En 2005 c’est plus du double . Cela se poursuit après la crise financière de 2008 …  et les effets ont pu être bien analysés par Michel Husson, «Dix ans de crise… et puis Macron», (www.husson.net. (2017),

Le capitalisme néolibéral est donc intrinsèquement associé à la montée des inégalités, au surendettement et aux déséquilibres commerciaux. Ces couches de privilégié·es assurent leur pouvoir sur les industries, polluantes ou pas.  Le rapport d’Oxfam , en janvier 2020 donne une idée nette du phénomène. « Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes). Les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale »   (DAVOS 2020 : NOUVEAU RAPPORT D’OXFAM SUR LES INÉGALITÉS MONDIALES, www.oxfamfrance.org/  19 JANV. 2020).

Pour « légitimer » ces processus, une réflexion de la fin des années 1990 ne doit pas être oubliée. Elle comporte une option de « philosophie politique globale : au principe du libéralisme, comme raison gouvernementale, un art de la gestion des risques » ; cela implique une « économie politique du risque (…) qu’il faut savoir optimiser ». D’où des remises en cause ; celle du « régime du salariat, qui valorise l’externalisation du risque », il reste à construire la démocratie du risque (…) qui peut aussi servir la démocratie sociale et même la démocratie politique ». Voilà pourquoi la démocratie directe, impliquant les citoyen-ne-s au jour le jour, faite de précaution et d’attention aux fragilités et aux possibilités collectives doit être dépassée, résiduelle : il faut que l’Etat « mette à la disposition des particuliers et des entreprises  les instruments qui leur permettent d’optimiser leurs décisions ».  

Nous aurions donc tout à fait tort de croire qu’un tel projet de domination de classe, -qui se flatte d’avoir intégré « les projets anglo-saxons de nouveau centre ou de troisième voie »-, va simplement s’effondrer, si un autre projet d’avenir ne rassemble pas les forces, la classe de toutes celles et de tous ceux qui veulent un autre avenir, une réorganisation démocratique des institutions et de tous les rapports sociaux.
Durant le confinement, un effet redoutable, une sorte de vision en miroir, s’est établi entre le monde dans son ensemble et le plus quotidien. Un tableau en abyme où le plus proche, touchable, a des liens présents mais peu explicités avec l’entière humanité.  Le désarroi de la gauche ne peut que s’accroître si rien n’est fait dans un débat politique pour ordonner les divers « plans ». Faut-il s’attendre à un épuisement des capacités de « rebond » du système capitaliste ?  Francis Sitel, dans un débat début juin présentait justement cette hypothèse : « Le Capital est d'autant moins défait que percuté par une attaque exogène, et non comme en 2008 par un dysfonctionnement majeur de ses ressorts internes, il est à même d'engager  les réorganisations qui s'imposent pour restaurer la course au profit » ((11 juin, « Face au neuf, la difficulté de la lucidité »). Il en détaillait  les diverses dimensions ; il faut effectivement être attentifs à cette phase où la classe dirigeante, mondialement, dans un système inégal et combiné, nous impose de ne pas nous en tenir à l’idée que « le capitalisme ne peut plus rien concéder. Au pouvoir, point besoin de « grand partage » pour renouveler le « mixte » habituel du fétichisme du consumérisme, de la hiérarchie et de la répression. « Nous devons plutôt nous attendre à voir «  s’accélérer des mutations dans le travail (télétravail, précarisation aggravée...), prendre en compte des contraintes incontournables liées à l'environnement et au dérèglement climatique, ainsi que les modifications d'ordre géostratégique (confrontation avec la Chine, réorganisation de l'Union européenne...) ».

Remarquons-le, cependant, nous sommes loin d’être les seuls à nous soucier de ces exigences de buts politiques communs afin de « Faire dialoguer social et écologie »,  (Politis du 3 juin 2020). Comme le montre un entretien entre Philippe Martinez et Jean-François Julliard, il est fortement présent dans le « Plan de sortie de crise » des 18 organisations, devenues sans doute trente, du mouvement syndical, écologiste,  et diverses associations…

Nous pouvons constater, d’ailleurs, comment la trame du texte « Ensemble, tout est possible, soyons responsables » est construite sur ces mêmes préoccupations : permettre à des personnes, organisées comme militantes ou pas, de débattre de toutes les questions qui sont à ordonner pour avoir une stratégie.  Ceci  demande un véritable effort politique : il s’agit de montrer et de dessiner le changement de « paradigme », - changer les questions en fonction des réponses possibles -, qui tient aux phases longues de l’histoire du système capitaliste .  La sortie de la phase actuelle du capitalisme passe soit par des régressions à imposer aux peuples, soit à des productions pas ou moins soumises aux multinationales et leurs 1 à 5 % de profiteurs permettant un essor pour l’agriculture paysanne et des alternatives écologiques (Lire la postface de Michel Husson à l’édition française du livre d’Ernest Mandel, Les ondes longues du développement capitaliste, éd. Syllepse, 2014, pages 235 et stes !).La remise en route du mouvement altermondialiste est décisive, comme des éléments de coordinations autour d’exigences en Europe…

Et ici et maintenant ?

La controverse entre deux textes récents stimule bien les discussions nécessaires pour arriver à une précision de la « ligne » que nous devons proposer : sens des expressions favorables au « dégagisme », lucidité sur les hésitations et fractionnements, limites dues aux écarts entre exaspérations et possibilités de polémiques politiques réelles.

Nous constatons, -tous et toutes ?- que les directions politiques de la gauche (toutes obédiences réunies) ne cherchent pas à transformer ces colères en force de transformation, de dépassement du système.  Sinon, hésiteraient-elles à répondre, unitairement au « Plan de sortie » du mouvement social ? Elles pourraient, justement dire : « oui », nous soutenons ces exigences, ce sont nos buts communs, elles vont dans le sens d’une autre société à laquelle nous aspirons. Elles étaient portées par des mobilisations peu prises en compte, de fait, par les « directions » politiques. 
Un signe en est donné par le rappel d’une analyse présentée par Sylvie Faye-Pastor (médecin), lors d’une réunion de groupes de gauche alternative centré sur les luttes et alternatives dans la santé :

«Ce qui se passe dans les hôpitaux est inédit. Il existe plusieurs collectifs, le collectif inter-urgence, le collectif des infirmiers de bloc, le collectif inter-hôpitaux […]. Ils veulent des effectifs, des lits et une revalorisation des métiers. Ils demandent de faire remonter les besoins par service. La motion du collectif inter-hôpitaux est très intéressante. Elle commence par nous soussignés… Et cela va des chefs de service jusqu’aux agents de service hospitaliers en passant par les secrétaires, les infirmiers, etc. c’est la première fois que je vois un tel front se créer. Il y a des pistes d’organisation, ils disent qu’ils sont prêts à élaborer le budget avec l’administration, service par service. […] Ces collectifs sont en relation avec les collectifs d’usagers: 300 000 signatures pour la défense de l’hôpital public. Continue-t-on à raisonner dans le cadre du capitalisme qui actuellement fait mourir les gens? Ou raisonne-t-on hors-cadre ?» (Cerises, la coopérative). Dans le même sens, citons le document préparatoire à la Conférence de presse du 5 mai du Collectif Inter-Hôpitaux  (https://static1.squarespace.com/static/5e356e21fb55d365939c3deb/t/5eaeee...).
Cette situation, au cours des deux ans de mobilisations qui se heurtaient aux faux semblants du gouvernement ou au mur d’Agnès Buzyn, ministre, a été, -et à quel point !- vérifiée et soulignée par l’action dans les tâches de lutte contre la pandémie… Ecouter celles et ceux d’en bas, les directions politiques, syndicales, associatives peuvent-elle l’oublier avec un retour à l’anormal ?

Elles ne peuvent omettre, dans l’ordre de l’écologie au quotidien, les apports de la Via Campesina du Mouvement des Sans-terre, toutes les recherches montrant qu’à condition de développer une agriculture de paysans, il y a moyen de nourrir 10 milliards d’êtres humains (Marc Dufumier, L’agroécologie peut nous sauver, Actes Sud, 2019). Tout le « Plan de sortie de crise » est stimulé par l’ensemble des initiatives concrètes…  Sous le titre « L’avenir est public »  l’Observatoire des multinationales  (observatoire@multinationales.org)  présente les 1400 remunicipalisations qui dessinent les contours des services publics de demain. Ajoutons, car d’autres y ressemblent dans d’autres régions, les activités de Bizi, au Pays Basque -"Bizi" veut dire "vivre" en basque-, qui a travaillé sur "40 actions à faire depuis chez soi pour que demain ne soit pas comme hier" (https://bizimugi.eu/confine-e-s-mais-motive-e-s#.XoxDOuqPmvQ.mailto).

Elles devraient aussi étendre cette réflexion populaire  à tout ce qui, réfléchi par les Gilets jaunes,  est rassemblé par l’association  Changer de cap  (https://changerdecap.net/)…

Nous devons donc le faire et proposer, partout, ce cadre de référence commun. Nous devons, certes, y ajouter les dimensions antiracistes et de défense des libertés trop peu présentes dans ce texte ; mais ce n’est pas un obstacle, comme en témoigne la participation de presque toutes ces organisations à des mobilisations antérieures (18 novembre 2019 contre l’islamophobie),  celles pour la COP 21 (décembre 2015) et celles en cours contre les violences policières comme pour la régularisation des sans-papiers.

Pour répondre aux faux semblants du pouvoir, en revanche, une intervention politique doit souligner des urgences, des priorités et proposer de débattre des ruptures fortes avec les privilèges de la classe dirigeante.

Nous l’avons exprimé dans des textes parus sur ce site : - https://www.ensemble-fdg.org/content/une-prise-de-conscience-des-inegalites - https://www.ensemble-fdg.org/content/est-ce-ainsi-que-les-hommes-et-les-... - https://www.ensemble-fdg.org/content/chomage-et-precarite-resteront-ils-...

En lien avec l’actualité, pour que se développent les mobilisations et faire murir celles pour le rejet du budget et de la majorité, parlons clairement.

Prenons tous les moyens pour que personne ne soit au-dessous du seuil de pauvreté. Prenons tous les moyens, tout de suite, pour l’égalité des salaires femmes-hommes.

Arguments : il faut imposer cela non pas comme « mesures d’ordre social », mais comme la traduction immédiate des principes démocratiques. D’autres points doivent avoir le même traitement… : « ne laissons pas l’anormal revenir »…

Qui produit les ressources de la société, les richesses ? Il faut donc prendre sur la valeur des productions, du travail, les moyens pour la solidarité. 

Une mesure immédiate doit être discutée et devrait s’imposer : un emprunt forcé pour que les « trop perçus » des 5% des plus riches (cela fait sans doute 1500 milliard d’€ !) serve à tous les besoins sociaux

Les cotisations sociales sont la part de la valeur, reconnue économiquement, qui est socialisée. Voilà donc ce qui doit servir pour toutes les solidarités nécessaires et voulues.

Qui doit gérer cette part de la richesse produite par toutes et tous ? Plus gros que le Budget de l’Etat… Il faut, évidemment, des élu.e.s pour ces tâches de gestion démocratique des moyens de solidarité. Ces discussions sont élémentaires pour une démocratie. 75 ans après la création de la Sécurité sociale, retour à des élections libres, avec des candidatures proposées par des syndicats ou des associations, les moyens pour des discussions et des décisions. Quand on a vu ce que les gouvernements ont fait des hôpitaux et des caisses de Sécurité sociale, on dit : stop ! Reprenons une voie de démocratie responsable.

Nous savons bien, aussi, que les évolutions des techniques de production, à condition de supprimer le chômage par une Sécurité sociale consolidée et universelle, permettrait d’éradiquer le chômage, de permettre les droits à la formation toute la vie et la libre activité…

A condition de socialiser et de mobiliser les richesses des 5 % les plus riches, il existe un autre avenir que la vague de 900.000 suppressions d’emplois. Résumons avec un extrait du texte « Ensemble, tout est possible… » : « La réouverture des entreprises utiles devra être imposée, pour assurer la pérennité des emplois et des savoir-faire et non des dividendes. Y compris sous forme de SCOP et de SCIC, dès que les travailleuses et travailleurs le souhaitent : que les fonds publics viennent en aide ! Les collectivités, l'État doivent être des facilitateurs de ces démarches coopératives. Si des aides publiques s’avéraient indispensables au maintien des emplois et de savoirs faire d’utilité sociale; elles devront être conditionnées, contrôlées et s’adresser en priorité aux TPE-PME. La reconversion de l'industrie automobile, du nucléaire, des secteurs d'énergie fossile, de l’agrobusiness…implique des choix humains antiproductivistes qui rompent avec les logiques mortifères de profit sans contraintes des multinationales et des grandes banques, afin de s’appuyer sur des pratiques alternatives et de développer une coopération écologique et sociale à partir des territoires, sur toute la planète ». Ne donnons pas l’impression de douter des capacités d’organisation collective. Elles se manifestent déjà dans  les solidarités dans les quartiers populaires, comme les  circuits courts et les productions alternatives, et les collectifs de salarié.e.s porteurs d’autres façons de travailler dans les entreprises comme dans les services publics…  Temps réduit, garantie de salaire, élaboration collective des décisions. Avec toutes les conséquences pour la transformation des villes.

Il ne s’agit pas, évidemment, de propagande sur « le monde d’après », ni de discussion sur les mérites comparés de l’élection et de la révolution…  Pour ne pas subir « la catastrophe » prenons-en les moyens. Ici, maintenant…  Et discutons, oui, des institutions à changer pour un pas vers une démocratie réelle.
« Pour un autre avenir, nous prenons nos affaires en mains »
Ne voyons-nous pas, de même, que les directions politiques de la gauche (toutes obédiences réunies) ne cherchent pas à transformer ces colères en force de transformation, de dépassement du système ? Voulons-nous, dès lors, que le slogan soit « dégagez !» ou qu’il soit « pour un autre avenir, nous prenons nos affaires en mains » ?

Cette proposition ne « renonce pas  à exprimer sur le plan politique ce que nous dit, avec raison, une partie grandissante de la population et de la société elles-mêmes : un malaise profond, un sentiment de révolte, une exaspération forte ». Tout au contraire : il ne faut pas laisser croire que les « soulèvements » résolvent spontanément toutes les questions ; ils peuvent certes être nécessaire pour pousser en avant des pratiques et imposer des décisions ; encore faut-il que l’exigence en soit portée par des pratiques, pour l’heure éparses, et par des expressions politiques pour l’heure à construire. 

Le dégagisme  a traduit une volonté de ne pas subir, comme la dénonciation des « 1% ». Quel encouragement de la voir circuler dans divers pays ! Nous avons eu, depuis, l’affirmation contradictoire des « chefs » nationalistes, autoritaires, souvent racistes (Trump, Erdogan, Poutine, Modi, Bolsonaro…)…  Et tous les mouvements de 2019, des Gilets jaunes et aussi du Chili, du Soudan, de Hong Kong, d’Algérie, du Liban … renouaient  avec les printemps arabes, et les divers mouvements dits « des places ».

Nous voyons  la vague mondiale actuelle de mobilisations populaires, de la jeunesse en particulier. Ce rejet des racistes et des violences policières rejoint, évidemment, les mouvements de masse contre les dirigeants néo-libéraux. Du Chili aux USA, est-ce assez évident ?

Mais pour le moment il y faudrait bien, à partir des exigences certes élémentaires,  une mobilisation qui porte en Europe : les mêmes questions se posent dans la plupart des pays, avec lesquels nous devons affirmer des buts communs et des exigences politiques.  Une ligne de construction du mouvement, pour les mois qui viennent.

Type: 
Article

(25/06/2020 14:57)

03/08/2020 06:39